Après une gouvernance honnie : IBK sort par la petite porte

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Les Famas (forces armées maliennes) ont surfé sur la vague de la contestation du M5-RFP pour chasser Ibrahim Boubakar Kéita du pouvoir ce mardi. Si ce pronunciamiento a été salué à l’interne par des foules en liesse, la communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), se livre à des effets de manche, en adoptant des mesures coercitives censées faire plus de mal au peuple malien, suite à ce coup de force, pourtant libérateur.

L’intrusion des Famas au-devant de la scène politique n’a pas surpris les observateurs avertis, à cause de l’enlisement de la situation dans ce pays coupé en deux par les méfaits des hordes djihadistes. Il faut rappeler que le président Ibrahim Boubacar Kéita avait quasiment perdu la main, par l’effet du vent de contestation du M5-RFP (Rassemblement des forces patriotiques). Une plateforme hétéroclite de chefs religieux, de partis politiques et de la société civile, qui depuis juin réclame le départ du locataire du palais de Koulouba, mais en vain.

L’Imam Dicko et ses pairs reprochaient en effet à IBK sa gestion néo patrimoniale de l’Etat et son incapacité à juguler l’insécurité qui mine le pays.

Ainsi après avoir rejeté les résolutions de la Cédéao, institution sous régionale, accusée de rouler pour les chefs d’Etat au détriment des peuples, le M5-RFP comptait poursuivre ses manifestations.

Cette pression sur le régime de Bamako a été sans doute perçue comme un appel d’air par les Famas qui ont déposé le président, sans aucune effusion de sang.

Dans leur communiqué lu par le Colonel Major Ismaël Wagué sur les antennes de l’ORTM, les putschistes ont déploré  la  crise sociopolitique qui affecte  la bonne marche du pays.

Ils ont profité de l’opportunité pour dresser un réquisitoire sévère de la gouvernance IBK.

« Les contestations nées des dernières élections prouvent à suffisance que le pays va mal. Le Mali est un vaste pays, riche de par sa diversité culturelle, riche de son sous-sol, riche de ses hommes mais dont l’existence en tant que nation est menacée dans tous ses fondements. Notre pays, le Mali sombre de jour en jour dans le chaos. L’anarchie et l’insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée. La vraie démocratie ne rime point avec la complaisance ni faiblesse de l’autorité de l’Etat qui doit garantir la liberté et la sécurité du citoyen. Le clientélisme politique, la gestion familiale des affaires de l’Etat ont fini par tuer toute opportunité de développement dans le peu qui reste de ce pays », a flétri le Colonel Major Ismaël Wagué.

Ajoutant dans la foulée que « la gabegie, le vol et l’arbitraire sont devenus des vertus face à l’ineffectivité de la bonne décision de la justice…».

Les Famas ont aussi tendu la main  aux organisations sous régionales et internationales,  afin de bénéficier de leur accompagnement. Car pour  « le bien-être du Mali, la MINUSMA, la force BARKANE, le G5 Sahel, la force TAKOUBA demeurent nos partenaires pour la stabilité et la restauration de la sécurité », ont-ils tenu à préciser.

Pour sa part, la Cédéao qui a vu rouge suite à ce coup de force, a eu la main lourde en « suspendant le Mali de tous les Organes de décision de l’institution avec effet immédiat, conformément au Protocole additionnel sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance et ce, jusqu’au rétablissement effectif de l’ordre constitutionnel. »

L’institution sous régionale a, en même temps   décidé « de la fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes ainsi que l’arrêt de tous les flux et transactions économiques, commerciales et financières entre les pays membres de la CEDEAO et le Mali et invité tous les partenaires à faire de même».

Pour bien des gens, c’est parce que la Cédéao a pêché par son incapacité à dénouer la crise malienne que l’armée s’est invitée dans la danse. Ces gens reprochent à cette institution de ne voir que ce qu’elle veut voir, à chaque fois qu’elle est appelée au chevet d’un pays. C’est comme si par ‘’Esprit de corps, nos démocrates de présidents  se soutiennent’’, contre leurs peuples.

Les contempteurs de la Cédéao se montrent assez sévères en affirmant qu’elle se  bat toujours pour le maintien d’autocrates, corrompus et honnis, qui prennent leurs   peuples à rebrousse-poil. Mais pas pour l’enracinement de la démocratie en réalité. D’où sa perte de crédibilité aux yeux de l’opinion de ces pays membres.

En définitive, on a affaire à une sorte de  comité Théodule.

A noter que ce putsch a lieu dans une sous-région en proie à des menaces d’instabilité à cause des élections présidentielles qui pointent à l’horizon, notamment en Guinée et en Côte d’Ivoire. Deux Etats voisins du Mali dont les présidents ont procédé aux replâtrages de leurs constitutions, en vue de briguer un troisième mandat.

Quand on sait que les tripatouillages constitutionnels pour le  maintien au pouvoir, d’un président constituent un terreau fertile à toutes sortes d’inconnues, certains craignent déjà un effet domino de l’acte du 18 août. Même si chacun de ces Etats a ses réalités sociologiques.

Pour clore, disons que cette sortie d’IBK par la petite porte est dommageable à la démocratie malienne. Et qu’elle devrait servir de leçon à certains dirigeants du continent  atteints du syndrome d’olibrius.