Affaire de 200 milliards GNF : « C’est un gouvernement de kleptocrates », réagit Alpha Oumar Taran Diallo

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En marge d’une conférence de presse animée samedi par l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (ANAD), Alpha Oumar Taran Diallo, président de l’ADR, a demandé à tous les Guinéens et à tous les médias notamment d’être solidaires de Guinéenews qui a révélé un détournement de plus de 200 milliards GNF par Zenab Nabaya Dramé.

Enseignant de profession, Alpha Oumar Taran se dit très choqué d’apprendre un tel détournement dans le ministère de l’Enseignement dont les centres de formations sont de véritables porcheries : « Comme vous le savez, je suis enseignant de profession. Donc quand au niveau de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle il y a des détournements de ce genre, ça nous interpelle tous, mais encore plus les parents d’élèves, les enseignants, donc les professionnels de l’Education. Quand vous allez dans nos différentes écoles, notamment les écoles techniques, ne serait-ce qu’à Conakry, le CFP maritime, le CFP au chemin du fer, le CFP de Donka et les autres écoles professionnelles publiques de notre pays, vous ne serez pas surpris de ce qu’on vient d’apprendre, parce que ces écoles sont pires que des porcheries. Même des porcs, on ne peut pas les parquer là-bas, parce que simplement les fonds qui sont alloués à l’entretien, à l’équipement et à la modernisation de ces différents centres de formation sont détournés pour permettre à certains individus de se procurer des immeubles à Conakry et à l’étranger. »

Ce qui a irrité l’ire de Taran, c’est aussi la solidarité du gouvernement apportée à cette dame. Mais il se dit ne pas être étonné, puisque, selon lui, le pays est dirigé par un gouvernement de ‘’kleptocrates’’ : « Le plus grave dans cet état de fait, c’est ce communiqué que le gouvernement s’est fendu pour, dit-on, une solidarité gouvernementale, défendre ces voleurs, parce que qui détourne des fonds ne peut être appelé que voleur. Mais comme c’est un gouvernement de kleptocrates, ça ne peut pas être étonnant. »

Si le gouvernement a été solidaire de Zenab Dramé, estime-t-il, c’est parce que probablement les fonds détournés n’auraient pas été utilisés par elle seule : « Il y a un enseignement dans ce communiqué. Ça veut dire que, très certainement, celle qui est mise en cause n’est pas la seule à utiliser ces fonds. Il vous souviendra que cette dame était directrice adjointe de la campagne du candidat du RPG Arc-en-ciel. Donc est-ce que ces fonds n’auraient pas été utilisés pour la campagne, parce que sinon dans ce pays sérieux, dès qu’il y a une révélation de ce genre, le système judiciaire se met en branle. On aurait dit suspendre cette dame, lui interdire d’accéder au bureau pour ne pas fabriquer des pièces justificatives ou détruire des pièces qui auraient pu étayer les allégations faites, mais au lieu de cela, c’est faire un communiqué pour la soutenir et menacer ceux-là qui ont révélé la situation. Alors que la loi est très claire. »

Le président de l’Alliance démocratique pour le renouveau (ADR) demande aussi la solidarité des journalistes car c’est leur profession qui est en danger : « Les journalistes ont le droit de vérifier le fonctionnement des services publics et rendre compte aux citoyens, parce que le droit à l’information est sacré. Ce qu’il y a lieu de dire, c’est un soutien indéfectible que nous apportons aux journalistes, parce que les parties prenantes d’une véritable démocratie ce sont l’opposition et la presse. Quand la presse est muselée c’est que la démocratie est en danger dans le pays. Il faut que nous le comprenions tous, y compris vous, les journalistes, parce que souvent quand on écoute certains médias on a l’impression qu’ils sont en train d’encourager ce que les membres du gouvernement et ceux qui sont en train de gérer nos biens sont en train de faire. Il faut qu’on sorte de ça. Lorsque la dictature est forte, les premières victimes ce sont les gens de la presse, parce que dans la dictature on ne peut pas qu’il y ait des révélations.  […] Il faut qu’on se serre les coudes. Il faut que tous les médias se montrent solidaires pour ne pas que la dictature qui est en train de s’implanter inquiète le média qui a révélé cette situation-là. »

Quant à Thierno Diallo, président du parti Guinée Moderne, il explique ce qui pouvaient faire les 200 milliards GNF détournés : « 200 milliards GNF c’est 20 millions de dollars. Qu’est-ce que 20 millions de dollars représentent ? Ça représente au minimum 40 km de route bitumée dont nous avions besoin aujourd’hui. 20 millions de dollars de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle, ça veut dire des milliers de jeunes formés avec des perspectives d’un futur meilleur que celui qu’ils ont aujourd’hui. »