Syrie : les Occidentaux ont lavé l’affront de Bachar d’avoir mordu la ligne rouge ?

avril 14, 2018 3:11
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Donald Trump avait prévenu Vladimir Poutine de se tenir bien que « ses missiles arrivaient, beaux, nouveaux et intelligents.» Ils sont effectivement arrivés mais la riposte promise par les seconds couteaux russes n’a pas été comme annoncée de prendre pour cibles les lieux de départ de ces missiles et volatiles divers. Nos grands amis Français se sont targués d’avoir mis en branle  4 rafale, 5 Mirage, 3 Aiwacs, 6 frégates (que les Russes n’avaient pas voulu acheter avec le porte-hélicoptère finalement vendus aux Egyptiens ; sont-ils performants ou pas, les Russes vont nous en dire plus, plus tard). On avait craint qu’une fois qu’un missile lancé par les Alliés était intercepté et détruit par les Russes, les choses ne s’arrêteraient pas là, que ce serait inévitablement l’escalade, qui allait coûter cher pour les économies plus ou moins stables ou chancelantes. Rien n’en a été, et c’est mieux ainsi.

Qu’est-ce qui a pu se passer en catimini ? 

Presque tout a été fait au grand jour : des tractations, des tergiversations et surtout des transactions ont été le sujet de préoccupation intense de la diplomatie. Il fallait faire monter les enchères verbalement de part et d’autre pour trouver une issue «si honorable » que la rébellion syrienne qualifie de mascarade, l’Arabie Saoudite n’est pas loin de penser de même.

Des histoires pareilles, les écoliers les ont toutes vécues au primaire colonial. Quand un cancre n’arrivait pas à trouver une réponse évidente, la maîtresse disait à ceux qui ont trouvé de taper ceux qui n’ont pas trouvé. La maîtresse avait dit, un jour, à un garçon, qui avait trouvé, de gifler une fille, qui n’avait pas trouvé, il lui a caressé la joue par une légère tape. La maître dit alors à la fille de lui donner une gifle « une vraie gifle, comme elle sait le faire ; Celle-ci lui avait administré une vraie baffe, qui retentit jusqu’à nos jours.

Dans le cas de la Syrie, malgré la centaine de missiles de tous poils lancés tous azimuts pour brouiller les intercepteurs, qui devaient s’emmêler sur toutes les provenances, combien ont atteint leur cible et quelles étaient ces cibles ? La question n’est pas saugrenue, puisque les Russes auraient été contactés et mis au parfum des bombardements. Si tel était le cas, on pourrait conclure sans prendre de gant comme les rebelles syriens que c’était une mise en scène

 On remarquera que ceux dont l’économie est florissante n’ont pas voulu se mêler à la farandole et ceux qui sont allés auront des gaps à combler, à moins de se servir de cet engagement militaire à la si va-vite pour trouver un prétexte de s’enfoncer un peu plus dans le déficit.

 A la si va-vite, parce que rien ne prouve encore formellement que la Syrie avait besoin d’utiliser des armes chimiques pour en finir avec cette région de Douma sur le point de tomber. Que la Syrie ait choisi ce moment précis pour utiliser les armes chimiques, il y a quelque chose qui chatouille la logique. Il fallait d’abord prouver par A+B à l’opinion que le bombardement chimique était syrien, mais pas seulement que la souche des agents chimiques, que tous les chimistes du monde pourraient en produire.  Pourquoi l’AIAC a si longtemps traîné les pas ?

On a vu Theresa May, la Première ministre britannique, en conférence de presse la gorge nouée et sèche boire une demi-douzaine de fois dans un verre de 30 cl de contenance. L’épreuve pour elle était de justifier devant le parlement la frappe contre la Syrie et non contre la Russie. En clair, l’Affaire Skripal, sur le sol britannique, a été abandonnée pour le bombardement de Douma, loin de son sol. Quant à savoir combien de ses missiles envoyés ont touché leur cible, peu importe, puisque l’affront est lavé…

 Il semble que chacun s’en tient à ce qui s’est passé cette nuit du 14 avril, point final. Il n’y aura pas de représailles de la part des Russes et Bachar n’a eu que des frayeurs. On suppose que le désarmement des armes chimiques, il doit demander à l’AIAC (agence pour l’interdiction des armes chimiques) de venir faire un nettoyage définitif. Il ne doit pas oublier que les prétendues armes de destruction massive, ADM, de Saddam Hussein l’ont perdu irrémédiablement. L‘on avait montré à l’ONU des photos satellites des sites les abritant. C’est toujours vrai que « la raison du plus fort est toujours la meilleure » et que « qui veut tuer son chien l’accuse de rage » reste toujours d’actualité.

Les leçons du passé

Il faut rappeler qu’en 2012, avec le parachutage des armes en Syrie pour chercher la tête de Bachar Al-Assad, l’on avait failli commettre la même erreur qu’en 2011, en Libye, pour la tête de Kadhafi et la même qu’en 2003, en Irak, pour celle de Saddam Hussein. N’eût été la présence de la Russie et de l’Iran pour empêcher le basculement, les  djihadistes eussent occupé la Syrie, comme la Libye, et l’Irak aurait été alors plus difficile à libérer que cette reprise relativement facile de Mosul, mais laborieuse avec ses énormes dégâts collatéraux mis délibérément sous silence. La « Communauté internationale » a caché la merde de chat à l’opinion internationale. Malgré la violence inouïe des combats, il avait fallu au moins deux ans pour en venir à bout. Combien la reprise de Mosul seulement a coûté à la coalition ? Combien la guerre en Syrie a coûté à tout le monde ? Combien cette guerre allait coûter au « monde civilisé » si Bachar était tombé en 2011 ?

Enfin, que Bachar Al-Assad panse ses plaies, il a été trop des fois frappé pour lui apprendre à conserver les armes chimiques prohibées par toutes les conventions depuis on ne sait combien de temps, quant à l’idée qui dit que « Bachar fait partie du problème, il ne peut pas faire partie de la solution », est-elle toujours dans la tête des plus grands diplomates du monde ? La question ne se pose plus, ils ne sont plus là… C’est ainsi que se referme cette longue page au Moyen-Orient, à moins qu’il ne revienne à l’idée  de quelqu’un de balancer encore une autre arme chimique.

 Mais qui est content de s’en tirer à si bon compte, Bachar et Poutine ou ceux d’en face ?

Une autre guerre commence. La Syrie libérée des djihadistes, on peut le supposer, le retour des réfugiés sera un allègement pour l’Europe, la bataille pour le marché de la reconstruction commence. Y aura-t-il de la place pour tout le monde ? Qui a la donne des cartes en main ? Une autre paire de manches.