Dossier – Agression du 22 novembre 1970 : 50 ans après, retour sur un épisode de notre passé récent

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22 novembre 1970- 22 novembre 2020. Cela fait aujourd’hui  cinquante ans que la Guinée a été victime de l’invasion des troupes portugaises. Un débarquement de mercenaires à Conakry qui jusqu’ici est diversement interprété. Si certains pensent que c’étaient des troupes portugaises, assistées de dissidents guinéens, venus renverser le régime de Sékou Touré, d’autres parlent d’une mission chargée de neutraliser les rebelles actifs en Guinée-Bissau pour le compte du PAIGC, et de libérer des prisonniers portugais détenus à Conakry. … Retour sur un épisode controversé de notre histoire récente.

Fait historique

Selon les récits historiques, la guérilla en Guinée-Bissau avait lancé  en 1968 environ147 attaques sur les forces portugaises et prit le contrôle des deux tiers de la colonie. Le Portugal devait maintenir 30 000 soldats pour la combattre. Le général Antonio Spinola réussit au cours des deux années suivantes à regagner le terrain perdu, après une offensive fructueuse sur la frontière avec la Guinée et le Sénégal. Pour détruire les bases des rebelles en Guinée, le Portugal décide en 1970 de lancer une attaque amphibie contre la capitale, Conakry. Exécutée par quelques centaines d’hommes, dont des dissidents guinéens, «l’opération verte» doit permettre de prendre le contrôle de la mer et du ciel, de libérer les prisonniers de guerre portugais, ainsi que de détruire le quartiers général de la guérilla et, si possible, capturer son chef, Amilcar Cabral. De plus, la force d’intervention doit servir de fer de lance pour un mouvement visant à renverser le régime de Sékou Touré.

Débarquées dans la nuit du 22 novembre, les troupes détruisent rapidement la maison d’été du président, mais sans capturer ce dernier. Ils font aussi sauter des armes et des véhicules et s’emparent du quartier général de la guérilla. Cabral, qui est alors en Europe, leur échappe. Ils échouent aussi à prendre l’aéroport et à détruire les avions MIG. L’opération coûte la vie à quelque 500Guinéens et à trois membres des commandos. Identifié comme le responsable de l’opération, le Portugal est condamné par le Conseil de sécurité comme une menace à la paix en Afrique. Cuba et l’Union Soviétique en profitent pour augmenter leur aide militaire à la Guinée et à la guérilla anti-portugaise. Le pouvoir de Sékou Touré, qui déclare la loi martiale et lance une vaste campagne de répression, sortira renforcé de cette opération. 

Quel était l’objectif de cette agression ? 

Selon les témoignages recueillis ici et là, cette invasion s’inscrivait dans le cadre de l’opération militaire qui portait le nom de code « Mar Verde » dont la mission avait pour objectifs:

Premièrement, la destruction des vedettes rapides du Parti Africain de l’Indépendance de la Guinée-Bissau et des Îles du Cap-Vert (PAIGC). Ce groupe de maquisards avait établi sa base arrière et son Quartier Général dans la ville de Conakry. C’est de cette ville, entre autres, qu’il se ravitaillait en armes et munitions pour attaquer les positions portugaises.
Deuxièmement, la libération des soldats portugais détenus à Conakry.
Troisièmement, la décimation des effectifs du PAIGC, avec possibilité d’assassiner son leaderAmilcar Cabral.
Quatrièmement enfin, prêter mains fortes aux membres du FLNG pour renverser le gouvernement guinéen. Ce dernier objectif était le mobile connu pour la participation du FNLG à l’agression.

D’une pierre, Spinola allait faire deux coups. Affaiblir le PAIGC dans sa base arrière de la République de Guinée et, si possible, mettre en place un gouvernement qui lui serait favorable. En fait, dans la perspective des objectifs atteints, l’opération a coûté plus pour le Portugal que pour le FNLG. Par recoupement, des informations obtenues dans les archives des officiers portugais qui dirigeaient l’opération, le commando Selon les documents mis à notre disposition, les portugais avaient atteint les objectifs tels que: la destruction des vedettes rapides du PAIGC ainsi que de celle de la marine militaire guinéenne ; la libération de 23 prisonniers de guerre ; la destruction partielle du camp du PAIGC. En fait, leur réussite aurait été totale n’eut été la défaillance des renseignements, particulièrement sur la localisation du président guinéen d’alors, Ahmed Sékou Touré, qui était supposé être à la Villa Syli pendant le coup.
Selon le témoignage d’Elhadj Momo Sylla, un ancien combattant  témoin de la scène, « l’échec était total du côté des opposants guinéens venus enlever le président Sékou Touré: une centaine de morts et plusieurs prisonniers. La direction du Front avait compté que l’arrivée de ses troupes à Conakry aurait suscité un soulèvement populaire contre le régime du PDG. Il n’en avait pas été ainsi, bien au contraire ».

La grande purge après le 22 novembre 1970


 Après l’agression des Portugais le 22 novembre 1970, selon les témoignages recueillis lors de notre enquête, une chasse aux  « traîtres »  a été lancée en Guinée pour traquer les complices de l’attaque. Le pouvoir met en scène des exécutions publiques. Une ambiance de dénonciation et de psychose s’installe. A écouter un ancien fonctionnaire, 1971 résonne encore comme l’une des années les plus sombres du régime de Sékou Touré.

Sur les hauteurs de la préfecture de Mali, au nord de la Guinée, le colatier transformé en échafaud a disparu. Au centre de la place demeurent la souche de l’arbre et le traumatisme. « Nous avions vraiment pitié de voir des êtres humains flottants, suspendus à une branche », raconte un ancien de la localité.

Début 1971, pourtant, la version était bien différente dans la presse.  « Les pendaisons se sont déroulées dans une atmosphère de carnaval», annonçait gaillardement le speaker de Radio Conakry2. Trois semaines avant ce 25 janvier meurtrier, Sékou Touré donne le ton lors de ses vœux à la nation , selon Elhadj Mamady Keita, ancien pompiste à l’ONA qui se rappelle encore: « L’année 1971 doit être le départ de la violence révolutionnaire appuyant une offensive systématique et généralisée contre la mainmise impérialiste, contre ses privilèges illégitimes et ses intérêts égoïstes, en même temps que devront être dénoncés, sinon anéantis par tous les moyens appropriés, les Africains traîtres à la Patrie africaine ».

Interrogé à son domicile à Landréa, dans la commune de Dixinn, Amara Camara, un octogénaire, qui servait au service Météo,  expliquait que « si la violence verbale des éditoriaux ne laissait guère de doute sur la sévérité des verdicts à rendre, le procès populaire s’ouvre le 18 janvier 1971. Dans chaque service administratif, quartier ou PRL, pouvoir révolutionnaire local (le nom « révolutionnaire » donné aux instances locales sous Sékou Touré), chaque citoyen est appelé à se prononcer.  Des documents étaient envoyés partout concernant la condamnation des responsables de l’agression des Portugais. Nous devions nous prononcer seulement sur les peines. Les coupables : peine capitale ? Oui ou non. Les complices : peine capitale ? Les doutes : travaux forcés à perpétuité ? Mais qui est responsable ? Comment l’enquête a-t-elle abouti à ces conclusions ? Rien n’a été dit. Et gare à celui qui dans la salle se lève pour s’opposer », témoigne Amara Camara, cet ancien fonctionnaire de la météo4 avant de lever le voile sur quelques anecdotes des coulisses: « Le jour de la réunion, un certain M.Diallo s’est exclamé : ″je suis musulman, je ne peux pas demander la mort de quelqu’un″. Tout de suite, le syndicat voulait l’emmener en prison, au camp Boiro. Nous avons négocié pendant trois heures. Finalement, ils l’ont laisséLe 24 janvier, la sentence tombe », conclut le vieux météorologue avant de céder le micro à M Tavarez, un ancien enseignant au Cours Normal de Donka, un de ses compagnons.

Pour nous apprendre  à l’Assemblée nationale érigée en Tribunal populaire révolutionnaire suprême – après la diffusion des aveux des coupables enregistrés dans la geôle politique du camp Boiro.

« Au petit matin, Barry III, secrétaire général du gouvernement, Moriba Magassouba, ministre délégué au Fouta, Keira Kara, commissaire de police et Baldet Ousmane, secrétaire d’État aux Finances sont pendus dans la capitale sous le pont du 8 novembre, à Conakry. Plus tard dans la journée, toute la ville est invitée à se rendre sur les lieux. Les curieux s’approchent, les professeurs escortent les écoliers. Le fait qui m’a marqué c’est la réaction de la fillette de l’un des pendus qui a reconnu son père mais à qui on interdit de pleurer ».

Offusqué face à des nombreuses détentions, Sékou Touré rappelle à l’ordre les gouverneurs de régions

Toujours selon les témoignages, après le procès et le jugement des coupables, le flux des arrestations s’accélère. À tel point que la présidence rappelle à l’ordre les gouverneurs de régions. Dans une circulaire de février 1971, dénichée dans un dossier poussiéreux des archives de Labé, Ahmed Sékou Touré s’offusque des nombreuses détentions « pour des motifs divers sans que les autorités de tutelle en soient informées ». S’inquiétant de la « cohérence » de son administration, il « demande avec insistance de rendre compte au Président ainsi qu’au secrétaire d’État à l’Intérieur et à la Sécurité, par message chiffré de toutes les arrestations ordonnées par vous. » Avant de conclure : « j’insiste pour qu’il n’y ait pas d’abus et que vous continuiez à défendre la Révolution envers et contre tout. Il ne s’agit pas de limiter votre compétence mais de rétablir l’ordre hiérarchique. »

Mais hélas ! Encore une fois dans la presse, le discours diffère. On y encourage la dénonciation et la délation. Le journal officiel Horoya reprend un discours de Sékou Touré en juin 1971 : « Continuez, cherchez, fouillez partout où besoin sera. Ne laissez aucun complice. Nous vous faisons entière confiance. Allez jusqu’au bout, allez en profondeur, (…) c’est la radicalisation de la Révolution, c’est notre victoire». L’objectif est clair : démasquer les complices intérieurs organisés en réseaux en liaison avec les puissances étrangères. Selon les dignitaires du régime Sékou Touré.

Les interrogations de l’écrivain Sidiki Kobélé Keita

En ce qui concerne des informations sur la liquidation des prisonniers trouvés au camp Boiro au moment de l’agression  du 22 novembre 1970, l’écrivain  Sidiki Kobélé Kéita témoignera plus tard dans la presse:

« Quant à la  raison   de  la liquidation  des prisonniers  trouvés au camp  Boiro au moment de l’agression  du 22  novembre 1970,  on n’ a pas besoin d’être un grand clerc pour le connaître. Il suffit de feuilleter  les documents signalés et accessibles à tous ou de participer, chaque année,  à la  conférence-débat organisée  au Palais du Peuple consacrée  à l’agression du 22 novembre 1970 à l’occasion de chaque  anniversaire; ces rencontres sont des occasions d’informations  débattues contradictoirement.

« Un jeune intervenant, Amadou Doumbouya, a cité le cas de son père adoptif recruté à Bafata (Guinée-Bissau) comme mercenaire, avec la promesse de fortes sommes devant être versées  sur un compte    ouvert  à son nom; après l’agression, l’intéressé s’est rendu compte, après vérification, que c’était un faux compte bancaire et rien ne lui sera versé, à la fin de la criminelle opération .»

Un autre témoignage, celui repris de Mr Ismaël Condé, professeur de sociologie, qui séjourna  du 20  janvier au 14 novembre 1970 au camp Boiro comme prisonnier : «  tous les prisonniers du camp Boiro étaient informés de l’imminence de l’agression qui se préparait contre la Guinée ; ce qui est   confirmé par tous les organisateurs de l’ignoble opération, en particulier le capitaine Alpoim Calvao :  «  déjà, ajouté    le collègue, au mois de juillet 1970, rares étaient les intellectuels prisonniers au  camp qui n’étaient pas informés qu’immanquablement l’année allait finir en même temps que le régime en place » ; que cette information lui a été donnée par un médecin qui a été arrêté dans le complot qui venait d’être déjoué. Ce médecin avait été chargé  par le Président Ahmed Sékou Touré de le soigner d’une maladie qu’il avait contractée un mois auparavant. C’est au cours d’une séance de soins que le médecin guinéen prisonnier révèle, comme pour soutenir son patient, en ces termes : « Mon Petit, il faut tenir ; d’ici décembre, tout va finir », sans toutefois lui préciser le comment et la date même approximative  du changement. Quatre mois après, ce fut l’agression du 22 novembre 1970 et tous les prisonniers repris furent fusillés pour complicité avec les agresseurs.

 Du silence des auteurs  guinéens   de l’agression du 22 novembre 1970 de s’assumer.

 Pour Kobelé, « aucun responsable  du FNLG n’a assumé l’agression le 22 novembre 1970  par lâcheté et il ne s’est trouvé personne, parmi ceux qui se disent victimes de Sékou Touré, pour porter plainte contre eux, si certains ne les ont pas  approuvés publiquement. Et ils s’étonnent de l’indifférence des autres citoyens. Or, c’est cette agression qui a provoqué la radicalisation de la répression », dira-t-il avant de s’interroger : « C’est pourquoi,  l’on  se demande comment certains peuvent estimer que cette  l’agression était légitime, mais condamnent la répression qu’elle a déclenchée ? Or, comme l’a dit  le ministre Alioune Dramé au Palais du Peuple en janvier 1971 à propos  de l’agression du 22 novembre 1970 qui était une vraie aventure suicidaire : « Aller à l’aventure, c’est jouer quitte ou double : ou on gagne totalement ou on perd totalement… quand on perd totalement  on ne peut  choisir ni la sanction, ni sa forme ; le choix revient au gagnant », tranche-t-il avant de se demander : «  pourquoi, depuis  le 3 avril 1984, il ne s’est trouvé aucune personnalité officielle guinéenne, ni une institution internationale se qualifiant défenseur des droits de l’homme, pour défendre la mémoire des innocentes victimes de cette ignoble agression, victimes plus nombreuses que les 85 pendus qui ont été comptabilisés par certains ? ».

 De l’innocence et de la réhabilitation des accusés à tort

A ce sujet Kobélé insistera : « nous avons toujours affirmé, ayant été relâché après    quarante-huit  heures (25 au 26 novembre 1970) d’interrogatoire au comité révolutionnaire de Conakry I présidé par Mr Emile Condé  sur dénonciation calomnieuse, que  tous ceux qui ont été arrêtés pour leur  participation aux complots n’étaient pas tous coupables des faits qu’on leur a reprochés ; cela  a été  confirmé cette fois par expérience, au cours de la conférences-débat du 29 novembre 2008 au Palais du Peuple, par feu Dr Baba  Kourouma, ancien prisonnier au camp Boiro en ces  termes: « Tous ceux qui ont été au  camp Boiro n’étaient pas tous coupables, mais tous  n’étaient pas non plus innocents ». Malheureusement jusqu’ici aucune démarche officielle des autorités guinéennes pour déterrer la vérité.

« Il y a également la nécessité d’accès à des archives étrangères. Dr Dianè Charles l’avait  affirmé très tôt  à un journaliste (Ndlr) au lendemain du coup d’Etat du 3 avril 1984), que : « Si nous voulons connaître la vérité sur qui a fait quoi dans les différents complots, il nous faudrait consulter impérativement les archives du PDG,  des services secrets français, du MOSAD, de la  CIA, du K GB ». Or, il ne s’est  trouvé  personne, surtout  parmi ceux qui se disent victimes de Sékou Touré, pour exiger cela   quand les   principaux acteurs de cette tragédie  vivaient encore et s’agitaient sur le théâtre  politique guinéen ou  exiger des autorités guinéennes d’entreprendre des démarches officielles  auprès des pays suscités  en vue de  l’accès ou l’ouverture de leurs  archives aux chercheurs en général. Au contraire certains de ceux-là   continuent à approuver l’agression du 22 novembre 1970, à lui trouver une légitimité  et à condamner la répression qui l’a suivie, alors que les deux choses sont dialectiquement liées »

Ce qui est encore dommage pour Kéita Kobélé, dit-il, « c’est même quand un témoignage est donné par des cadres guinéens,  opposants de l’extérieur notoirement, sur leurs relations  avec des cadres guinéens de l’intérieur, ceux qui se victimisent   continuent à démentir ou à se taire sur   ce qu’on dit ou écrit sur  leurs  parents. Prenons l’exemple du témoignage de Dr Diané Charles : « J’étais de l’opposition guinéenne ; je militais dans le regroupement des Guinéens à l’Extérieur. Et personnellement, j’étais en relation avec  mon ami feu  Tibou Tounkara ; Je crois qu’il  était, à cette époque-là, ministre résident à Nzérékoré. Et on se passait des messages avec énormément de prudence. D’ailleurs, j’avais réussi à le sortir  de Nzérékoré pour l’amener au Libéria ».

 Ce qui est encore plus condamnable, c’est la disparition, au lendemain du coup d’Etat destructeur du 3 avril 1984, d’archives essentielles de notre patrimoine documentaire (archives privées du président de la République, archives présidentielles, archives de la Permanence nationale du PDG-RDA (siège actuel du Ministère de la Jeunesse et de l’ Emploi des jeunes), archives des départements ministériels et archives des services de sécurité et de l’ armée, disparues par  incinération, jet dans la mer ou  vol par des particuliers, dont certains membres du CMRN et du gouvernement et quelques cadres opportunistes qui se baladent avec allusion à des lettres de dénonciation les concernant et sans présentation desdites lettres.

Les regrets de l’écrivain

« Et il est à noter aussi qu’aucune   demande  officielle d’accès ou de  déclassification des archives étrangères sur les rapports de ces pays avec la Guinée  entre  1958-1984 n’ a jamais été formulée par les autorités guinéennes, comme le Rwanda l’a fait  et obtenu des documents importants. Tout cela  aurait permis  ou permettrait d’innocenter et de réhabiliter certains guinéens en faisant le tri entre les traîtres (ceux qui ont effectivement collaboré avec certaines puissances extérieures identifiées contre la Guinée entre 1958-1984) et des innocentes victimes, des Guinéens accusés  à tort et liquidés  sous la première République sur  dénonciations calomnieuse ou règlement de compte», aurait-il souhaité.

Sidiki Kobelé Kéita insistera dans son regret : « Il faut également regretter l’assassinat, au lendemain du coup d’Etat ( 3 avril 1984), des acteurs et témoins essentiels de la première République, accusés à tort ou  à raison de torture et de liquidation physique des « innocents » : il fallait empêcher  ceux-là qui tenaient à faire des révélations fracassantes, gênantes parce que accusatrices, de le faire publiquement. »

 Quant aux familles et proches des victimes du Camp Boiro, ils dénoncent  la cruauté du régime de la Première République à travers, selon eux, des arrestations arbitraires et des  exécutions sommaires.

Témoignage de Julienne Matos, la fille de N’Nian Felix Matos, ancien Directeur  de la Banque BNDA, sur la disparition de son père. « Je suis venu à cause de mon père, il a été arrêté par Sékou Touré le 27 Décembre 1970.Car, cette  date coïncide  à un moment très difficile pour notre famille, parce  que c’était le jour   d’anniversaire de notre  sœur aînée. Moi je n’avais que six ans à l’époque. Je ne connais presque pas mon père. Donc, si ce Mme problème commence, nous  devons venir pour faire des prières et bénédictions  pour que ces mêmes pratiques ne se répètent plus en Guinée. Parce que c’est vraiment dur de consommer  cela. Car plusieurs cadres  ont péri  sous le régime de ‘’Feu Ahmed Sekou. Aujourd’hui donc, on doit se donner la main pour qu’il ait justice  par rapport à toutes les victimes du Camp Boiro », a-t-elle fait savoir avant de préciser par la suite : « notre père a été arbitrairement arrêté et exécuté sous  prétexte qu’il était dans un complot contre le régime d’alors. Alors tout le : monde sait que les banquiers ne  se  mêlent  pas du tout de la politique. Le sang a trop coulé en guinée, donc il  faut que la justice soit rendue pour que le pays prospère  parce qu’il y a eu trop d’injustice » 

Abdoulaye Conté, porte-parole  des victimes du Camp Boiro, a quant à lui déclaré : « …qu’une purge sans précédent s’est abattue sur notre pays. Nos pères, compagnons de l’indépendance de Sékou Touré  n’ont pas eu cette chance. La brutalité des pendaisons, les exécutions sommaires, les tortures pour avouer  des crimes suspectés, les humiliations avec plus de 80 personnes pendues à travers la Guinée continuent de hanter les sommeils des   enfants  de toutes les victimes », dit-il avant de rappeler : « notre vie et celle des enfants est faites de pleurs de douleurs, de cauchemars, de déchirements à cause de sorts inhumains qui  a été réservés  à nos pères. Ils n’ont pas eu droit à la justice, ils avaient été désignés par  Sékou, les membres du PDG  et la révolution pour être simplement liquidés afin de satisfaire la soif de sang  du président Ahemd Sékou Touré. Combien de Guinéens ont été assassinés ? Combien de Guinéens ont connu ce triste sort ?  Amnistie évoque le chiffre de 50.000 morts, aucune des familles en Guinée n’a échappé à ces  pratiques cruelles de la Première République », a rappelé Abdoulaye Condé.

 Il demande alors au Président Alpha Condé   de fournir tous les efforts pour que des enquêtes soient faites  sur ces  tueries et que la justice soit rendue pour réparer le mal

 Me Aminata Barry est la fille de Barry Diawadou, victime du tristement célèbre camp Boiro, sous le règne de Sékou Touré. Diawadou Barry fût l’un des pères fondateurs de l’indépendance en Guinée, ancien ministre et ambassadeur, avant de se brouiller avec Ahmed Sékou Touré. Il a été emprisonné dans le tristement célèbre camp Boiro en 1969 et fusillé dans la même année. Son corps n’a jamais été retrouvé. Les organisations de défense des droits humains estiment que quelque 50 000 personnes sont mortes dans le camp Boiro.

Comme Aminata Barry, les autres parents, enfants, épouses et quelques survivants se sont réunis au sein de l’Association des victimes du Camp Boiro. Depuis sa création en 1985, l’Association des victimes du camp Boiro revendique en vain la restitution des charniers où sont enterrées les victimes. Ils ont également demandé le marquage des lieux de crime par des stèles. C’est finalement en janvier 2016 que la première pierre a été posée pour la construction d’une stèle sur le site du camp Boiro. L’association travaille également avec les victimes des autres tragédies en Guinée comme celle de la répression au Stade du 28 septembre sous le régime de Dadis Camara.

Il faut noter qu’aujourd’hui, le recul du temps permet d’avoir une vue plus détaillée sur l’événement du 22 novembre 1970. Cette lucidité qui lève le voile sur cet incident porte à croire que le Portugal avait utilisé le FNLG comme écran de fumée, pour dissimuler sa mission en République de Guinée.
Comme conséquences de cette triste page de notre histoire, la République de Guinée avait perdu environ 500 de ses fils et filles, y compris des civils, militaires et miliciens. En plus de ces pertes en vies humaines, l’incursion lui avait également causé d’importants dégâts matériels.