Agence nationale de sécurité routière: de la nécessité d’activer sans tarder cette institution de lutte contre les accidents

avril 1, 2019 11:50

L’insécurité routière est une préoccupation mondiale. Elle fait l’objet de plusieurs actions au niveau national, sous régional et international. Ainsi, en novembre 2009 s’est tenue à Moscou, la première conférence interministérielle mondiale sur la sécurité routière, organisée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et  le Ministère des Transports Russe.

Cette rencontre a regroupé tous les acteurs concernés par la gestion de la circulation routière mondiale: gouvernements, agences spécialisées, instances internationales, associations…

Au cours des travaux, l’unanimité s’est faite sur la gravité et les conséquences sociales, sanitaires et économiques des accidents de la circulation. Selon l’OMS, ce sont au moins 1,3 millions de personnes qui meurent chaque année sur les routes à travers le monde et 20 à 50 millions qui sont blessées, surtout dans les pays à faible revenu, comme le nôtre. A titre illustratif, des sources indiquent que dans l’Union Européenne, les accidents de la route ont causé 39 000 morts en 2008 et les coûts associés à ces accidents représentent environ 2% du PIB, soit 180 milliards d’euros.

Des facteurs de risques spécifiques, notamment la vitesse excessive, l’alcool au volant, le non port de la ceinture de sécurité et du casque protecteur ont été débattus.

Il a été observé également que dans de nombreux pays, les soins d’urgence et autres services de soutien aux victimes des accidents de la route sont inadéquats.

La conférence de Moscou a défini l’insécurité routière comme la première cause de décès des 15 à 29 ans et la neuvième pour toutes tranches d’âge confondues. De l’avis des experts, si rien n’est fait, elle deviendra la cinquième cause de mortalité dans le monde en 2030.

Au terme de la conférence, les parties prenantes ont produit une déclaration commune demandant à l’assemblée générale des Nations-Unies d’instaurer une décennie d’action 2011-2020 pour la sécurité routière.

A l’occasion de sa 64ème session du 10 mars 2010, l’assemblée générale de l’ONU a proclamé la période 2011-2020 «décennie d’action pour la sécurité routière» en vue de stabiliser, puis de réduire le nombre prévu de décès imputables aux accidents de la route, à travers le monde.

En faisant de la déclaration de Moscou une résolution, l’ONU reconnait le caractère de crise mondiale majeure au phénomène de l’insécurité routière et un problème de santé publique.

L’année suivante, lors de sa deuxième session du mois de novembre 2011 à Addis-Abeba, l’Union Africaine a emboité le pas à l’instance onusienne pour instaurer le plan d’action de la décennie pour la sécurité routière en Afrique, commémorée chaque mois de novembre, de même qu’une journée de souvenir en la mémoire des victimes de la route.

Pendant ce temps, dans notre pays, la fréquence et la gravité des accidents de la circulation continuent d’interpeller tous les acteurs en vue d’agir afin d’inverser cette tendance autant douloureuse que coûteuse. Par an, ce sont près de 100 personnes à Conakry  et quatre fois plus à l’intérieur du pays, qui sont tuées dans des accidents de la route. Plus de la  moitié de ces victimes  sont  des usagers vulnérables : enfants, personnes âgées, piétons, cyclistes et motocyclistes. Des milliers d’autres  sont des blessés graves qui décèdent ou se retrouvent handicapés à vie, faute de prise en charge rapide et efficace.

C’est pourquoi, à l’instar des autres pays du monde, le gouvernement guinéen qui a adhéré à ces deux résolutions des Nations Unies et de l’Union Africaine, devait officiellement lancer le 11 mai 2011, les activités de « la décennie d’action 2011-2020 pour la sécurité routière » en République de Guinée. Loin de mésestimer les efforts menés dans la préparation de tous les documents nécessaires à ce lancement officiel, celui-ci n’a malheureusement pas été fait à date. C’est l’année d’après que la commémoration de la journée africaine a  débuté au Palais du Peuple, jalonnée de quelques actions de prévention inscrites dans le plan d’action onusien. Lesquelles, il faut le noter n’ont pas eu  l’éclat souhaité, puisque isolément initiées et pilotées par les acteurs concernés. A cette absence de synergie d’action sont venus se greffer d’autres facteurs majeurs parmi lesquels des problèmes d’instabilité socio- politique qui ont culminé avec l’apparition de l’épidémie d’Ebola. Cette convergence d’éléments réducteurs du processus engagé dans la mise en œuvre des activités de prévention a compromis l’atteinte de la plupart des objectifs prédéfinis. Il ne pouvait en être autrement, vu qu’à l’entame de cette période aussi importante qu’opportune, pour inverser de manière efficace la tendance à l’accroissement du nombre et de la gravité des accidents, il a manqué à notre pays un organe régulateur qui est l’agence nationale de sécurité routière. La création d’une telle structure était une recommandation de l’ONU faite à ses pays membres pour fédérer toute la dynamique nécessaire à la mise en œuvre des activités contenues dans le plan d’action de la décennie. Elle permet d’assurer une synergie d’action de tous les intervenants du secteur en devenant le parfait catalyseur pour la mise en œuvre de tout processus engagé dans le domaine de la sécurité routière.

Aujourd’hui c’est chose faite. Par le décret 052 du 31 janvier dernier, la Guinée s’est dotée de son agence nationale de sécurité routière. Ce qu’on attend, c’est son installation et son fonctionnement. Nous voici à l’entame d’une période aussi importante qu’opportune pour notre pays de voir la tendance à l’accroissement du nombre et de la gravité des accidents de la circulation s’inverser.

Les autorités sauront sans doute en tenir compte et mettre cette agence en route sans tarder.