Aménagement de 64 hectares à Kaloum: L’Etat guinéen grugé par une société gabonaise  

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Tout ce qui brille  n’est pas or, nous enseigne l’adage. Et on est bien tenté de dire que, bien qu’étant parmi  les heureuses élues, de la multitude de sociétés qui bénéficient de la magnanimité de nos gouvernants par l’octroi de juteux contrats, la Société  Gabonaise, EGCA-SATRAM ne serait pas du tout fiable. Et pour cause. En effet, après la cérémonie de signature qui s’est déroulée en pompe, courant août 2016, d’une convention pour la réalisation et l’aménagement de 64 hectares, à la Corniche Sud de la commune de Kaloum, elle n’a plus fait signe de vie. Et tenez-vous bien, EGCA-SATRAM n’a respecté ni la convention la liant à l’Etat guinéen ni tenu à ses obligations. Même vis-à-vis de ses partenaires locaux, elle n’a rien respecté. Et ceci après avoir bénéficié de tous les avantages liés à cette convention de la part de l’Etat. Ayant attendu quatre ans, sans aucun début de mise en œuvre du projet, le gouvernement guinéen, par la voix de son ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire, menace de résilier le contrat et de poursuivre la société en justice.

Tenez ! Courant 2016, plus précisément le 18 juillet, la convention pour la réalisation et l’aménagement de 64 hectares à la Corniche Sud de la Commune de Kaloum a été signée entre l’Etat guinéen représenté par le ministère d’Etat à la Présidence de la République en Charge des questions d’Investissement et du Partenariat Public-Privé, le ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire, le ministère de l’Economie et des Finances ainsi que le ministère du Budget  et la société EGCA-SATRAM. C’était dans le cadre d’un partenariat Public-Privé. Ce projet concerne la mise en œuvre d’un projet d’extension et d’aménagement de la corniche sud du quartier Kaloum.

Il était en fait question de l’aménagement de la corniche et sa jonction avec les voiries structurantes pour créer de nouveaux espaces de circulation, l’aménagement des parcelles gagnées sur la mer et destinées à la vente libre aux populations et aux investissements locaux et étrangers. Selon les informations en notre possession, l’accès à ces terrains allait être ouvert aux Guinéens résidant à l’étranger ou expatriés.

Pour l’Etat, ces travaux devraient permettre de dégager de nouveaux axes de construction pour la fluidité du trafic, créer de nouveaux lotissements de standing en valorisant le littoral, améliorer le paysage urbain, assainir les quartiers difficiles d’accès, contrôler les déchets rejetés sur la côte etc.

Le montant des investissements composés des coûts des travaux de corniche, de VRD et de lotissement, selon les dossiers à notre possession, est estimé à 120 millions de dollars usd. Le délai du projet est de sept ans. Le coût des travaux et remblais des travaux de la corniche s’élève à 120 millions usd.

Pendant la phase d’installation, l’investisseur bénéficie des avantages tels que l’exonération des droits de taxes d’entrée, y compris sur la TVA sur l’importation des équipements et matériels. Au titre de la fiscalité intérieure, la patente, la contribution foncière unique, le versement forfaitaire et l’exonération de la taxe d’apprentissage. Et en phase de production, l’investisseur bénéficiera des allégements douaniers et fiscaux…..

 Mais hélas ! Après tous ces avantages, la société EGCA-SATRAM s’est fondue dans la nature, sans jamais porter un coup de pioche sur la corniche sud de Kaloum-Conakry. Pis encore, le partenaire local, le Groupe KAMMIS  qui l’a introduit en Guinée et négocié le marché auprès de l’Etat guinéen, est aujourd’hui dans le flou. Là encore aucun engagement n’a été respecté. Aucune communication non plus. Cette entreprise qui a pris des engagements auprès de l’Etat Guinéen pour  son installation ne sait plus à quel saint se vouer. Le Groupe KAMMIS se sent aujourd’hui trahi par EGCA-SATRAM.

Retenons que depuis la signature de la convention en juillet 2016 et la pose de panneau d’affichage le 1er  mars 2017, la société EGCA n’a jusqu’ici mis en place aucune  une administration et des moyens financiers de fonctionnement minimum, dont celui du Directeur pays, aucun matériel adéquat pour démarrer les chantiers, le personnel local recruté est sans contrat ni salaire et on a appris aussi qu’il n’existe aucune communication entre la direction de Libreville et celle de Conakry.

Face à tous ces points évoqués, la société KAMMIS GIE, partenaire d’EGCA-SATRAM a écrit plusieurs courriers qui sont restés sans suite.

Au 7ème  étage de l’immeuble Hamade, situé dans la Cité Ministérielle de Donka, dans la commune de Dixinn, où siège la société, aucun interlocuteur, nous n’avons pu avoir aucun interlocuteur pour nous situer sur le fonctionnement ou la gestion de cette société. Les bureaux sont toujours fermés.

Interrogé à son tour sur ce fameux projet, le ministre des Investissements Publics-Privés, Curtis, nous apprend que ce dossier ne concerne pas son département mais plutôt celui de la Ville et de l’Aménagement du Territoire. Et comme mentionné ci-dessus, le ministre Ibrahima Kourouma et ses collaborateurs menacent, à travers le courrier : no 0756/MVAT/CAB/2017, du 26 novembre 2017, la société EGCA SUCC, de résilier purement et simplement la convention si d’ici là rien n’est fait sur le terrain : «Lettre de rappel, à Mr le Directeur Général de la Société EGCA SUCC, siège social BP 14027, Libreville Gabon….Dans le cadre d’un Partenariat Public Privé, l’Etat Guinéen et votre société ont conclu au mois d’août 2016, une convention pour la réalisation et l’aménagement de 64 ha à la Corniche Sud de la Commune de Kaloum, Conakry.

Aux articles 3.2, 3.3, 6.2, 6.5 et 6.6 de la Convention, des conditions de mise en œuvre du projet et les engagements du promoteur ont été clairement définis et acceptés. Mais, à date, soit Treize(13) mois après la notification de la Convention, le constat est que votre Société n’a respecté ni ces conditions, ni tenu à ses obligations.

Au regard de ce manquement délibéré à l’exécution correcte de ces obligations conventionnelles et en application des dispositions de l’article 10.2 de la convention, un délai de trente (30) jours vous est accordé  pour la mise en œuvre effective du projet. Faute de quoi, mon département se réserve le droit  de faire application des dispositions de l’article 10.3 de la Convention qui consiste à faire procéder à une  résiliation pure et simple… »

Deux ans trois mois après, la Société EGCA ne s’est toujours pas exécutée. Dans les couloirs du ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire, selon un cadre qui s’est confié à nous sous le sceau de l’anonymat, on s’apprête à relancer le dossier.

 Du côté de l’entreprise KAMMIS GIE, le partenaire qui a introduit EGCA en Guinée et plus particulièrement à la Présidence de la République, c’est un semblant de sérénité qu’affichent les responsables. Cette entreprise, selon les indiscrétions, est aujourd’hui dans la nébuleuse. Aucun retour clair de la part de son partenaire, aucune date de planning de mobilisation du matériel et du financement. Les responsables de l’entreprise KAMMIS GIE rencontrés à leur siège à Bellevue, dans la Commune de Dixinn, se disent patients et espèrent tout de même que la Société Gabonaise  exécutera les travaux le délai conventionnel.

Ce cas d’abus n’est que la face visible de l’iceberg dans cette floraison de contrats et conventions non exécutés, passés entre nos autorités et des individus sans scrupules, qui trouvent le terreau guinéen fertile pour ce genre de pratique. Il suffit juste d’avoir l’onction du prince, pour bénéficier d’un marché juteux. Quant à la transparence qui entoure l’octroi de tous contrats, cela, nos gouvernants s’en balancent.