Accident mortel de Bokolén/Kankan : quand l’incurie et le mépris des règles établies conduisent à des hécatombes routières

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C’est d’un accident déjà passé qu’il s’agit. Mais encore bien actuel. Selon la gendarmerie routière que nous venons de contacter, c’est aujourd’hui que le dossier y afférent sera clos et transmis à monsieur le Procureur de la République à Kankan.

La survenue de cette catastrophe routière nous interpelle particulièrement. Moins pour le lourd bilan qui en avait résulté, que pour la façon dont il s’est produit, les causes réelles qui l’ont provoqué. L’objectif étant de dépeindre ainsi et stigmatiser des comportements inqualifiables d’usagers que l’on rencontre chez nous, dans la circulation.

En rappel, le constat fait ce jour par la compagnie sécurité routière de Kankan nous dit ceci : (extraits)

« Dans la nuit du jeudi 17 Mai 2020 est survenu un accident mortel de la circulation routière avec des blessés graves et dégâts matériels très importants aux environs de 19 heures sur la nationale N°1, Kankan-Kouroussa, précisément à Bokolen dans le secteur de Léfarani, au pk 30 de Kankan, intéressant les véhicules ci-après : 

1-Un camion Renault Magnum, semi-remorque, immatriculé RC-2618-S en provenance de Kouroussa pour se rendre à Kankan, ayant à son bord un chargement de boissons diverses (alcoolisées et non alcoolisées), conduit par monsieur Abdoulaye Barry qui avait enregistré une panne de pneu (crevaison) sans mettre les triangles de pré-signalisation pour signaler sa présence sur la chaussée.

2-Un mini-bus de marque Toyota Hiace immatriculé RC-3392-N, conduit par monsieur Facely Mara ayant à son bord vingt-et-un (21) passagers en provenance du marché hebdomadaire de Sorokony (Kouroussa) pour se rendre à Kankan.

Arrivé sur les lieux sus-indiqués avec une allure sensiblement vive et des phares inefficaces, le chauffeur est ébloui, dit-il, par un camion venant en sens inverse. C’est dans ces circonstances, qu’il aperçoit subitement et au dernier moment, le camion en panne. Il n’avait plus la possibilité de l’éviter et le heurte alors violemment.

Le choc produit entraîne sur place la mort subite de quatre personnes parmi lesquelles un enfant de 08 ans, du nom de Lamine Condé.

Une autre personne décédera peu de temps après, montant le nombre de morts à cinq (5) personnes. Seize (16) blessés dont six (06), gravement atteints et des dégâts matériels très importants sur le mini-bus ont été les conséquences résultant de cette catastrophe routière. »

La compagnie sécurité routière a retenu des infractions à l’encontre de chacun des deux automobilistes. Pour le camionneur Abdoulaye Barry, c’est le manque de triangles de présignalisation et le défaut de visite technique.

Pour Facely Mara, conducteur du minibus, la liste est longue: défaut de pièces administratives, excès de vitesse, franchissement de la ligne continue,  circulation à gauche, dépassement défectueux, surcharge, défaut de visite technique pour qualité réduite du système d’éclairage et non respect du décret portant état d’urgence sanitaire qui limite de sept à dix, le nombre de passagers dans les minibus. L’argument d’éblouissement n’a pas porté, vu qu’en pareil cas, on  recommande de réduire la vitesse et serrer à droite. Et si tout cela ne suffit pas, on freine et s’arrête pour laisser passer l’éblouisseur.

Ainsi qu’on le voit, toutes ces pertes en vies humaines et en matériels divers sont le fait exclusif de l’homme qui, à un moment donné dans la circulation, commet une faute, une erreur, une imprudence ou une négligence. Pour ce cas de figure, nous pouvons dire que dans le comportement de ces deux chauffeurs, quelque chose n’a pas bien marché.

Supposons un seul instant, qu’on rapporte cet accident, du premier jet, en ne  mentionnant que le choc par arrière contre le camion immobilisé en panne, sans dispositif de pré signalisation. Les faits ainsi présentés vont d’emblée incriminer le camionneur pour violation d’une règle du code de la route. Il est en effet exigé de se doter de triangles de présignalisation pour faire face à chacune de ces éventualités.

Soit ! Mais, que dira-t-on alors de l’attitude du conducteur du minibus que nous n’appellerons pas chauffeur pour une raison bien précise: il ne possédait pas de permis de conduire, au moment des faits. Aux dires du chef d’escadron Alfred Akoye Bavogui, commandant la compagnie sécurité routière de Kankan, ce conducteur (Facely Mara), en plus du défaut de présentation de son permis, ne dispose d’aucune pièce administrative pour son véhicule. Carte grise, assurance, autorisation de transport, vignette, visite technique, rien de tout cela n’existe et n’a été présenté à la sommation des gendarmes.

Ces faits à eux seuls suffisaient à le dissuader de rouler pour quelque motif ou distance que ce soit. Mais, comme on le voit, cela ne l’a pas refréné. Il a embarqué plus de vingt personnes dans un marché hebdomadaire et s’est  aventuré avec eux sur une route nationale, en excès de vitesse et sans un éclairage optimum.

Pour le commandant Alfred, cela fait mal, très mal même, quand on pense que dans cette tragédie, plusieurs personnes ont perdu la vie et que d’autres, gravement blessées pourraient finir par en garder des séquelles pour le restant de leur vie.

Que dire d’un pareil comportement ? Chacun de nous peut en juger.

Cette attitude empreinte d’outrecuidance et de mépris des règles établies est le fruit du laxisme et de l’impunité qui ont cours chez nous. Comme on le voit, c’est la règle libertaire du : ‘’à selon ma fantaisie’’, c’est-à-dire faire comme il me plaira. C’est sans doute un tel état d’esprit qui a motivé Facely Mara et tous ceux qui lui ont donné leur quitus, dans son aventure funeste.

Sous d’autres cieux, cela n’est guère envisageable, même en rêve !  C’est une frasque délinquante qu’on paye cash, d’une interpellation qui conduit au tribunal.

Même chez nous, la loi est formelle là-dessus. Elle indique clairement que la conduite sans permis est un délit. Mais, qu’est ce qu’on en fait, de cette loi ? Et bien on la nargue, on s’en balance pour utiliser un langage trivial, on la viole de manière outrancière, régulièrement et avec un toupet inimaginable. Et, voyez où ça nous mène. C’est ça qui fait mal à notre circulation, c’est ça qui l’empêche de fonctionner comme il se doit, c’est aussi ça qui explique ces accidents à bilan d’épidémie ou de guerre.

Bien entendu qu’il faut faire la différence entre l’absence totale de permis, pour celui qui ne l’a jamais passé et le défaut de le présenter aux agents quand ils le réclament.

Mais tout cela est aujourd’hui noyé dans le tourbillon des faussaires qui ont envahi et infecté ce secteur. Les autorités elles-mêmes l’ont reconnu et annoncé: les faux permis sont légion dans notre pays.

Le chef d’escadron Alfred Akoye Bavogui de nous rappeler qu’en matière de circulation de véhicules ‘’sans papiers et sans permis’’, il n’est pas à son premier constat dans sa zone. Il nous cite l’exemple d’un accident mortel survenu le mois dernier, à Namakoumbala, sous-préfecture de Doko, sur la route de Kourémalé. Parmi les véhicules impliqués se trouvait un camion semi remorque qui, non seulement était sans immatriculation, donc sans papiers, mais était conduit par un soi-disant chauffeur sans permis qui transportait nuitamment un chargement d’agrégats à Doko. Ce pseudo chauffeur finira d’ailleurs, suite à une première collision avec une Starlet, par dévier de sa trajectoire et écraser littéralement un taxi roulant en sens inverse. Le comble est que ce même taxi transportait dix 10 passagers au lieu des trois fixés par le décret portant état d’urgence sanitaire.

Pour parler simple, tous ces gens qui se comportent de la sorte et de façon ostentatoire, se sentent forts de quelque chose ou de quelqu’un. C’est ça qui doit changer et même cesser, si nous voulons mieux circuler chez nous !

Nous devons en finir avec le trafic d’influence, le passe-droit, les interventions intempestives et l’impunité.

Pour en revenir à ce terrible accident de Bokolen, le commandant Alfred nous dira regretter amèrement qu’il y ait eu autant de victimes innocentes à déplorer, surtout des femmes et des enfants.

Il nous fournit ici leur liste, avec le souhait ardent que nous ne les oublions pas dans nos prières et que nous ayons à cœur d’éviter de grossir leur nombre.

 A-   Victimes mortelles :

1- Lamine Condé, âgé de 8 ans, domicilié à Bordo, préfecture de Kankan.

2- Fatouma Kourouma, ménagère, âgée de 59 ans, domiciliée à Bordo, préfecture de Kankan. Elle est la mère de Lamine Condé ;

3- Fenin Traoré, âgée de 35 ans, domiciliée à Metéo, préfecture de Kankan. Profession : marchande.

4-Kadia Kéita, âgée de 25 ans, domiciliée à Missira, préfecture de Kankan, profession ménagère.

5-la cinquième victime mortelle n’a pas été identifiée.

 B- Blessés: (à noter qu’ils sont seize au total. Ce tableau n’a pris en compte que les six blessés graves dont l’état s’améliore, aux dires de la gendarmerie.  Les dix (10) autres, légèrement atteints, ne sont pas listés)

1- Facély Mara, chauffeur du mini-bus, auteur de l’accident. Agé de 43 ans, domicilié au quartier Missira-Kankan.

2- Mamoudou Kéita, âgé de 11 ans. Elève à l’école franco-arabe.

3- Bérété Koné ménagère de profession. Agée de 40 ans, domiciliée au quartier Dallako.

4-Fanta Kéita, profession : ménagère. Agée 55 ans, domiciliée au quartier Mssira.

5- Mbalou Kéita, ménagère. Agée 40 ans, domiciliée au quartier Hermakono Kankan.

6- Amara Condé âgé de 14 ans domicilié au quartier Bordo secteur IV