Artisanat : immersion chez les tisserands fabricants du Leppi à Pita  

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À Pita, les tisserands forment une caste « méprisée » mais très convoitée de par la qualité des produits qu’ils fournissent par le biais de leur métier. Leur activité est destinée à la fabrique de ce tissu de grande valeur communément appelé  » leppi ». Une activité qui a une importance capitale dans la vie économique et sociale de la préfecture de Pita et de certaines localités du pays bien sûr.

Vu donc l’importance de cette activité et la convoitise qu’elle suscite auprès d’une importante partie des populations de Pita, nous nous sommes intéressés à la vie de ces tisserands et de leur métier.

Se prêtant à nos questions, le doyen des tisserands de Pita maître Agna Oury Diallo nous explique:

 Sur leur origine il dit: « nous sommes pour la plupart originaire de Labé. Très peu d’entre nous sont originaires de Tougué, Koubia, Mali Yemberen ou Lélouma. »

« Nous sommes arrivés ici très jeunes en provenance de Labé. Il y avait des autochtones qui constituaient une couche importante et qui s’occupaient de cette fabrique. Mais cette couche était vieillissante et sans relève. Car ces tisserands n’avaient pas légué ce noble métier à leurs enfants pour leur succession. C’est ainsi que nous avons été reçus et installés à Pita », explique notre interlocuteur.

Agna Oury Diallo, l’un des maîtres dans ce métier dit avoir appris ça auprès de ses parents. « Nous tenons notre formation de nos parents. Donc avant notre arrivée à Pita, on pratiquait ce métier », dit-il.

Sur le mode d’approvisionnement en  matériaux, notre interlocuteur révèle qu’ils  proviennent de Bamako, précisément à Ségou pour la plupart, et parfois de la Côte-d’Ivoire. On peut citer entre autres: « le « niri » qui sert à trier les fils, le « cafa » qui sert à le resserrer. Et les fils qui représentent l’essentiel du matériel utilisé. Avant on fabriquait tout en Guinée ici, à base du coton et de façon traditionnelle », ajoute-t-il.

Avec l’usine de fabrique de textile de Sanoyah, les artisans   pouvaient s’approvisionnaient  ici. Mais avec la  fermeture de cette usine, il faut se rabattre sur les pays voisins.

Sur la fabrication du « leppi », notre interlocuteur rappelle qu’avant de mettre le tissu sur le marché, ‘’le tissu est soumis à plusieurs étapes. Première étape, c’est le travail du tisserand, la deuxième étape c’est chez le tailleur, pour la tracée et pour qu’après la teinture, apparaissent des lignes blanches sur le complet. Puis une troisième étape  consistant elle, à la teinture du tissu. Et enfin on l’envoie au marché pour la vente. Mais en ce qui nous concerne, nous tisserands dans toute cette procédure, c’est uniquement la fabrique du tissu. La suite est assurée par les vendeuses qui achètent le tissu à notre niveau », précise-t-il.

« Au marché notre produit était concurrencé par la production chinoise. Mais cette concurrence n’a pas duré parce qu’eux ils en fabriquent à base du caoutchouc. Tandis que nous c’est à base du coton pur. Notre produit est vendu un peu partout dans les pays limitrophes jusqu’en Europe », se réjoui maître Agna Oury Diallo.

Dans le cadre des difficultés rencontrées, il cite « dans tout travail, il y a des difficultés. En ce qui nous  concerne, c’est avoir la matière première comme les fils, le manque de hangar, car sans hangar  nous sommes exposés au poids de l’alternance des saisons. Pendant la saison sèche, le soleil sèche nos fils au moment qu’on travaille. Et pendant la saison pluvieuse, exposé à la pluie, cela entrave notre  production. À cela s’ajoute la vente de notre produit à un prix très bas. Car c’est sur place que nous vendons nos produits. Cependant les femmes vendeuses qui viennent en prendre à notre niveau gagnent de plus », nous confie-t-il.

Ce métier profiterait à plusieurs couches comme le souligne  Mamadou Diouma Diallo. « Les tisserands, les couturiers pour la plupart des femmes, les teinturiers ainsi que les commerçants. Nous nous sommes mariés, payons les frais scolaires des enfants et résolvons nos problèmes sociaux grâce à ce métier. Nous nécessitons donc plus d’appui et d’aide parce qu’à travers notre métier beaucoup d’autres activités fonctionnent. »

À rappeler qu’il n’y a pas longtemps que l’on a essayé de revaloriser ce tissu, tant au niveau national qu’au niveau international.