Adoption prématurée de l’Eco à la place du Cfa : une tentation de l’Umoa qui risque de faire imploser la Cedeao

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A l’image de l’Union Européenne, les 15 Etats de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest –CEDEAO- ont décidé de créer une monnaie commune appelée Eco. L’objectif est de faciliter les échanges économiques et commerciaux entre les différents Etats en harmonisant leur politique économique. C’est dans cette optique qu’une visioconférence a été organisée mardi 23 juin 2020 entre les Chefs d’Etat des cinq pays (Guinée, Ghana, Nigéria, Libéria, et Sierra Léone) qui n’appartiennent pas à l’espace UEMOA (Union économique monétaire ouest-africaine) regroupant huit pays et dont la monnaie est le franc CFA.

A cette occasion, le président Alpha Condé, a été plus que clair sur les intentions de son pays : « pour la Guinée, l’Eco reste la monnaie des 15 États de la CEDEAO. »

Sur les ondes de la télévision guinéenne, le chef de l’Etat a félicité les organisateurs de cette visioconférence. Car, souligne-t-il, « il est important de clarifier les choses. La Guinée reste toujours dans l’esprit de la 56ème session ordinaire. C’est-à-dire un panier de devises et de flexibilité. »

Dans son intervention diffusée sur la RTG, Alpha Condé dit approuver « la déclaration du Gouverneur du Ghana qui consiste à organiser une réunion des 15 Chefs d’État afin que nous puissions parler d’une seule et même voix. »

Dans son raisonnement, le président Condé estime que « l’intégration sous-régionale est fondamentale pour le développement de l’Afrique de l’Ouest » avant d’ajouter que : « il est extrêmement important que nous arrivions à mettre en place l’Eco. »

Alpha Condé souhaite que les Etats aient « la possibilité de l’appliquer soit avant le 5 décembre 2020, soit de nous donner une marge. »

Profitant de cette visioconférence, le chef de l’Etat guinéen a lancé une invite à ses collègues de l’UEMOA en vue d’harmoniser leur politique monétaire puisque la création de l’Eco est leur décision commune.

Désormais, il reste à savoir si cet appel de pied d’Alpha Condé sera entendu par les autres collègues dans l’espoir d’arriver plus tard à une monnaie unique pour l’Afrique.

 Muhamadu Buhari prévient…

Si la création de l’Eco demeure le rêve des 15 Etats de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest –CEDEAO-, il reste encore des problèmes internes à régler.  C’est la position du président du géant économique de la région, le Nigéria. Dans une série de tweets, le président Buhari a brandi le risque de dislocation de la CEDEAO en cas d’adoption prématurée de la monnaie ECO, en remplacement du FCFA par la zone UEMOA, rapporte Ecofin.  « Cela me donne un sentiment de malaise que la zone UEMOA souhaite reprendre l’Eco en remplacement de son Franc CFA avant les autres Etats membres de la CEDEAO », regrette-t-il. Muhamadu Buhari dénonce un manque de « confiance » entre les Etats qui pourrait créer des préjudices dans l’avenir de l’Eco.

Le président du Nigéria n’a manifestement pas apprécié l’attitude de son homologue de la Côte d’Ivoire, Dramane Ouattara et ses pairs de l’UEMOA de vouloir adopter l’Eco en remplacement du Franc CFA même s’il dit être « attaché à une union monétaire dotée des fondamentaux appropriés ».

A cet effet, il prévient les Etats de l’UEMOA en général francophone : « nous ne pouvons pas nous ridiculiser en entrant dans une union pour se désintégrer potentiellement au plus tôt lorsque nous y entrons. Nous devons être clairs et sans équivoque sur notre position concernant ce processus. Sans cela, nos ambitions pour une union monétaire stratégique en tant que bloc de la CEDEAO pourraient très bien être sérieusement menacées ».

Il faut noter que le PIB du Nigéria représente à lui seul 70% de la CEDEAO.