Agriculture : Dr Théophile expérimente un « champ école » (Entretien)

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Docteur Théophile  Telliano est à la fois un médecin de profession et agriculteur. Il réside au quartier Korodou, dans la commune urbaine de Kissidougou. Il est aussi expérimentateur agricole, semencier rizicole  et président de la chambre d’agriculture de Kissidougou. Avec volontiers, ce médecin-agriculteur a accordé un entretien à votre quotidien électronique Guineenews© pour nous parler de sa pépinière appelée le « champ-école ». (Entretien)

Guineenews© : Bonjour Dr Théophile! Vous êtes médecin de profession mais aussi amoureux de la terre. Vous avez  une pépinière, le « champ école ». Parlez-nous-en ?

Dr Théophile : Pour les gens, l’école, c’est là où on voit des élèves avec l’ardoise, le crayon, le cahier. Pour moi un « champ école » est donc un champ d’agriculture où effectivement, on trouve presque toutes les plantes. Ce que je fais ici, ce sont des choses qui se font très couramment chez nous ici. Cela ne veut pas dire, c’est une innovation que j’ai commencée à faire. Non, mais c’est ce que les paysans en font tout le temps sans se rendre compte. Mais ils font ses pratiques et expériences agricoles de façon archaïque. Ils ne savent pas comment faire et aboutir à des bons résultats. Maintenant, c’est ce qu’on appelle « le champ école ».

Guineenews© : Maintenant, vous-même, vous avez constaté que les paysans ont du mal à s’en sortir avec un bon rendement. Quels sont vos conseils ?

Dr Théophile : Le Président de la République s’est battu pour nous envoyer des engrais qui sont en train de se gâter dans les magasins. Les gens ne savent pas comment les appliquer. C’est l’occasion pour moi d’inviter les gens à venir voir mon « champ école » et connaître mes secrets. Je demande aux cadres du ministère de l’Agriculture d’appuyer de façon technique et professionnelle les paysans. Le gouvernement a envoyé des engrais, des herbicides…mais si les paysans ou les producteurs de l’agriculture utilisent très mal ces produits, ils vont brûler leurs plantes. Donc, je fais ce « champ école » pour que les gens viennent voir comment utiliser ces produits et voir aussi l’évolution des plantes.

Guineenews© : Expliquez-nous un peu qu’est-ce qui vous a motivé à faire ce champ tout près de la ville de Kissidougou.

Dr Théophile : Ce champ-là, je l’ai réalisé pour accomplir les ambitions du président de la République, le Pr Alpha Condé. Donc, c’est pour pouvoir éclairer ou guider les jeunes qui ont envie de se jeter dans l’agriculture. On crie par -ci par-là! Il n’y a pas d’emploi en Guinée. Et au niveau de l’agriculture, il y a un vrai emploi, moyen coûté, et un emploi durable. J’invite les jeunes à s’intéresser à l’agriculture qui est un secteur d’avenir pour notre pays. Vous savez, tout le monde dit que la terre ne trahit jamais.

Alors mettons-nous au travail. C’est pour cela j’ai commencé à travailler sur ce site. Et vous même vous voyez comment les plantes poussent. C’est merveilleux de voir ça. Quand on regarde les méthodes utilisaient par les paysans, elles sont archaïques. Ils ne respectent pas les normes scientifiques en agronomie. Je fais donc ce champ ici pour pouvoir les montrer réellement comment il faut faire, quand il faut faire et comment il faut accompagner les cultures pour avoir des bons résultats. Par exemple sur l’application des engrais.

Guineenews© : On  voit beaucoup des plantes dans votre « champ école » ici.  Parlez-nous un peu de ces cultures ?

Dr Théophile : Premièrement, je  fais une pépinière de cacao « Mercedès », de café, de cola. Maintenant, j’ai produit près de 100 mille pieds de cacao Mercedes et quelques choses de 50 mille pieds de café et une expérimentation de 200 pieds de colatiers importés de la Côte d’Ivoire.

Deuxièmement, les paysans font le maïs, mais ils cultivent en perte. Ils mettent un pied à chaque mètre où ils font du forage. Ils sèment drue et espacent les pieds. Ce n’est pas gagnant. Les normes recommandent soit 40m sur 70 avec deux grains par poquet ou bien 30m sur 40 ou 30m sur 30 avec un grain par pied. C’est une méthode très risquée. Le mieux serait de faire des grains par poquet.

Vous voyez ici, j’ai un hectare et demi de maïs qui constitue une céréale que nous devons multiplier sa production parce que l’ambition du gouvernement aussi c’est l’élevage, la basse-cour. Les poules, les canards ont besoin du maïs au lieu d’acheter au marché sans oublier la valeur alimentaire de ce maïs. C’est le cas de la région du Fouta. Le maïs est plus riche que le riz en protéine, en lipide et en glucide. Dans ce champ de maïs, nous avons fait la variété « perta » et une autre variété importée du Burkina  Faso.

Vous avez aussi, ici, l’arachide qui est beaucoup cultivée au Fouta et en Haute Guinée précisément à Dabola. Mais les paysans ne connaissent pas les précisions qu’il faut pour qu’on arrive à avoir un bon rendement. Alors, l’arachide, la distance utilisée doit être de 20 à 25cm au sol.

De l’autre côté de mon champ, vous avez le haricot « Gniebé ». On a mis le petit haricot rouge. C’est une denrée très riche aussi en protéine et en glucide mais nos parents le négligent. C’est une culture qu’on peut répéter trois fois par an. On a au milieu ici le gombo qui est un aliment très  consommé dans la sous-région et même en Europe.

Plus en haut, nous avons le gingembre qui représente une denrée industrielle. On peut faire de jus de gingembre, de bonbon. C’est un aliment qui joue le rôle de l’antibiotique. C’est-à-dire, il prépare toujours la résistance du corps. Il facilite la digestion. C’est un détoxiquant, un déminéralisant.

Guineenews© : Quelles sont vos ambitions par rapport à ce projet ?

Dr Théophile : Nous invitons toute la population agricole de Kissidoudou, voir de la Guinée à venir visiter ce champ d’exprimentation  pour qu’on puisse les montrer nos méthodes et nos expériences. C’est ça notre ambition.

Guineenews© : Quel est votre dernier mot ?

Dr Théophile : J’invite encore les Guinéens, tous les jeunes à se mettre dans l’agriculture qui est l’initiative que le président tient à coeur pour l’autosuffisance alimentaire et même penser à l’exportation. Donc, il faut qu’on s’y mette !

Propos recueillis par Souleymane Taire Diallo, à Kissidougou pour Guinéenews©