Alpha Condé : ce que j’ai dit à Poutine lors de mes deux dernières visites à Moscou sur ce sommet

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« Lors de nos dernières visites en Russie en 2016 et 2017, nous avons encouragé le président Poutine à organiser un tel sommet »

Les rideaux sont tombés sur les travaux du premier sommet Russie-Afrique qui a été organisé en grande pompe à Sotchi les 23 et 24 octobre. Cette dernière journée, au-delà des activités du forum économique qui se tenaient concomitamment, a été ponctuée par la prononciation des différents discours des chefs d’Etat et de gouvernement africains dont le président guinéen.

Dans son adresse à l’auditoire, le président Alpha Condé a non seulement félicité le président Poutine pour avoir initié ce sommet, lui a exprimé ses reconnaissances pour l’assistance de la Russie depuis l’indépendance jusqu’aujourd’hui à la Guinée. Il a aussi fait des petites confidences sur le rôle particulier qu’il a joué entre 2016 et 2017 en conseillant vivement le président Poutine à organiser ce sommet Russie-Afrique. Lisez plutôt l’intégralité du discours qu’il a livré à la clôture de ce sommet ce jeudi :

« Je voudrais tout d’abord remercier Son Excellence Vladimir Poutine, le gouvernement et le peuple russe pour la qualité de l’accueil et des dispositions idoines prises pour cette toute première édition du sommet Russie-Afrique dans la magnifique ville de Sotchi. Ce sommet qui nous réunit ici est certainement le témoignage d’une nouvelle ère et d’un approfondissement de la relation historique particulière que notre continent entretient avec la Russie. En effet, les luttes communes que nous avons menées pour la libération des peuples opprimés ont inspéré d’autres dans leur soutien et sympathie sans lesquels la reconnaissance du continent dans la sphère mondiale aurait été beaucoup plus difficile. Aussi, elles ont joué un rôle fondamental dans le changement des paradigmes qui ont consolidé les relations internationales après la seconde guerre mondiale. Le prix élevé que la République de Guinée a dû payer pour avoir eu le courage de refuser des solutions néocoloniales, a limité son accès aux financements, aux investissements et aux commerces internationaux. Ce sont des pays comme l’Union soviétique qui ont permis l’ouverture de ce qui était devenu un blocus et de construire les premières bases de notre Etat. La contribution de la Russie a été multidimensionnelle, y compris dans les domaines économiques, de la santé, de la sécurité, de l’éducation, de la recherche, particulièrement l’Institut polytechnique de Conakry et le Centre de recherche Océanographique de Guinée.  Depuis les indépendances, un nombre important de cadres guinéens ont été formés dans l’ex-Union Soviétique dont la Russie renforçant ainsi la coopération dans les domaines de l’enseignement et de la recherche. C’est le lieu de réitérer la gratitude du gouvernement guinéen et du peuple de Guinée à la Russie pour son assistance lors de la crise Ebola en 2014 et 2015 avec l’installation d’équipements de dernière génération en microbiologie qui a permis de lutter efficacement contre l’épidémie. La République de Guinée est un excellent exemple de ce que la technologie et les investissements russes peuvent faire pour développer l’immense potentiel de la richesse des pays africains. La présence des sociétés russes dans le secteur minier est déjà établie et déjà considérée comme traditionnelle. En ce qui nous concerne, les conditions sont déjà créées pour une extension toujours bienvenue de la diversification verticale de cette production. Cela permettra une valeur ajoutée pour nos matières premières que ce soit en les transformant ou en améliorant notre logistique de transport.

Mesdames et Messieurs,

L’importance de cette rencontre est de pouvoir démontrer que l’avenir de la planète, qu’il s’agit de la démographie, de la sécurité, du climat et de l’environnement voire de la technologie passe par l’Afrique. Le plus important réservoir des futurs jeunes consommateurs sera en Afrique. A l’avenir, la jeunesse de la population africaine deviendra une opportunité pour le monde plutôt qu’un défi du continent. Il est temps pour nos partenaires de prendre des initiatives leur permettant de saisir cette opportunité dans une démarche gagnant-gagnant. Nous devons conjuguer nos efforts dans l’intérêt des deux continents. Nous Africains, apprécions l’adhésion de la Russie aux principes qui protègent les intérêts du continent sur le long terme. Un des secteurs porteurs à cet effet demeure l’énergie. C’est pourquoi nous invitons la Russie à participer au financement de l’Initiative Africaine pour l’énergie renouvelable. Lors de nos dernières visites en Russie en 2016 et 2017, nous avons encouragé le président Poutine à organiser un tel sommet. Nous sommes heureux que ce sommet se tienne aujourd’hui. Ouvrons donc les portes à une coopération plus féconde, plus engagée, plus créative pour le meilleur pour la fédération de Russie, pour le meilleur pour les Etats africains assoiffés d’un partenariat mutuellement avantageux. 

Vive l’unité et l’émergence africaines,

Vive la coopération russo-africaine,

Vive la coopération internationale.

Je vous remercie ! »