Affaire Koula : « Si je rentre à Conakry, on me traquera…», affirme Souleymane Thiâ’nguel

septembre 6, 2019 11:49

Alors qu’il se croyait condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans l’affaire sur le meurtre en février 2016 du journaliste, Mohamed Koula Diallo, l’opposant Souleymane Bah dit Thiâ’nguel a saisi la Cour de justice de la CEDEAO en vue d’être rétabli dans ses droits. Surprise ! pour l’avocat de l’État, il n’existe aucun lien juridique permettant de dire que Thianguel correspond à Souleymane Bah. Comment l’expert-consultant en communication a-t-il accueilli cette réponse de l’Etat à sa plainte ? Se sente-t-il désormais libre de rentrer en Guinée ? Va-t-il retirer sa plainte ?… Guineenews lui a envoyé cinq questions par courrier électronique. Lisez ses réponses.

Guinenews© : Comment avez-vous accueilli le mémoire en défense de l’avocat de l’État qui semble vous innocenter dans le dossier sur le meurtre du journaliste Koula ?

Souleymane Bah dit Thiâ’nguel : Cette réponse ne vient que confirmer ce que je savais déjà sinon la majorité des Guinéens, du moins en tout cas de nos compatriotes qui me connaissent, toute appartenance politique et ethnique confondue. Mon innocence n’a jamais fait l’objet d’un quelconque doute dans l’opinion publique. Donc, la réponse est d’une certaine façon pour moi une redondance. Mais, elle a au moins le mérite de dire que s’il y a un coupable dans cette affaire, c’est uniquement la justice qui a rendu un verdict aussi déphasé que loufoque.

C’est le seul pays où on a vu un supposé complice condamné sans avoir identifié un coupable, c’est-à-dire celui que le complice aurait aidé à commettre le crime jugé. C’est uniquement dans notre pays où le procès pour retrouver le coupable du meurtre contre un journaliste peut se transformer en agitation effrénée d’un homme qui clame partout qu’on a voulu l’assassiner alors qu’il mordait déjà la poussière au moment des faits.

C’est ici et ici seulement qu’on a vu un pseudonyme condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. En fait, l’État ne semble pas m’innocenter. C’est très précis. Il dit que je ne suis absolument pas concerné par ce dossier. La messe est dite.

Guinenews© : Pour vous, cette réponse de l’Etat marque-t-elle la fin de votre plainte devant la Cour de justice de la CEDEAO ?

Souleymane Bah dit Thiâ’nguel : Non ! ce n’est absolument pas la fin de la procédure puisque j’attends que le préjudice que j’ai subi soit réparé. La procédure ira à son terme. Ils ne peuvent pas s’en tirer à bon compte. Le flou et l’ambiguïté qu’ils ont entretenus ont eu des conséquences négatives sur ma vie familiale et professionnelle et cette responsabilité leur est imputable. Pour cela, ils doivent payer, au sens propre comme au figuré.

Guinenews© : Vous sentez-vous désormais libre de rentrer en Guinée ?  

Souleymane Bah dit Thiâ’nguel : Je ne me sens libre dans cette affaire qu’en partie, parce qu’il y a une part importante de la lutte qui attend d’être menée : contribuer à retrouver le meurtrier de notre confrère, Mohamed koula. Parce qu’en fin de compte, on n’a jamais cherché celui qui a tué Koula. On a parlé d’un tel qui aurait planifié l’assassinat d’un tel. Deux ans de procédure et un matin du 09 janvier 2018, on nous dit: « bah, en fait on n’a pas trouvé de coupable, mais on vous propose à la place son supposé complice ». Et un an et demi plus tard, réveillé par une juridiction supranationale, on nous sert cette soupe de: « eh bah non! Finalement, le supposé complice est en fait un fantôme. Il n’existe pas. On a condamné du vent ». Pauvre Guinée ! Mohamed koula a bien été tué par quelqu’un. Il faut le trouver.

La fin de mon exil ? Je ne le crois pas. Pas pour l’instant. Quand on a à faire à un État voyou, la prudence n’est jamais un luxe. Mon combat était d’abord de laver mon honneur bafoué. Pour mon retour en Guinée, ceci n’est pas à l’ordre du jour pour le moment, d’autant plus que je ne suis pas prêt à renoncer à mes convictions, à mon combat pour la consolidation des acquis démocratiques dans notre pays. Par exemple, avec ce plan diabolique de nouvelle constitution et de pérennisation d’un vieillard à la tête de la Guinée, si je rentre à Conakry, on me traquera, puisque je m’inscris, sans ambages, dans le combat pour l’alternance. Donc, pour l’instant, je reste en France. Comme on dit : tout vient à point nommé pour qui sait attendre.

Guinenews© : Ne pensez-vous pas que cela pourrait être un jeu pour vous amener à vous exposer à une arrestation ?

Souleymane Bah dit Thiâ’nguel : Un piège ? Tout est possible dans ce pays. Si on condamne un fantôme, qu’est-ce qui les empêcherait à donner corps à ce fantôme à travers moi. La gymnastique orthographique à laquelle s’est livré l’avocat de l’État montre à suffisance qu’ils sont capables de tout pour tenter de se tirer d’affaire. Alors, je ne suis pas pressé de rentrer. Avant de rentrer, je dois obtenir un certain nombre de garanties pour garantir ma sécurité.

Guinenews© : L’avocat de l’Etat demande votre condamnation au paiement de 1 500 000 000 FCFA pour procédure abusive. Quelle est votre réaction ?

Souleymane Bah dit Thiâ’nguel : Il devrait revoir les règles qui régissent la cour de justice de la CEDEAO. Il semble ne pas être au courant de certaines choses que mon avocat, bien entendu, maître Alpha Yayé Dramé se fera un plaisir de lui rappeler très prochainement. S’il y a quelqu’un à dédommager, ce n’est certainement pas un État qui a failli à son devoir de protéger, de garantir les droits les plus élémentaires d’un de ses citoyens.

C’est une honte de se prêter à cette demande en sachant pertinemment qu’elle ne peut pas prospérer. J’ai perdu des opportunités d’emplois. J’ai eu un contrat juteux qui a été résilié à cause de cette affaire. On m’a fait arrêter tous mes projets artistiques, mes collaborations médiatiques, mes activités d’enseignement. J’ai vu ma femme et mes filles prendre la route de l’exil sans que je ne puisse rien faire. J’ai ma fille qui me demande régulièrement quand est-ce qu’on va rentrer en Guinée et pour serrer mon père dans mes bras et embrasser mes deux mamans. Je suis contraint de les faire venir à Dakar. S’il y a quelqu’un qui a subi des préjudices moraux et économiques, c’est moi. Le reste n’est que fantaisie et cocasserie.

Entretien préparé par Tokpanan Dore pour Guinenews©