Affaire port de Conakry: ce que Vincent Bolloré a dit lors de sa garde à vue à Paris

avril 27, 2018 9:15
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«Alpha Condé était important pour la stabilité nécessaire pour les investissements…»

Durant son interrogatoire par les juges en charge du dossier portant sur le soupçon de corruption qui pèse contre lui par rapport aux concessions des ports de Conakry et de Lomé, le PDG du groupe Vincent Bolloré a assumé la prestation de sa filiale de communication Havas au compte du candidat Alpha Condé. Mais rejette toute relation entre l’obtention de la concession portuaire de Conakry et le service rendu.

Il a également reconnu qu’en 2010, sa filiale a fourni des affiches, édité le livre d’Alpha Condé, réalisé des médias training et une véritable offensive numérique…. Le tout «sous-facturé » avec des ambitions à long terme, a-t-indiqué.

A la question des enquêteurs pourquoi Bolloré se permet-il de faire en Afrique ce qu’il s’interdit en France ?

Vincent Bolloré réplique à ses enquêteurs « qu’avant tout d’abord, c’était autorisé en France jusqu’à une période récente, début des années 90. Ça l’est sans doute peut-être encore dans les pays concernés, déclare-t-il et d’ajouter : « mais en ce qui nous concerne, d’après les documents qui nous ont été remis, puisque comme vous le savez, je n’ai participé à rien. Il s’agit de dépenses de communication réelles, faites en toute transparence pour des sommes modestes par rapport à notre budget de communication et totalement dans l’intérêt social. »

Cet argument autour duquel Vincent Bolloré entend bâtir sa ligne de défense a été quelque peu fragilisé du moins contrarié par son directeur général, Gilles Alix également placé en garde à vue.

A la même question, ce dernier répond : « on l’a décidé pour avoir une assise politique afin que les activités économiques prospèrent. Bolloré était au courant. Il était d’accord sur le principe, sans connaître le montant.»

Quant à Jean-Philippe Dorent, le Responsable de l’international pour Havas, il se veut plus incisif dans son attaque de l’accusation: «je considère que penser que travailler dans les conditions financières définies pour Alpha Condé, qui était un opposant dont personne ne pouvait penser qu’il pouvait gagner, était de la corruption est pour moi un non-sens. »

Nous avons favorisé l’éclosion d’un Etat de droit, tente de justifier Jean-Philippe  la prestation de Havas en Guinée.

Interrogé si ces dépenses faites au travers d’une facturation intragroupe ne sont-elles pas des cadeaux faits à Alpha Condé et Faure, l’homme d’affaires répond qu’il s’agit d’une analyse erronée.

Les documents saisis en 2016 lors de la perquisition au siège du groupe Bolloré à Puteaux dont certains médias ont pris connaissance, expliquent tout le système d’abus de confiance, faux, usage de faux et corruption en Afrique.

Sur le cas spécifique de la Guinée, le groupe Bolloré, à travers sa filiale de communication Havas, a facturé le candidat Alpha Condé à 100 000 euros. Un service sous-estimé dont la facture réelle s’élève à 800 000 euros.

Dans la foulée, Vincent Bolloré fera recours au biographe officiel de sa famille, le journaliste Jean-Bothorel pour rédiger, sous forme, d’entretien avec Alpha Condé un pamphlet le livre « Un africain engagé». Un livre qui magnifie le combat politique d’Alpha Conde. Là aussi, la facture de 70 000 euros sera réglée par l’ami d’Alpha Condé, Vincent Bolloré.

En 2011, les enquêteurs ont retrouvé des traces d’une demande expresse des responsables du Groupe Bolloré auprès de leur patron Bolloré afin d’intervenir auprès de Dominique Strauss-Kahn au sujet de la Guinée concernant sa dette.

Aujourd’hui Vincent Bolloré est poursuivi pour ‘’corruption, faux usages de faux, abus de confiance’’.

Même si pour l’instant, les autorités de Conakry nient les faits et soutiennent que l’attribution de la concession portuaire au groupe Bolloré a été faite dans les règles de l’art. Personne parmi elles, par contre, ne peut nier les propos du Président Alpha Condé qui a toujours privilégié ses amis en Guinée.

Dossier à suivre