Arrêt sur image : l’embouteillage, ennemi mortel de la circulation routière

0
747

Cette affirmation n’a rien d’exagéré. Elle est l’exact reflet d’une somme d’observations vécues et vérifiables. Pour mieux étayer notre argumentaire et sans même vouloir établir une analogie ou un parallèle quelconque avec le monde de la médecine, nous citerons des experts qui disent que l’embouteillage est pour la circulation routière, ce que l’embolie est pour le flux sanguin : une source de handicaps pouvant conduire à la mort.

L’embouteillage se produit aussi bien en ville qu’en rase campagne. L’image d’illustration ici proposée est révélatrice du souci des usagers que l’on voit ici, bloqués dans leur progression. Nous sommes à Séguéyah, sur la route nationale n01, à une dizaine de kilomètres de Kindia vers Mamou. Malgré la faible luminosité du lieu connu pour sa végétation dense, on les imagine très à l’étroit, à cause de l’encombrement. Apparemment, ils ne peuvent faire aucun pas, dans aucune direction. Ils sont sans doute embarrassés, à la limite de l’inquiétude. Quelques-uns tournent autour des véhicules ou arpentent la longue file à l’arrêt, dans l’espoir ténu de découvrir une hypothétique issue qui les libérerait de cette prison à ciel ouvert. Peine perdue ! La zone est accidentée avec des ponts, des descentes et des virages. Des ravins bordent la route de chaque côté, sur des kilomètres en linéaire. Qu’adviendra-t-il de toutes ces personnes, hommes, femmes, enfants, ici retenus contre leur gré si, au pire des cas, la circulation restait en l’état, plus longtemps encore ? L’on se pose bien la question, sans y répondre pour autant. On ne parle facilement que des choses gaies.

Les embouteillages sont aussi une source de retard et de perte de temps. Et, c’est connu, le temps c’est de l’argent. The time is money disent les anglais. Qui perd du temps perd de l’argent.

A-t-on idée de ce que perd le pays, en termes économiques et financiers, quand, pour cause d’embouteillages des milliers de travailleurs n’arrivent pas à l’heure à leur lieu de travail, chaque jour de la semaine ? Avons-nous mesuré l’incidence annuelle de cette situation invariante sur le PIB ?

Le pire peut aussi se produire. Pour cause d’embouteillage, le véhicule d’un évacué sanitaire peut ne pas arriver à temps à l’hôpital. Ce qui compromet les chances de guérison du malade. On me rétorquera qu’en pareil cas, l’ambulance reste la solution à emprunter, pour circuler facilement et arriver à temps utile. Soit, mais de combien de ces engins disposons-nous pour couvrir tous les besoins afférents à ce domaine précis dont la connotation sociale est très marquée ? Quand on sait qu’à chaque instant, dans chacun de nos quartiers, il y a une situation urgente à gérer, entre un cas grave à survenue et évolution rapides, une parturiente, ou une victime d’accident routier, domestique, ou de coups et blessures.

Pour l’instant, ces besoins essentiels et constants sont assurés par les taxis et les véhicules privés qu’on affrète sans hésiter, nonobstant tous les risques et inconvénients qui s’y rattachent. Les ambulances, en nombre très réduit, ne couvrent qu’une infime proportion des besoins en la matière. C’est pour les riches, dit-on généralement, comme pour objecter ou se consoler. Dans les zones rurales difficiles d’accès et éloignées des centres de santé, c’est encore pire. On utilise les moyens de bord qui sont à la fois lourds à assurer et lents à aboutir. Il fut un temps où, selon les circonstances et les lieux, le transport de malades s’effectuait à dos d’homme ou par hamac. A présent, les motos ont pris le relais sans pouvoir combler toutes les attentes, quand on sait par exemple que certains malades sont à allonger nécessairement.

Mais, fermons là cette digression qui s’est invitée dans le texte, pour lister d’autres nuisances que génèrent les embouteillages. Certains usagers sont atteints de claustrophobie. C’est le fait, d’après les psychologues, d’éprouver une forte angoisse dans un lieu clos. Ils ont la phobie de l’enfermement et leur crise se manifeste lorsqu’ils restent longtemps cloitrés dans leur véhicule, les portières fermées.

Ajoutons pour plus de compréhension que les claustrophobes sont incapables de monter dans un ascenseur.

Un autre facteur de survenance ou d’aggravation de l’embouteillage est le stress. Aucun de nous n’en réchappe. Il est, en quelque sorte, la superposition dans notre intériorité, des vrais et faux problèmes qui nous assaillent inévitablement tous les jours.

La différence se situe dans la capacité de chacun d’entre nous à intégrer et gérer, bien ou mal, cette foultitude de problèmes. Sans dommages excessifs. Cela se lit nettement dans la circulation ambiante, mais aussi dans les embouteillages qui la meublent. Un usager, objet de stress, est un usager à problèmes. Il est sous tension et la forte pression qui l’habite, réduit ses capacités à réagir comme il faut et à temps. La distraction, l’irritabilité, l’impatience, la précipitation sont quelques-uns des signes distinctifs qui le caractérisent. On imagine facilement ce que devient une circulation routière si, par extraordinaire, tous les usagers qui la fréquentent sont stressés.  C’est alors la porte ouverte vers l’anarchie et la perpétuation des dangers. Chacun considérant l’autre comme source de ses problèmes, le trop-plein du vase ne tarde guère à déborder : on s’impatiente, on klaxonne, on crie, on invective et ça va dans tous les sens.

Face à ce phénomène aux conséquences énormes pour la circulation routière, de nombreux pays ont introduit l’enseignement de la conduite défensive dans leur programme de formation à la conduite automobile. Ce module prépare le futur conducteur à éviter l’accident en toutes circonstances. Même quand il pense avoir raison ou qu’il bénéficie de la priorité. Cela prépare à avoir un état d’esprit empreint de sérénité, de patience, de tolérance et de partage. Ainsi parvient-on à s’insérer parfaitement dans n’importe quelle circulation routière. Sans danger aucun.

La conduite défensive nous apprend aussi à éviter le cumul de stress qui finit toujours par déborder. Celui ambiant qui nous envahit lorsque nous sommes confrontés aux aléas de la circulation et celui initial que nous avons déjà accumulé, avant de prendre la route. Cela nous permet de rester calmes, surtout face à certains évènements que nous ne pouvons pas influencer. C’est le cas devant un embouteillage, un contrôle de police ou de gendarmerie, un accident, une intervention sur le réseau routier ou une intempérie. Il a été observé que lorsque les usagers non formés sont confrontés à l’une ou l’autre de ces situations, ils ont tendance à perdre leur flegme et à s’énerver. Pendant ce temps, l’évènement contre lequel ils pestent continue de se dérouler devant eux, sans qu’ils réussissent le moins du monde à l’influencer. Malgré leur agitation.

Pendant que les autorités s’emploient tant bien que mal à atténuer quelques-uns des nombreux points noirs à l’origine des fréquents embouteillages observés sur notre réseau routier, nous devons faire chorus avec cette dynamique. En développant le secteur de la formation. Ainsi, par un sens civique et citoyen développé, une aptitude à la conduite renforcée, nous réduirons de beaucoup les infractions au code de la route qui génèrent embouteillages et accidents de la route.