Assainissement de la ville: un bilan plus que mitigé en haute banlieue

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Ces ordures ainsi exposées ont été produites lors des dernières opérations d’assainissement de la capitale. Elles sont là, pour la plupart, depuis  des mois et semblent narguer tout le monde. Sur la route du Niger, on les trouve entre Tanènè-marché (aviation) et le ‘km36’ et, sur la route Le Prince, à partir de Bambéto jusqu’au carrefour Kagbélén.

A cette triste réalité vient s’ajouter une autre que l’on croyait définitivement abandonnée : la transformation de la route Le Prince, dans la zone d’Enco5, en dépotoir. D’innombrables sacs, pleins d’ordures, sont entassés sur le terre-plein central, comme des emballages attendant d’être livrés.

A la vue de ces immondices, tous les jours empilées, jamais nettoyées, diverses questions viennent à l’esprit du passant: de qui se moque-t-on ? Qui pense-t-on tromper? Sur qui veut-on jeter l’anathème ?

Un taximan, nous transportant, a un point de vue qui résume bien la situation: « quand je vois ces tas de saletés le long de la route, je suis, à la fois, indigné, révolté et malheureux. Si ceux qui font ça, pensent tromper l’état, ou quelqu’un d’autre, à dire qu’ils ont nettoyé, c’est plutôt eux qui se trompent. En attendant, c’est chez eux, dans leur propre environnement, que se trouvent ces ordures et ils vivent avec… Si quelqu’un vient les trouver dans cet état, forcément il est déçu et eux ils ont honte, puisque personne n’aimerait vivre dans des conditions pareilles. Ça affecte la qualité de vie et la santé et ça choque celui qui voit.

Mes parents m’ont dit qu’au moment de l’indépendance, Conakry, pour mieux dire, Kaloum, était appelée ‘la perle de l’Afrique occidentale’, tellement la ville était belle et propre, avec des rues dégagées, des arbres et des fleurs, partout. Ne plus vivre ça aujourd’hui est triste, alors qu’on aurait bien pu.

Mais ma colère et ma tristesse ne s’arrêtent pas là. Il y a aussi l’encombrement de la route qui pose problème. Les ordures qui s’étalent sur le bord de la chaussée réduit la surface de roulage. On ne peut plus s’arrêter ou stationner correctement, au risque d’occasionner un embouteillage. Parfois c’est le dépassement qui est impossible. Nos clients ont de la peine à descendre ou à s’embarquer, à cause des ordures, mais aussi des vendeurs qui s’asseyent sur l’emprise de la route, compliquant davantage la situation. C’est  infernal, ce que nous vivons chaque jour. A cause des cris et des bouchons sans fin, tout le monde est en retard, tout le monde est stressé. »

Le dernier samedi de chaque mois est consacré à l’assainissement de la capitale. Dès le matin, la circulation routière est interrompue, de Kaloum à Kagbelen et au Km36. On voit alors, en certains endroits, plus qu’à d’autres, des gens qui s’activent à débarrasser la ville de ses ordures.

Malgré les récriminations contre l’interdiction de toute circulation pendant le temps prévu pour l’assainissement, on peut dire que cette initiative des autorités est en passe d’être adoubée par bon nombre de citoyens, qui la perçoivent comme un acte d’intérêt public.

Mais, depuis son déclenchement, il nous semble qu’elle ait manqué du stimulus qui l’aurait boosté davantage. Il n’a apparemment jamais été question d’une quelconque mission d’évaluation pour sillonner, après l’opération de nettoyage, les artères principales, celles des quartiers et les lieux publics de la capitale.

Une telle démarche aurait permis de faire le point de la situation pour conférer à l’activité, le caractère professionnel et technique qui lui est indispensable pour son déroulement efficace et durable. Elle aurait aussi servi à susciter une émulation entre les acteurs qui s’activent sur le terrain, à travers leurs communes et quartiers respectifs. Les résultats obtenus par chaque entité ou groupe d’intervention, étant mis en exergue à travers une gamme de sanctions pour stimuler et encourager les uns et éventuellement, blâmer les autres. Cette approche par contrôle-sanction aurait eu un effet salvateur plus marqué sur l’engagement des citoyens et des collectivités.

Loin de mésestimer le volontarisme et l’enthousiasme de tous ceux qui s’impliquent pleinement dans ce processus, il faut admettre que pour aller plus loin et mieux, dans la mise en œuvre de cette activité, l’intervention plus marquée de l’état, reste indispensable. Les seuls appuis de citoyens, néophytes, aux bras nus, ne suffiront guère à enrayer la dissémination de plus en plus prononcée, des ordures dans la capitale.

L’assainissement effectif et quotidien d’une mégapole comme Conakry requiert d’autres méthodes, bien mieux élaborées et structurées, que seuls les pouvoirs publics sont capables de planifier et mettre en œuvre.

Il faut une politique, des objectifs, des stratégies et surtout… des moyens.

Des annonces dans ce sens sont faites par les décideurs. Espérons vivement qu’ils réussissent leurs projets !