Affaire de 200 milliards GNF : La cité dans tous ses états

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C’est le cas de le dire, le dossier du présumé détournement de plus de 200 milliards de nos francs défraie la chronique dans la cité et au-delà. L’affaire fait la une de la presse et la situation évolue dans tous les sens, entre ceux qui affirment que les faits sont fondés et souhaitent les voir tirés au clair et ceux qui sont dans le déni et soutiennent mordicus que tout cela est le fruit d’un montage ou d’une cabale délibérée, juste pour porter nuisance à une personne honorable et parfaitement innocente.

Au rythme où vont les choses, il est permis de croire à un dénouement rapide. Des réactions fusent de partout qui indiquent que l’on est en face d’un fait sociétal sans précédent qui fera sûrement date dans l’histoire de notre pays.

Un espoir de solution se dessine

Déjà, le parquet de Conakry a annoncé l’ouverture ‘’d’enquêtes pour malversation qui pourraient aboutir à des poursuites pour détournement ou dénonciation calomnieuse et diffamation’’. Tout est dit dans ce libellé.

Des précédents existent

Des scandales similaires ont défrayé la chronique dans le pays, avant de tourner court, sans suite clairement annoncée. Nous avons en mémoire les cas de : Rio Tinto, EDG, OGP, OCG,  »treize milliards des finances », Palladino, Lonagui, ARPT, etc. Ils sont pendants jusqu’à maintenant, comme des passifs non soldés.

Peut-être bien que le silence assourdissant réservé à ces dossiers ne sera pas le fac-similé de ce tout dernier. Bien entendu, s’il est fondé.

Dangers que représentent ces fléaux pour la société

Il reste indéniable que les détournements de deniers publics, la corruption, le blanchiment d’argent et tous leurs succédanés constituent des fléaux majeurs qui plombent d’abord l’économie de tout pays qui en est victime. Passée l’influence négative sur le développement que génèrent ces pratiques immorales et criminelles, on en arrive à la prolifération des germes déstabilisateurs dont elles sont porteuses contre les mêmes pays où elles ont cours. Les détournements, corruptions et autres blanchiments accentuent les inégalités et favorisent la pauvreté des populations par la mauvaise répartition des richesses nationales. Cet accaparement des biens par une minorité au détriment du peuple crée des frustrations. L’exacerbation de celles-ci est à l’origine des troubles sociaux qu’ont connu maints pays ou que risquent de connaître ceux-là qui sont encore adeptes de ce mauvais système.

Les évènements tragiques que notre pays a connu en 2007 ne sont pas étrangers à ce phénomène, lorsque pour des délits financiers non élucidés encore, un magnat de l’époque, conduit en prison en a été extrait par qui et par la manière que l’on sait.

Le conglomérat de tous ces travers avait sans doute servi de vivier à l’implantation rapide et profonde des réseaux de drogues et de stupéfiants dans notre pays, que le CNDD s’était vigoureusement employé à annihiler.

Autres temps, autres mœurs

Les Etats développés et surtout ceux du bloc communiste en gestation au début du vingtième siècle l’ont vite compris qui ont fait de la lutte contre ce fléau une priorité absolue dans leur système de gouvernance.

Dès lors qu’ils ont entrepris de construire une société nouvelle fondée sur le partage de la prospérité, ils se sont rendu compte de sa nocivité extrême. Il n’y a pas pire calamité que ce fléau. Il s’agit d’un crime organisé, absolument opaque, tentaculaire et dangereux. Nul n’en saura jamais tout. Ses ramifications sont insondables.  Autant de choses qui  participent à faire peur et à dissuader tout fouineur qui voudrait mettre son nez dans leurs affaires. Il est prévenu. Ils seront impitoyables!

Qu’à cela ne tienne. Pour faire face à cette détermination et à cette capacité de nuisance, ces pays ont utilisé des méthodes tout aussi sévères et même extrêmes. Chacun de nous sait ou a appris le sort réservé dans ces contrées, à ceux qui s’approprient frauduleusement les biens communs pour en faire un usage personnel. Il y a des échelles de sanctions qui s’appliquent aussitôt, au prorata du montant en cause. Pour la répression, les tribunaux prononcent jusqu’à la peine extrême à l’encontre des coupables avec remboursement des fonds spoliés et bannissement des auteurs. Certaines fois, la sanction se généralise et touche tous les acteurs de la structure mise en cause, de la base au sommet de la hiérarchie.

De cette approche, nous ne discutons pas du bien-fondé ou pas. Nous rapportons tout simplement des faits vérifiables qui ont cours jusqu’à maintenant, dans maints pays. Même le Coran en fait mention, sous les vocables de concussion et prévarication.

Le détournement sous la révolution

Durant tout le premier régime, on n’a jamais toléré que des cadres détournent des fonds publics. Le système politique de l’époque, admettait bien qu’il y ait des hommes riches et connus comme tels, dans le pays. Mais les fonctionnaires ne pouvaient pas se permettre des malversations dans leur secteur d’activités.

On se souvient avoir vu, exposés comme en foire, au regard de tous, ici-même au Palais du Peuple, un groupe de cadres, en sous-vêtements, dont les indélicatesses financières avaient été décelées suite à des contrôles opérés. Cette peine infamante qu’on leur infligeait ainsi, était infiniment humiliante pour dissuader toute velléité chez les autres. Cela n’excluait pas pour autant, la prison et des sanctions administratives.

Il en était ainsi et la société était moralisée. Si fait que jusqu’à la fin du régime, on n’a pas rencontré des personnes vivant en nabab et de manière ostentatoire qui narguent les autres en exhibant leurs biens mal acquis. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

Le fossé séparateur des classes sociales

Tout le monde ou presque a pris goût à l’argent et aux avantages qu’il procure. Nous sommes bien dans un système libéral où les initiatives privées sont encouragées. Mais la corruption gagne du terrain. Tout le monde la vit au quotidien. Rien ne change puisque même ceux qui s’en plaignent ne manquent pas d’en faire usage. Tout est monnayé et le prix fait la différence dans les traitements réservés.

C’est cela qui gangrène notre société, puisque ceux qui n’ont pas les moyens de payer se sentent marginalisés, exclus. Il leur faut couvrir leur amertume et réfréner leur révolte. Faute de perspectives, ils tombent dans les travers sociaux. On les retrouve qui utilisent des expédients, même les moins recommandables pour vivre. Ils deviennent ces petits voleurs qu’on expose devant les médias ou qu’on lapide dans les quartiers ou les marchés. Pendant ce temps, les gros personnages se la tire à la douce avec leurs villas, carrosses et milliards. De ce qu’ils font, c’est motus et bouche cousue.

Finalement, à l’échelle de notre nouvelle société pas très radieuse, en construction, ils sont les bénis, malgré le mode d’acquisition fort discutable ou peu honorable de leurs biens.  Les autres n’ont qu’à se taire et cesser d’être jaloux.