Affaire du cadavre ‘’refoulé’’ à Ignace Deen : les rumeurs, les humeurs, les ont-dit et les faits

mars 15, 2018 3:18
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Dans le souci d’éclairer l’opinion publique par rapport à la polémique née autour de ‘’l’extraction’’ du corps du jeune taxi- motard tué à Wanindara de la morgue de l’hôpital Ignace Deen, votre quotidien électronique, Guinéenews, a fait des investigations poussées pour tenter de rétablir les faits.
Dans un premier temps, nous avons contacté le chef de l’opposition pour recueillir sa version. Dans une interview qu’il nous a accordés, Cellou Dalein Diallo accuse nommément le président Alpha Condé.
« Nous savons que c’est sur instruction du président Alpha Condé que cette opération a été menée. Avant lui, un certain Kénéma du service des renseignements de la présidence a, au nom du président de la république, appelé le médecin légiste pour lui demander d’extraire le corps pour l’envoyer en banlieue. Mais celui-ci a refusé. Monsieur Alpha Condé a alors appelé son ami, Awada, directeur de l’hôpital Ignace Deen, pour lui mettre en demeure d’extraire le corps pour l’envoyer en banlieue. Sincèrement, je n’arrive pas à l’expliquer, quand on refuse la morgue à un mort », a-t-il commenté.
Dans un deuxième temps, nous relatons aussi les témoignages du chauffeur qui a transporté le corps de la victime de la clinique de Dixinn à la morgue d’Ignace Deen. « Nous, on a envoyé le corps à la morgue. Les médecins ont délivré le certificat de décès. Après, ils ont mis le corps dans la chambre froide. On est finalement rentré à la maison. Mais vers 16heures, nous avons eu un coup de fil, nous informant que Dr Awada a reçu ordre de sortir le corps de la morgue, qu’il l’a embarqué dans une ambulance et qu’il se dirige pour l’hôpital Sino-Guinéen. Après vérification, on a constaté que c’est effectivement de la chambre froide qu’ils ont extrait le corps pour l’hôpital Sino- Guinéen », a-t-il expliqué.
Dans un troisième temps, nous avons interrogé un des médecins qui a transporté le corps de Wanindara à Dixinn. « Le jeune a été tué à bout portant au niveau du bassin vers 10h- 11h. Le gendarme s’est accroupi avant de tirer. Dès que j’ai vu la façon dont la victime est tombée, j’ai perdu tout espoir. Immédiatement, on a cherché un véhicule pour l’évacuer, en vain. Finalement, je l’ai pris sur ma moto avec l’aide d’un jeune pour le transporter à Dixinn. Il a rendu l’âme en cours de route », a-t-il rapporté.
Joint au téléphone, le directeur d’Ignace Deen a confirmé la présence d’un corps à la morgue, mais sans dire lequel. « Il y a bien un corps, qui est arrivé hier à la morgue. Mais vous savez, il y a beaucoup d’hôpitaux… Mais que ce soit Donka ou ailleurs, l’expertise est chapeautée par le Pr Hassane Bah… Je n’ai reçu aucune instruction. Même hier, ils ont caillassé l’ambulance de la croix rouge. Est-ce normal ? Or, il transportait deux accidentés graves. Mais ils l’ont caillassé. Où voit-on ça », s’est-il interrogé.
Question donc : de quel corps parle alors le directeur de l’hôpital Ignace Deen ? Contacté, le chauffeur qui a transporté les corps de Wanindara à l’hôpital est catégorique. « Pour la deuxième fois, quand on a envoyé le deuxième corps, Dr Awada n’y était pas. Nous aussi, on a déposé le corps à la morgue. On leur a dit que ce sont eux qui savent ce qu’ils vont en faire. On a quitté », a-t-il martelé.
Pourtant, Dr Mohamed Awada a démenti avoir extrait le corps du jeune tué à Wanindara, a-t-on dit au leader de l’UFDG, au cours d’une interview qui nous a accordés dans ses locaux. « Dr Awada est fonctionnaire quand même. La preuve, c’est que le corps n’y est pas. Peut-il démentir le président de la république ? Non. Mais, certes, c’est comme ça que cela s’est passé », a-t-il affirmé.

Pouvez-vous nous faciliter la tâche pour qu’on puisse vérifier la présence du corps de cette victime à la morgue, a-t-on demandé au DG d’Ignace Deen. « La médecine est sacerdoce. Il y a des secrets. Si vous allez pour demander s’il y a un corps là-bas, ils vont confirmer. Ce n’est pas un problème. Mais dire qu’ils vont vous le montrer, est-ce qu’ils ont l’autorisation ou pas, s’ils le font, c’est à titre de dérogation« , a-t-il conclu.