1959-2021 : il ya 62 ans que la Guinée connaissait ses 1ères tueries sur fond de complot (AVCB)

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Il a marqué les esprits dans le monde entier en bien et en mal. Jeune, charismatique, audacieux, Ahmed Sékou Touré a osé dire non à Général Charles De Gaulle le 25 août 1958. Un « NON » officialisé par un vote massif le 28 septembre de la même année. Mais voilà qu’une année après, le jeune président commence à faire la purge « en créant des complots », regrette l’Association des victimes du Camp Boiro (AVCB) ce 22 janvier à Conakry.

Abdoulaye Conté, un des conférenciers, rappelle que la carrière politique d’Ahmed Sékou Touré a commencé le 2 août 1953 quand il a été élu conseiller territorial de Beyla. Puis il a gagné les élections de 1956 avant d’être à la tête de la Guinée à la suite de l’indépendance le 2 octobre 1958.

« Dès 1959 commencent les tueries en Guinée qui seront orchestrées et planifiées sur forme de complots », poursuit M. Conté, affirmant que cinq complots ont été « orchestrés » par le régime de Sékou Touré. Ces complots visaient, selon lui, à décimer l’élite guinéenne.

Le premier complot, celui des Intellectuels, a été, dit-il, orchestré en 1960. Touré Fodé, pharmacien ; Diallo Yaya, ingénieur PTT, Lamine Kaba, imam de la mosquée de Coronthie ont été les plus emblématiques victimes. « L’imam prêchait la non-violence au début de l’indépendance. Ce qui fait qu’on l’a mis dans le complot. Ils ont été sauvagement tués », précise-t-il.

Un an plus tard, il y a eu le complot des enseignants. Ceux-ci voulaient protester contre le départ de leurs collègues français après l’accession de la Guinée à l’indépendance. « En 1961, nous avons connu le complot des enseignants. Les enseignants guinéens ne voulaient pas que leurs homologues français partent, parce que leur présence donnait de la qualité de l’enseignement à toute la Guinée. Donc, ils sont entrés en conflit avec Sékou Touré. La crème des enseignants est passée pratiquement à ce complot-là. C’est le cas notamment de Keita Koumandian, Traoré Mamoudou, Checik Bayi, Baldé Hassimiou, Baldé Mountaga, Camara Sékou. Le 3ème complot, c’est celui que nous avons appelé le Complot Petit Touré. Petit Touré était un homme d’affaires à Kankan, considéré comme un riche commerçant. Mais il voulait faire de la politique. A l’époque, c’est Keita Fodéba qui était au ministère de l’Intérieur. Petit Touré a demandé à Keita Fodéba d’agréer son parti. Ce qu’il a accepté. C’était la plus grosse erreur et de Petit Touré et de Fodéba Keita. Parce que plus tard, en 1969, Fodéba Keita sera tué au Camp Boiro. »

En 1966, des militaires ghanéens ont perpétré un coup d’Etat contre Kwame NKruma. Deux ans après, Modibo Keita du Mali a été renversé. Ce qui est une alerte pour Sékou Touré.  « Sékou Touré a juré qu’il ne va pas se laisser faire en Guinée. Donc il a pris le devant et il a créé le complot Kaman Diaby qui faisait partie de l’élite. C’était le premier pilote de chasse de l’Afrique occidentale française. »

 Le colonel Kaman Diaby et plusieurs autres militaires, mais aussi des civils comme Keita Fodéba, Barry Diawandou et Dr Maréga, ont été tués dans ce complot en 1969.

Plus loin, Abdoulaye Conté déclare les vraies purges ont été effectuées à l’occasion de l’agression du 22 novembre 1970 : « de 1970 à 1980, on a enregistré les vraies purges, les purges violentes les plus haineuses. Donc Sékou Touré, avec l’agression de la Guinée le 22 novembre 1970, c’est une occasion pour lui. Les portugais attaquent la Guinée, ils récupèrent leurs prisonniers et s’en vont. Et les Guinéens qui faisaient partie des agresseurs ont été arrêtés et tués. Le gouvernement en place voulait profiter pour liquider toute l’adversité depuis 1953 jusqu’à 1970. Tous ceux qui étaient des adversaires qui n’étaient encore liquidés ont été liquidés à l’occasion de cette agression. Une enquête a été confiée au ministre Alhassane Diop qui a conclu qu’il n’y a pas d’implications internes dans l’agression. Mais le président Sékou Touré a dit non et il a confié l’enquête à son frère, Ismaël Touré. On voulait éliminer l’élite guinéenne. C’est ainsi que s’est mise en place une commission et on a commencé les arrestations. »

Les conférenciers ont ensuite fait savoir que le tribunal populaire qui condamnait les gens à la mort, n’en était pas un, parce que, affirment-ils, c’est l’Assemblée nationale populaire dont « les députés étaient nommés par Sékou Touré » qui a été transformée en tribunal populaire.

Aujourd’hui, ils demandent tous qu’il y ait justice, que les victimes se réconcilient avec elles-mêmes puis avec l’Etat.