Arrêt sur image : à la découverte des vendeurs… alpinistes

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Sans vouloir, pour un tantinet, paraitre moqueur, nous ne trouvons pas autre épithète pour dépeindre la situation que nous montre cette image. Nous sommes peut être satirique, ou même humoriste, oui ! Mais, pour la bonne cause : lancer l’alerte et attirer l’attention sur une situation à la fois singulière et incommodante. Deux ingrédients qui, pour ce cas de figure, sont toujours chargés de gêne, d’inconfort et de risques.

Nous sommes sur le flanc droit de  l’échangeur qui relie Pharmaguinée à Madina, juste après le pont qui surplombe l’autoroute. L’endroit est très escarpé. Mais, voilà que, malgré tout, des gens s’y sont installés pour vendre des objets divers, notamment de la friperie.

Point besoin de chercher longtemps pour comprendre que cette zone, en raison même de sa forte déclivité ne se prête pas à la pratique du commerce. Reste à savoir, ce qu’en pense l’administration du marché Madina. Des interrogations nous traversent l’esprit. Est-elle au courant ? A-t-elle donné son quitus ? Ou alors, la zone est-elle tout simplement squattée par les vendeurs-alpinistes en mal de place ?

D’ici qu’on en sache quoi que ce soit, il est à souligner que les occupants des lieux se sont sédentarisés. Tout en sachant qu’en saison des pluies, l’eau y dévale avec force. Pour s’y aventurer, à l’effet de vendre ou acheter quoi que ce soit, il faut avoir quelques unes des prouesses reconnues à l’alpiniste avéré : un sens de l’équilibre très marqué, des pieds stables et fermes et l’usage de chaussures antidérapantes bien lacées.

En temps normal, on ne peut pas croire qu’une activité commerciale de ce genre puisse se développer en cet endroit. On y lit une preuve de gestion laxiste ou intéressée et une témérité de la part des vendeurs et de leurs clients. L’un n’allant jamais sans l’autre, chacun y a du sien, en termes de responsabilités et de prise de risques. En tout cas, rassurons-nous que n’importe qui ne peut pas s’y aventurer, sans risquer une chute ou une dégringolade qui l’entraîne en contrebas de l’escarpement maçonné, où se trouve un parc de stationnement de véhicules.

Pour autant, ne pensez pas que les occupants des lieux s’en soucient outre mesure. Ils s’adaptent et s’acclimatent. Quand vous les plaignez ou que vous vous montrez soucieux de leur sécurité, ils vous débitent des argumentaires empreints de morale ou de philosophie qui vous laissent pantois et sans voix. Un vrai dos au mur ! « Les temps sont durs, il nous faut nourrir la famille. Que faire, nous n’avons pas où aller. Nous ne voulons ni mendier, ni voler »

Quand c’est la gente féminine, et elle est la plus nombreuse sur les lieux, les propos sont plus porteurs. Leur charge émotive plus poignante et persuasive: « nos maris ne travaillent pas, la charge de la famille nous incombe, les enfants vont à l’école, il faut les frais de scolarité, les fournitures, le transport. Et s’ils tombent malades, qui pour nous aider ? Si vous nous dites de quitter, qu’allons-nous faire, qu’allons nous devenir ? Vous-même qui avez une famille en charge, analysez le problème, mettez-vous à notre place», etc.

Il est possible que les gens aient utilisé tous les moyens imaginables, tous les subterfuges possibles pour s’installer, malgré eux en ces lieux. Poussés par la dèche, ils doivent à tout prix, gagner leur vie. On n’est pas loin de comprendre l’origine du fameux système D.

Trouver de quoi vivre chaque jour pousse à tous les sacrifices, même les plus inattendus. Pour assurer le quotidien, ou pour mieux dire, la pitance journalière, on fait feu de tout bois. Pourvu qu’on trouve une place où se mettre, n’importe laquelle. Une réaction toute humaine qu’il faut entendre. Et c’est à ce mot souligné que se fixent nos limites.

Si, entendre est en partage, comprendre et réagir dans l’intérêt du grand nombre, appartient aux pouvoirs publics qui disposent des capacités et des prérogatives pour prendre les décisions qui  s’imposent, face à toute situation posée.

En attendant, une locution proverbiale interfère et apporte un bémol aux comportements abusifs des uns et des autres: ‘’là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir’’, autrement dit, comme l’explique le dictionnaire, « gêner autrui peut être dommageable à une satisfaction.»

A nous d’en tenir compte pour, tout à la fois, trouver notre satisfaction, réduire notre gêne et renforcer notre sécurité, sans porter préjudice à autrui.