A moins de 30 jours de la présidentielle : L’administration publique est paralysée !

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Les ministres, les secrétaires généraux, les DAF, les directeurs et autres attachés de cabinet, les assistantes de directions, bref… tout ce que la Fonction Publique compte comme cadres et travailleurs, ont déserté les bureaux pour regagner les podiums de meetings, dans les quartiers et dans les villes de l’intérieur. Toutes les activités sont aujourd’hui au point mort dans les services publics.

« J’ai un dossier à signer à la direction des Impôts. Cela fait maintenant deux semaines que j’attends. On me fait toujours savoir  que le directeur général est absent de Conakry. Ni lui, ni son adjoint, personne ne vient au bureau ces temps-ci. Depuis que le Président Alpha Condé a déposé sa candidature, tous les responsables des services des Impôts ont déserté les bureaux. C’est ce que j’apprends depuis que je suis assis ici. Je ne comprends pas comment des services vitaux comme impôts peuvent se vider pour des raisons de campagne », s’interroge N’Faly Kéita, importateur de véhicules de luxe, qui a des difficultés avec les agents des services des Impôts.

Quant à Moustapha Dioubaté, un homme d’affaires qui évolue dans la pêche, il a de la peine à régler son problème de permis de pêche pour faute de signature du ministre Frédéric Loua, en déplacement à N’Zérékoré pour la campagne présidentielle. « J’ai des partenaires sous les bras depuis plus de trois semaines. Leur séjour est coûteux : l’hôtel, le manger et que sais-je encore ? Nos papiers ne sont pas encore signés. Ils seraient sur le bureau du ministre de la Pêche, de l’Aquaculture et de l’Economie Numérique. On nous dit qu’il séjourne actuellement en Guinée-Forestière pour des raisons de campagne. A quel moment il reviendra à Conakry ? On n’en sait rien. On attend », désespère l’homme d’affaires.

Au département de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, tous les dossiers de paiement sont bloqués. Tout simplement parce que le DAF est à la tête d’une délégation qui s’est rendue à Kankan sous la couleur du parti au pouvoir pour  la campagne présidentielle. Il serait allé appuyer la base locale du RPG dans la zone confrontée à des troubles le mois dernier. A l’Enseignement Supérieur, le Chef de département lui-même a anticipé le week-end dernier la campagne en mobilisant tous les enseignants du supérieur au Palais du Peuple pour leur soutien au Président Alpha Condé. A l’immeuble KPC à Kaloum, où siège le ministère, aucun cadre pour évacuer les affaires courantes. « Je viens du troisième étage. Le bureau du DAF est fermé. Il n’est pas là. J’ai une facture qui y dort depuis des mois. Toutes mes activités sont bloquées, faute d’argent. C’est le paiement de cette facture qui devrait décanter la situation. Mais hélas ! Tout le monde est en campagne à l’intérieur du pays. C’est comme ça le pays », affirme désespérément Ibrahima Cissé, fournisseur  des objets de décoration au ministère de l’Enseignement Supérieur, rencontré au hall de l’immeuble KPC le jeudi dernier.

Au Budget, c’est le comble. Tous ceux qui s’y rendent actuellement pour un dossier quelconque sont priés de repasser voir en décembre ou en février 2021. Pour cause. Le ministre Dioubaté et ses collaborateurs sont sur le terrain pour mobiliser leurs troupes pour le plébiscite du Pr Alpha Condé au soir du 18 octobre. Ils ont abandonné leurs bureaux pour accompagner, dit-on, le Chef de l’Etat sur le « front » de la conquête du premier mandat de la quatrième République. « Aucune facture n’est en bonne voie. Tout est bloqué. Les patrons qui doivent signer sont tous absents. Je ne sais pas comment faire face à mes ouvriers sur le terrain. J’attendais  que cette facture soit payée pour honorer mes engagements. Je pense qu’à cette allure, on risque de mettre les clés sous paillasson, nous les chefs d’entreprises qui travaillons avec l’Etat », soutient  Souleymane Diakité, un entrepreneur qui évolue dans le BTP qui a sa facture en « souffrance » au ministère du Buget.

Au ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine Historique, l’heure est aux préparatifs pour investir le terrain. Les activités de ce côté sont complètement paralysées. Le ministre Bantama Sow et son secrétaire général, Fodeba Isto Kéira s’activent  plutôt pour la campagne et non pour les préparatifs du match amical du Sily National. L’heure est à la distribution des T-shirts portant l’effigie du candidat Alpha Condé. Du planton aux cadres de ce département, c’est la couleur jaune. Tous ont rallié depuis le vendredi dernier, les différentes équipes de campagne dans les quartiers à Conakry et à l’intérieur du pays. Pour preuve. Lors de notre passage au département ce vendredi, les bureaux étaient fermés à partir de 11 heures. Le vigile croisé dans la cour nous a demandé de nous rendre à la Fédération Guinéenne de Football si c’est pour avoir les nouvelles sur le match amical de l’équipe nationale « Il n’y a personne ici. Tout le monde est parti. Le ministre doit être à l’intérieur du pays pour la campagne présidentielle. Je crois que c’est le cas pour les autres cadres. Allez à la FEGUIFOOT pour  ce qui concerne le prochain match amical de l’équipe nationale. Voyez-vous, il n’y aucun véhicule dans le parking ! C’est la période de la campagne. On est tous pour le Président Alpha Condé », affirme le vigile avec fierté.

L’administration sort de son rôle !

Que ce soit dans les départements ministériels, dans les directions des entreprises d’Etat, à la Banque Centrale, l’heure est à la campagne présidentielle. Les ministres et tous les cadres du secteur public sont sur le terrain pour soutenir le président Alpha Condé dans son combat pour le premier mandat de la quatrième République, en laissant derrière eux des dossiers importants et urgents.

Or, selon un spécialiste du Code duTravail, la liberté d’opinion, garantie aux agents publics, doit se concilier avec leur obligation de réserve, notamment durant la période électorale  « les agents publics doivent manifester leurs opinions avec retenue faire preuve de modération dans leur comportement et leur expression. Ils sont également tenus par un strict devoir de neutralité », dira-t-il avant de conclure : « les fonctionnaires de l’Etat sont tenus de s’abstenir de participer à toute manifestation ou cérémonie publique de nature à présenter un caractère électoral ».

En un mot, l’administration publique, c’est-à-dire, les fonctionnaires de l’Etat  et autres contractuels de l’Etat ne doivent pas se déployer à fond sur le terrain politique pour appuyer tel ou tel candidat. Le faire, c’est sortir de son cadre pour influencer les élections au détriment des candidats en face.