Barrage de Souapiti, le projet phare du président Condé sous les feux des critiques environnementales

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Dans un rapport rendu public aujourd’hui l’ONG Human Rights Watch a accusé le gouvernement guinéen de ne s’être pas conformé au normes environnementales lors de la construction du puissant barrage de Souapiti en Guinée. Selon HRW, le dédommagement des riverains laisse à désirer et plusieurs promesses n’ont pas été respectées.

Le barrage de Souapiti, d’une capacité de 450 Megawatts, situé en amont de Kaléta, sur le fleuve Konkouré est en cours de construction. Son inauguration prévue cette année viendra compléter le complexe hydro-électrique Kaleta-Souapiti qui doublera la capacité énergétique de la Guinée en produisant une énergie annuelle moyenne de 2 000 GWh/an. Le réservoir de 6 milliards de m3 permettra une régularisation des débits du fleuve Konkouré et permettra un fonctionnement de Kaléta  ( 240 MW) et de Garafiri (75 MW) toute l’année.

Le financement de la construction du barrage, a été assuré par la Banque d’export-import de Chine (China Eximbank) qui a octroyé un prêt de 1,175 milliard de dollars US à la Guinée. Les conditions de remboursement de ce prêt n’ont pas toujours été bien expliquées par le gouvernement guinéen qui préfère se pencher sur les bénéfices indéniables du projet qui pourrait aider à résoudre la pénurie d’électricité en Guinée.

La société d’État chinoise qui est maitre d’oeuvre du barrage, la China International Water & Electric Corporation (CWE), détiendrait 49% du projet et le reste appartiendrait à l’état guinéen. Toutefois compte tenu de la faiblesse financière du gouvernement guinéen et les leçons apprises par les Chinois sur Souapiti (la Guinée avait de la peine à payer sa cote part), la partie chinoise a pris en main la gestion du projet jusqu’à ce qu’elle rentre dans ses sous. Il est prévu d’exporter une grande partie de l’électricité produite et d’en vendre aux industries minières.

Des normes environementales internationalement acceptées exigent que les riverains déplacés par un projet d’envergure doit être compensés afin qu’ils aient au minimum le niveau de vie qu’ils avaient avant le projet. En effet, La politique de 2003 de l’AfDB vise à garantir que les personnes déplacées « reçoivent une aide à la réinstallation (…) pour que leurs conditions de vie, leur capacité à gagner leur vie et leurs niveaux de production puissent s’améliorer » d’après la Banque africaine de développement, « Politique en matière de déplacement involontaire de populations » citée dans le rapport.

Selon l’enquête de HRW, il y aurait eu un déplacement de 16 000 personnes pour Souapiti, mais que les habitants réinstallés de force manquent de terres, de nourriture, d’eau et, avec le Covid-19 qui menace la Guinée, font face à un avenir incertain. Des promesses de compensations n’auraient pas été tenues. Les droits fonciers des riverains n’auraient pas été pris en compte et surtout la perte de zones champêtre les rendent incapable de cultiver les terres et risquent une potentielle famine.

Au moment ou nous mettons sous presse, Guinéenews n’a pu receuillir la réaction du gouvernement et de l’Agence chargée de gérer le « Projet d’aménagement hydroélectrique de Souapiti » (PAHS).