Assemblée nationale : Damaro très tranchant envers les ministres

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Le président de l’Assemblée nationale veut-il impulser une nouvelle dynamique à son institution ? Souvent considérée comme une caisse de résonnance du rpg-arc-en-ciel, l’institution parlementaire se veut désormais plus rigoureuse envers les commis de l’Etat. Mardi, les députés devraient adopter le volet recettes de la Loi de finances initiale (LFI) pour le budget 2021.

Mais contre toute attente, des ministres et autres hauts commis de l’Etat qui devraient défendre leur budget devant les élus du peuple ont brillé par leur absence au Parlement dirigé par Amadou Damara Camara.

Et faute de débats sur leur budget, le président de l’Assemblée nationale a tout simplement décidé d’ajourner la séance tout en demandant aux concernés d’accepter de venir devant les députés.

Les raisons évoquées par le président du parlement guinéen sont diverses. Il s’agit principalement des difficultés de rencontrer les responsables de certaines régies financières de l’Etat, le désaccord entre les ministères à recettes ou des régies et les prévisions du ministère du Budget et l’interruption de l’inter-commission du 4 décembre 2020 due à l’absence de certains membres du gouvernement.

Or, Amadou Damaro Camara a indiqué qu’il est de l’obligation des ministres de se présenter devant la représentation nationale quand ils y sont conviés en faisant référence à l’article 86 de la Constitution qui stipule : “Après son adoption par l’Assemblée nationale, la loi est transmise sans délai au président de la République. Le président de la République promulgue la loi dans les dix jours. Le délai court huit jours francs après la transmission de la loi adoptée

C’est pourquoi les députés eu égard au caractère important de ce projet de loi pour le pays, ont exhorté par la voix de leur président le gouvernement à renforcer la collaboration et la considération envers la représentation nationale.

Cette exigence par l’Assemblée nationale de la présence des ministres accompagnés de leurs conseillers vise à crédibiliser l’institution qui a besoin de redorer son image de “caisse de resonnance” pour devenir le porte-voix des aspirations. Or, cela nécessite une collaboration parfaite entre les différentes institutions de notre pays qui doivent chacune en ce qui la concerne jouer son rôle régalien de protection des intérêts du peuple au détriment des intérêts individuels.

Si l’Assemblée nationale parvient à obliger les ministres à défendre leur budget, elle contribuera à matérialiser la nouvelle politique du président de la république qui consiste à “gouverner autrement”. Parce qu’il lui revient de défendre les intérêts du peuple en veillant à la bonne gestion des fonds publics destinés à la réalisation des infrastructures publiques et à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Ainsi, elle saura accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre effective des politiques publiques allant dans le sens de l’amélioration continue des conditions de vie de nos populations. Puisqu’autant le gouvernement est comptable de la gestion publique autant les députés de la mouvance -majoritaires à l’assemblée- le sont par le contrôle de l’action gouvernementale.

Mais le hic est que l’absence de la Haute Cour de justice devant laquelle les ministres et le président de la république devaient être redevables pose problème. Son installation aurait pu donner davantage de force à l’Assemblée nationale de poursuivre les ministres et/ou hauts cadres de l’Etat qui refuseraient de se présenter devant elle. Malheureusement, aujourd’hui, les députés n’ont aucun recours si les ministres refusent de se présenter pour d’éventuelles sanctions.

Par ailleurs, il faut dire que les membres du gouvernement ne sont redevables qu’au Premier ministre et au Chef de l’Etat.  C’est pourquoi, même lors de la dernière législature dirigée par Claude Kory Kondiano, ce même problème persistait.

Désormais, la réaction du président de la République qui souhaite “gouverner autrement” est très attendue par les Guinéens pour permettre une meilleure lisibilité de la gestion de la chose publique par les hauts commis de l’Etat. Il y va de la réusite de son mandat sexennal.