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Grands dossiers - La Guinée peut-elle éviter le syndrome congolais ? L’accompagnement et l’appui de la CI comme outil de prévention
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Première partie : La problématique de la gouvernance en Guinée
En ce début d’année, il faut reconnaitre que le gouvernement a posé quelques actes positifs qu’il faut saluer. Le maintien des équilibres macroéconomiques, l’obtention du PPTE, la signature du 10ème FED, le nettoyage du cadastre minier, la stabilisation du prix du riz sur les marchés, la création d’emploi jeunes, le progrès dans les investigations sur l’assassinat de Mme Boiro sont entre autres des acquis importants de l’année pour lesquels le gouvernement doit être félicité. Le pays revient de loin, et beaucoup reste à faire. Mais là où il y a eu moins de progrès, c’est au niveau de la gouvernance et son corollaire qui est la paix et la réconciliation nationale. Gouvernance et stabilité dans un pays minier Quoique le gouvernement guinéen s’est enorgueillit de ses acquis macroéconomiques, les déclarations récentes du Professeur Alpha Condé sur la persistance des mauvaises habitudes démontrent à suffisance que l’acquisition du PPTE et la signature du FED sont loin d’être un «quitus de bonne gouvernance» de la communauté internationale (CI). La Guinée souffre d’une mauvaise gouvernance chronique qui est devenue une caractéristique du facies socioculturel du pays. Ce problème ne peut pas être effacé par l’atteinte d’équilibres de comptabilité nationale et d’autres déclencheurs sociaux en l’espace d’un an. L’importance de la gouvernance ne doit pas être minimisée dans un pays pauvre riche en ressources naturelles. En effet, le célèbre économiste Paul Collier, grand invité du Professeur Alpha Condé au Forum « Diversification économique et Bonne gouvernance pour une Guinée émergente » organisé par le gouvernement du 14 au 15 septembre 2012, s’était interrogé dans un article du Guardian de Londres paru le 15 novembre 2012 : « La lutte contre la corruption en Guinée : dans quel camp se trouve l’Occident ? » Dans cet article, l’éminent économiste avait démontré que ceux qui œuvrent pour la perpétuation de la mauvaise gouvernance en Guinée sont tapis dans les tours d’ivoire à Londres, New York, Paris, et nous ajouterons Washington, Rio et Moscou. C’est dans ces capitales que se trouvent les facilitateurs qui aident les agents de l’administration à créer des sociétés fantômes, à ouvrir des comptes bancaires secrets et à légitimer des transactions opaques dans les mines. Du fait des convoitises qu’il suscite de la part des étrangers, le secteur minier tend à impulser une dynamique négative dans un pays en proie à la mauvaise gouvernance. Collier a mené plusieurs recherches sur le lien entre l’instabilité chronique et la richesse en ressources naturelles dans un environnement de mauvaise gouvernance. La conclusion de ses recherches est que la mauvaise gouvernance dans un pays qui dépend des recettes de l’exploitation de ses ressources minières exacerbe le risque d’instabilité chronique. Collier estime la probabilité d’une crise politique aigue suivie d’instabilité dans un pays minier en Afrique à 1 sur 7 tous les cinq ans. La raison de l’instabilité due aux ressources naturelles découle de l’appropriation de la rente minière par un groupe au détriment d’un autre. Le groupe n’est pas forcément une ethnie, mais il n’est pas exclu que la main basse sur la rente minière se fasse au non d’une certaine hégémonie ethnique. Les facteurs de cette dynamique sont variés, mais les plus importants sont au nombre de deux. Premièrement, c’est le fait que les mines constituent une « vache à lait » que chaque groupe politique tient à contrôler pour les besoins de sa cause. Ainsi, le bénéfice des ressources est gaspillé dans des combats de politique politicienne tendant à préserver le pouvoir et le contrôle des recettes minières. Deuxièmement, c’est le déficit démocratique. Dans un pays moins nanti en ressources naturelles, il n’y a pas de rente, donc c’est le contribuable qui finance le fonctionnement de l’Etat et de fait a la voix au chapitre sur la façon dont le pays doit être géré. Or, dans un pays comme la Guinée, c’est le contraire qui se passe. Le gouvernement s’acoquine avec les sociétés minières, perçoit les recettes de leur part et impose à la population les conditions pour bénéficier des revenus de l’Etat (souvent la condition est l’adhésion au parti présidentiel). Ces deux facteurs créent des frustrations mal contenues qui peuvent se muer, selon Collier, en un véritable « cocktail Molotov » pour l’instabilité permanente. Le moyen de prévenir la transformation de la richesse minière nationale en un désastre national est d’instaurer un système de gouvernance rigoureux. Pour étayer sa thèse, Collier contraste le cheminement historique de deux pays africains : le Botswana et la Sierra Leone. Tous les deux pays sont riches en diamants et avaient le même niveau de développement et de stabilité sociale et politique durant les années 1970. Par la suite, le gouvernement du Botswana avait opté pour la bonne gestion des ressources au profit de tous et la bonne gouvernance. Les recettes minières sont investies dans des projets d’infrastructures et d’éducation, alors qu’une partie est thésaurisée dans un fonds souverain géré selon les règles de l’art en la matière. Pendant plusieurs années consécutives, le pays aura le taux de croissance le plus élevé en Afrique et dans le monde. Par contre, la Sierra Leone avait opté pour un chemin différent. La gestion approximative du secteur, le laxisme, la corruption et l’exclusion avaient créé le mécontentement et mené à la contestation politique et finalement à une guerre civile dévastatrice dont le pays peine toujours à se remettre. Paul Collier explique la différence de destin entre la Sierra Leone et le Botswana par la redevabilité du gouvernement envers la population. Mais la redevabilité étant un « bien commun » qui nécessite la cohésion de la population dans la lutte pour la cause commune, la stratégie du gouvernement pour éviter de rendre compte est de diviser pour mieux régner, souvent sur des bases ethniques ou régionales. Ainsi, une partie de population préférera se désolidariser du reste de la population pour soutenir le « parent », même si cela va à l’encontre de son intérêt personnel et de l’intérêt national. Le syndrome Congolais devrait servir de leçon et d’avertissement pour la Guinée La richesse minière du Congo (récemment estimée à 24,000 milliards de dollars) a été aussi la base de ses misères depuis l’indépendance. Les rivalités pour le contrôle des richesses par différentes factions soutenues par l’extérieur avaient propulsé le pays dans un cycle d’instabilité. En 1965, un militaire prend le pouvoir par la force. Il est légitimé par la collusion entre la classe politique nationale et les personnalités politiques des pays occidentaux. Ces pays disaient que c’était cet homme au pouvoir ou le chaos. Ils ont eu en définitive leur homme au pouvoir et le chaos, car la politique de Mobutu, il s’agit bien de lui, reposait sur l’institutionnalisation de la mauvaise gouvernance. Mobutu bénéficiait du soutien tacite de la communauté internationale qui ferme les yeux sur ses dérapages. Il concluait des deals opaques miniers avec les sociétés qui lui procuraient des fonds hors trésor, louaient des avions pour ses déplacements, et l’assistaient à planquer une bonne partie des recettes du secteur minier dans des comptes de banques suisses à son profit personnel et celui de sa famille. Pour perpétuer son pouvoir, Mobutu pratiquait le népotisme et l’ethnocentrisme. Il crée en 1966 le MPR (Mouvement Populaire de la Révolution), parti unique qui deviendra quelques années plus tard un parti-Etat. Le parti se base sur la terreur, la corruption, et la répression de toute opposition. Avec le soutien des caciques du parti, Mobutu met en place ce qu’il est convenu d’appeler une « kleptocratie » au service de son « clan », qui s’approprie des bénéfices de l’exploitation du diamant, de l’or fin, du cobalt ou du cuivre. Les membres du « clan » contrôlent les contrats de marchés publics de l’Etat et s’adonnent aux détournements de fonds dans des projets mirobolants de l’Etat, tels que la ligne à haute tension Inga-Shaba et l’aciérie de Maluku. Il rebaptise le Congo (qui devient Zaïre) et introduit le mobutisme basé sur le retour à l’authenticité. Les postes juteux de l’administration et de l’armée étaient réservés aux membres de sa famille et de la tribu des Ngbandi, dont il est membre. Dans ses deals miniers, il associera son fils ainé Nyiwa qui devient son conseiller spécial et le dauphin attitré. Malheureusement, celui-ci mourra de Sida en 1994. Les cliques se forment autour du président pour le bradage des ressources minières. La SOZACOM (Société Zaïroise de Commerce), parastatal responsable du marketing des minerais de cuivre et de cobalt, et plus tard la société du patrimoine minier Gécamines deviennent l’instrument d’enrichissement du président et des financements occultes pour l’élite. La flagornerie et le culte de la personnalité sont érigés en mode de gouvernance. La chaine nationale de télévision, la « Voix du Zaïre » est consacrée aux activités du président et de sa femme. Les programmes commencent avec une image de Mobutu descendant du ciel pour sauver les Congolais. Les présentateurs doivent égrener des titres longs et élogieux à la gloire de Mobutu avant de prononcer son nom : le père de la nation, sauveur du peuple, combattant suprême. De son simple nom de Joseph Désiré Mobutu, il se fera appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga, « le tout-puissant guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter ». En 1975, Mobutu va même interdire à la télévision nationale de prononcer le nom d’un responsable du pays autre que lui. Les autres seront désignés par leurs titres seulement. L’ethno-stratégie avait joué un grand rôle dans la survie du régime « mobutiste ». En multipliant les réseaux verticaux basés sur des affiliations ethniques et régionales, Mobutu achetait les consciences et favorisait son fief ethnique dans la province de l’Équateur en accordant des nominations sur la base ethnique. Jouant sur les rivalités tribales et ethniques, il réussissait à s’imposer par la politique de division. Par exemple, il divisa la région de Kivu en trois provinces qui se neutraliseront par des conflits intestins. L’affaiblissement des provinces finira par attirer des convoitises extérieures et qui feront le lit des deux guerres dévastatrices du Congo durant les années 1990. Dans la province minière du Katanga, confrontée à un taux de chômage élevé suite au bradage des actifs de la Gécamines, il s’arrangera pour faire croire à la population que les problèmes sont causés par l’ethnie de son principal opposant, Étienne Tshisekedi, un Luba provenant du Kasai Oriental. La population Luba était accusée de voler tous les emplois et de contrôler l’économie. Le conflit interethnique qui en résulte coûtera la vie à 5 000 personnes et obligera 1,3 millions de personnes à prendre la fuite entre 1992 et 1993. A ces incidents, il faut ajouter l’exploitation des conflits entre les Hunde qui se considèrent autochtones dans les Kivu et les Banyarwanda qui sont vus comme des étrangers venant du Rwanda. Ce conflit entraînera la mort de milliers de personnes et le déplacement de près de 140 000 réfugiés. En dépit de ces comportements aux antipodes des valeurs démocratiques, Mobutu bénéficiait des satisfécits de l’Occident sur des performances économiques supposées. L’Occident avait opté de fermer les yeux sur les dérapages de mauvaise gouvernance pour faire avancer des intérêts géostratégiques liés à la guerre froide. En 1970, Mobutu avait tellement contracté de dettes au nom du Zaïre que le pays ne pouvait plus rembourser sans emprunter à Pierre pour payer Paul. Le FMI est venu au secours en signant le premier programme de stabilisation permettant ainsi de rééchelonner la dette du Zaïre. Préoccupé par les malversations financières au niveau de la Banque centrale, le FMI décida, en 1978, d’y placer un de ses représentants, Erwin Blumenthal pour empêcher le régime de puiser dans les caisses de devises étrangères. Le travail de Blumenthal équivalait à « fermer les robinets » pour la clique au pouvoir. Cela lui vaut des menaces de mort de la part des généraux de Mobutu et certains caciques du pouvoir. Au bout d’un an, Blumenthal décidera de sauver sa vie en quittant Kinshasa en 1979. Dans un rapport au FMI, il décrivit les pratiques mafieuses de ce qu’il appelait « la bourgeoisie politico-commerciale zaïroise » et conclut que le Zaïre ne pourrait jamais rembourser ses dettes à cause du pillage organisé par l’équipe au pouvoir. Qu’à cela ne tienne, le FMI se dira satisfait de la gestion macroéconomique et appuiera le régime de Mobutu avec ses programmes. Entre 1976 et 1983, le Zaïre bénéficiera de grandes largesses de la part du FMI malgré que le pays peinait à respecter la conditionnalité de bonne gouvernance. Près de 700 millions de dollars de prêts seront octroyés entre 1982 et 1988 pour conforter le régime. Mobutu avait le loisir de dire à ses critiques que le satisfecit du FMI était un quitus de « bonne gouvernance » alors que l’histoire prouvera tout a fait le contraire. Les séquelles de la mauvaise gouvernance ainsi que les frustrations accumulées au cours du règne de Mobutu avaient mené à une guerre civile qui a été la plus meurtrière que le monde ait connue depuis la deuxième guerre mondiale : 5,4 millions de victimes et plusieurs millions de refugiés. Du fait de la mauvaise gouvernance, le Congo, malgré son énorme potentiel minier et énergétique, est devenu un pays misérable englué dans une guerre sans fin. À suivre… L’équipe de rédaction de Guinéenews© Commentaires
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