Accident mortel de Boké : constat, causes, leçon à tirer, conseils (décryptage d’un expert)

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C’est dans la localité dénommée Kiyaye que le drame s’est produit le dimanche 08 décembre 2019 aux environs de 11heures 30 minutes. Un endroit situé au PK 31 de Kamsar vers Boké.

Selon le chef d’escadron Yakouba Soumah, commandant la compagnie sécurité routière de Boké, «cet accident mortel avec blessés graves et dégâts matériels importants a intéressé deux véhicules à savoir : un Toyota Land Cruiser immatriculé RC 6589 AR et un taxi  Peugeot 309 immatriculé RC 0850 R »

Sur les circonstances à l’origine de la tragédie, le chef d’escadron Yakouba Soumah explique que «des suites d’une panne, le Toyota land-cruiser, en provenance de Kolaboui pour Kamsar, était en remorquage par un pick-up. Au  même moment, roulait le taxi de marque Peugeot 309, conduit par Monsieur Mamoudou DIALLO avec à son bord 05 passagers, en provenance de Kamsar pour Kolaboui.

 Au cours du trajet, alors que le véhicule tracté abordait à vive allure un tracé rectiligne d’environ 500 mètres, soudain la corde qui servait au remorquage s’est rompue et le conducteur du véhicule remorqué a perdu le contrôle de son engin. Sous l’effet de l’allure vive et peut-être aussi de la surprise et de la panique, il s’est instantanément déporté sur sa gauche, dans le couloir adverse pour aller percuter violemment la Peugeot taxi qui venait en sens inverse. La violence du choc a été telle, que le Toyota s’est littéralement encastré dans la carcasse de la  Peugeot. Les deux sont restés couplés dans le décor, au côté gauche de la route, dans le sens Kolaboui- Kamsar.    

Cet accident violent a entrainé la mort de trois personnes parmi les occupants de la Peugeot taxi. Ce sont : Mamoudou Diallo (le chauffeur) et deux passagères, toutes domiciliées à Kamsar : madame Rabiatou Sidibé, âgée de 22 ans et Bintou Kéita, âgée de 1an et demi.

A noter également qu’une dame du nom de Bountou Soumah a été grièvement blessée.

Quant aux dégâts matériels, ils sont très importants, surtout sur la Peugeot 309. 

Causes de ce drame

Cet accident est dû à l’imprudence et à l’excès de vitesse, infractions au code de la route que nous relevons et retenons contre le sieur Karamoko Diaby, conducteur du Toyota Land Cruiser. »

En matière d’accident, le chef d’escadron Yakouba Soumah, comme certains de ses collègues, en a certes, constaté beaucoup. Il est, pourrait-on dire, blasé, voire ‘’rassasié’’. Cependant, au fil des jours, il se rend compte qu’il n’a pas encore fini d’en enregistrer. La route et les accidents qui s’y produisent réservent bien des surprises. Le mieux aguerri des gendarmes en reste parfois interloqué. Tellement ce sont des situations rarissimes, hors série, qui arrivent de manière fortuite. C’est ce que nous explique, de prime abord, cet officier, commandant l’unité de sécurité routière de la région de Boké: «Partant de mon expérience propre, je vous dirais qu’avant que je ne sois élevé à ce grade de chef d’escadron et nommé à ce poste de commandant de compagnie sécurité routière par la hiérarchie, j’ai pratiqué des années durant, le service constat. J’ai vu hélas, toutes sortes d’accident, du plus ’’ léger’’ au plus dramatique.  Mais, l’homme apprend toujours dit-on, et c’est vrai.  Sinon, je puis vous dire que de toute ma carrière et dans aucun des postes où j’ai servi, je n’avais encore vu un accident de ce genre. Un simple remorquage  de véhicule (mauvais, il faut l’admettre) qui produit des conséquences aussi graves, au plan corporel et matériel. Je n’en reviens toujours pas. Mais, nous gendarmes sommes formés à  nous attendre à tout dans l’exercice de notre mission régalienne et surtout à savoir faire face à tout, en toutes circonstances.» 

Leçon à tirer

Qu’ils soient conducteurs, dépanneurs ou réparateurs, tous les utilisateurs de véhicules doivent être formés aux techniques de remorquage. Il leur faut savoir comment tracter ou remorquer un véhicule en panne, en minimisant les risques.

Modes de remorquage :

1-La Corde

 Chez nous, c’est l’usage de la corde qui est le plus couramment observé. Cela ne va pas sans problèmes, comme on l’a vu dans ce cas d’accident mortel. Dans ce type de remorquage, on remarque, dès le départ, que la corde reliant les deux engins subit une traction forte et brutale pouvant aller jusqu’à la rupture, surtout si le véhicule remorqueur amorce un départ vif ou roule de manière saccadée, tendant la corde par à-coups.  Et même pendant le roulage, l’usage de la corde, fut-elle en acier, présente des risques.

En cas de brusque ralentissement ou de freinage d’urgence, la distance de sécurité étant courte, le véhicule remorqué, n’ayant généralement pas de freins, puisque éteint ou même sans moteur, vient heurter l’arrière de son tracteur. Il arrive aussi que son conducteur, pour éviter la collision par arrière, donne un coup de volant à droite ou à gauche, ce qui entraine un grave déséquilibre sur le véhicule remorqueur qui a tendance à faire une brusque volte-face. A moins que la corde se coupe entre-temps, entrainant une situation à l’identique  de celle de l’accident mortel décrit ici.

2-Le camion de dépannage

Dans les conditions normales, chaque propriétaire de véhicule devrait avoir son garagiste équipé à l’effet de pouvoir déplacer dans les meilleures conditions son véhicule en panne sur la route. Un simple appel suffit pour régler un tel problème. On me rétorquera que cela n’a cours que dans les pays développés. Soit ! Mais, au regard de la vétusté de notre parc automobile et des pannes multiples qui en découlent, il faut un palliatif pour limiter les risques d’accident dus à un mauvais entretien ou à un défaut de visite technique.

3-la tige de fer

Dans le genre, une solution existe qui a fait ses preuves, toutes les fois qu’elle a été utilisée avec prudence. C’est l’usage de la tige de fer.

Pour obtenir un remorquage sécurisé il faut faire recours à une tige de fer solide et rigide. Ainsi, il n’y a pas lieu de s’inquiéter que les deux véhicules couplés se séparent ou que celui tiré crée des problèmes, même en cas d’arrêt brusque ou de torsion vive, lors des changements de trajectoire. La barre métallique, ‘’indifférente’’ aux pressions qu’elle subit, du fait des mouvements désordonnés du véhicule suiveur, maintient ce dernier dans une ‘’discipline‘’ parfaite. Pour le grand bénéfice de la circulation.

Le dernier aspect à ajouter c’est la prudence. Une règle fondamentale à adopter, en toute circonstance, quelque soit le moyen de traction utilisé (corde ou barre de fer). Le remorquage exige toujours de rouler lentement et signaler correctement sa position sur la route. En plus, on doit éviter l’usage d’un  cordage trop long qui peut tromper les autres. En effet, quand c’est le cas, des usagers, pensant à des véhicules séparés, peuvent tenter de s’insérer entre les deux, s’ils jugent l’intervalle suffisant. Et cela, tant à l’arrêt que pendant le mouvement.

Le moins qu’on puisse dire, sans intention de  juger, est que cet accident mortel de Kiaye est dû à un comportement inconcevable de conducteurs qui ont fait preuve d’insouciance et d’irresponsabilité. Il n’y a pas d’autres qualificatifs pour parler de ce ‘’convoi de malheur’’.

Nous avons eu affaire à des conducteurs imprudents qui, en situation de remorquage,  n’ont rien trouvé de mieux que de rouler à vive allure sur une route rectiligne en bon état, en plein jour et par une parfaite visibilité.

Par leur geste, des  innocents sont morts et bien d’autres dégâts connexes ont été enregistrés. Cela doit changer.

Les pouvoirs publics doivent innover, aider à améliorer les aptitudes à la conduite et réactiver l’arsenal de mesures coercitives et autres sanctions pour dissuader et annihiler les mauvais comportements qui sont légion dans la circulation.

Déjà, pour établir que la côte d’alerte est franchie, un indice concret existe. Les chiffres parlent. Entre le 24 novembre et le 03 décembre, soit neuf jours, il a été enregistré en rase campagne, sur trois accidents cumulés, (Banian, Batè-Soyila et Kiaye), un chiffre total de 24 morts, parmi lesquels 13 femmes et 13 blessés graves.

C’en est trop.  C’est  tout dire !