Alpha Condé : une bonne douche pour un président groggy.

mars 26, 2018 8:14
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Il a fallu attendre un mois de grève avec son corollaire de pertes pour l’économie guinéenne, pour que finalement Alpha Condé consentît à tous les désidératas des enseignants. Combien de temps, il faudra encore au président pour qu’il règle la crise politique avec son opposition qui a décidé de manifester de façon continuelle ?

Tombé de charybde en scylla, le président s’est calfeutré depuis deux semaines dans son palais, en multipliant le nombre de gardes et en élargissant le périmètre de sécurité de la présidence. Tous les voyages présidentiels ont été annulés : le sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA), du 17 au 21 mars à Kigali sur la  Zone de libre-échange continentale (ZLEC) et le sommet de l’Alliance solaire internationale (ASI) organisé le 11 mars à New Dehli, en Inde.

Officiellement, Alpha Condé consulte la majorité silencieuse en vue de trouver la panacée à tous ses malheurs : cela s’appellerait un grand remaniement ministériel.

Le ridicule ne tue pas, mais en Guinée si !

Alpha Condé n’a pas encore compris que toute la contestation de l’opposition ne porte que sur les résultats de 9 circonscriptions électorales sur 342 ! Est-ce de la mer à boire que de trouver une solution politique pour les résultats des élections communales de Dixinn, Matam, Matoto, Ratoma, CU Dubréka, CU Kindia, CR Mafara (Dalaba), CR Kindoye et
CR Bissikirima (Dabola) ? Si cette solution politique est une violation de la loi, la mouvance présidentielle et l’opposition n’avaient-elles pas violé cette même loi en acceptant de maintenir les délégations spéciales au-delà des six mois légaux ?

Combien de temps faut-il atermoyer avant de reprendre les élections dans ces 8 communes ou trouver un compromis en reconduisant les délégations spéciales dans lesdites circonscriptions ? Combien de pertes en vies humaines parmi les manifestants et parmi les forces de l’ordre, combien de  milliards de perte des recettes fiscales, douanières et minières (notamment à Boké), faut-il enregistrer avant qu’Alpha ne daigne céder ?

Par ailleurs, qu’attend Alpha Condé pour faire élire et installer les maires dans les 334 communes qui ne font pas l’objet de contestation ?

L’opposition sait qu’elle tient Alpha, qui a impérativement besoin d’un environnement économique apaisé pour faire face à la soudaine hausse des dépenses publiques( augmentation des salaires des enseignants, des médecins et des autres fonctionnaires et augmentation de la subvention du carburant due à la hausse du prix baril du pétrole, etc..). Alors elle a décidé de frapper là où cela fait mal, c’est–à-dire le porte-monnaie. Dorénavant, les manifestations seront quasi quotidiennes et s’étendront à la zone économique spéciale de Boké, avec un impact souhaité sur les activités des entreprises de bauxite qui s’y trouvent.

Aussi, accéder immédiatement à la revendication de l’opposition peut paraitre, à priori, comme une perte sur le plan politique. Mais y accéder un mois plus tard, comme ce fut le cas avec le syndicat des enseignants, paraîtra comme une perte politique, économique, financière, minière etc… Et on dira qu’il suffisait d’y penser.