Alpha et Ouattara en marche vers un 3e mandat : l’analyse croisée de Lansana Kouyaté 

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Le président ivoirien Alassane Ouattara a enfin mis fin aux suspenses qui planaient depuis quelques temps sur sa possible candidature à la présidentielle d’octobre prochain dans son pays. Dans une adresse à la nation, à l’occasion de la célébration du 60ème anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a solennellement dit ‘’Oui’’ à l’appel de son parti, le RHDP pour porter ses couleurs à cette importante échéance électorale prévue dans un peu plus de deux mois.

Le locataire du palais de Cocody argue « un cas de force majeure » dû au décès brutal le 8 juillet dernier de son dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly.

Une décision qui passe sans conséquence dans certains pays limitrophes immédiats comme la Guinée où l’actuel président Alpha Condé s’évertue ingénieusement à briguer sa succession pour la troisième fois. En tout cas, depuis le 6 août, il est officiellement désigné par le parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel comme son candidat à la présidentielle du 18 octobre.

Face à cette similitude ou coïncidence entre les deux situations, Guinéenews a joint l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, par ailleurs président du PEDN. Au cours de nos échanges, l’ancien allié d’Alpha Condé nous explique ce que cette acceptation par le président Alassane Ouattara de la candidature du RHDP lui inspire.

« Chaque pays vit sa réalité. La réalité ivoirienne même si c’est un pays qui est voisin, même si on craint l’effet domino, je crois qu’ils ont des réalités qu’ils doivent savoir analyser eux-mêmes. Mais il y a des différences aussi. Je crois que la modification de la constitution en Côte d’Ivoire a été faite il y’a deux ou 3 ans. Alors que chez nous, on attend le 22 mars pour soumettre une constitution à l’approbation du peuple pour une élection qui doit se tenir, selon eux, le 18 Octobre (de la même année ndlr). C’est de la foutaise ! On n’a jamais vu cela nulle part en Afrique. Ça c’est d’un. De deux, je suis certain que vous le savez tous, il n’y a pas eu de différence entre la constitution qui a été présentée au peuple ivoirien il y’a deux ou trois ans et celle qui a été promulguée. Ça c’est une autre différence. L’autre différence est que Alassane avait trouvé un autre candidat dans une assiette d’appétits. Parce qu’il n’était pas le seul. Ce candidat a donné même le ton au départ de certain du RHDP rien qu’à cause de ce choix. On n’oublie souvent le facteur incident, le facteur Dieu… Dieu n’a pas voulu que les choses se passent ainsi. Le candidat est mort. Paix à son âme ! Gon Coulibaly portait une très lourde charge, il est mort. Entretemps, son parti se retrouve devant les mêmes incertitudes. Alassane a quelques raisons mais, là où l’effet d’entrainement est peut-être plus confortable, c’est parce que chez nous, on va prendre cela comme argument pour dire ‘’vous voyez en Côte d’Ivoire ça s’est fait’’. », a-t-il expliqué.

A la question de savoir est-ce que cette décision du président Ouattara donne carte blanche à Alpha Condé pour enfin se lancer dans son projet de 3ème mandat, l’ancien Premier ministre répond : « moi, J’ai une position qui est au moins claire. La constitution de 2010 qui a des intangibilités (ça s’est une autre différence avec la Cote d’Ivoire, parce que la Côte d’Ivoire n’a pas d’intangibilité) que Alpha Condé n’a pas voulu respecter.

 Il n’a pas voulu soumettre cette constitution de 2010 à l’approbation du peuple après 6 mois tel que nous nous sommes accordés là-dessus. Tout ce qui suit donc comme conséquences ne vient que pour accompagner son 3ème mandat. Et je vous jure que s’il a un 3ème mandat comme Mugabé malgré une santé ébranlée, il va travailler à ses risques et périls. Les Guinéens doivent se fixer des normes.

Je le disais hier dans un média de la place, il a déjà dit ‘’OUI’’ pour un 3ème mandat. Il a dit qu’il ‘’prend acte’’. C’est le langage le plus clair à mes yeux et l’accompagnement qu’il en fait que ceux qui l’ont amené là les RPCistes, autrement dit la force initiale qui l’a soutenue. Eux, ils se sentent trahis depuis 10 ans, il veut comme il a l’habitude de le faire, leur dire, je n’accepterais que quand vous me direz d’accepter. Pour flatter leur égo et c’est une autre forme de promesse. Il a demandé aux cadres du RPG d’aider ceux-ci, chose qui ne sera pas faite. Et après son élection, il va dire j’ai demandé aux cadres de vous aider. Voilà comment il fonctionne ce monsieur.

Le contexte ivoirien est bien différent de la Guinée, il peut y avoir des similitudes 3ème mandat pour 3ème mandat. Voilà où se trouve la similitude, mais la différence se trouve dans les détails »