Bilan Santé :  une année dominée par la pandémie du coronavirus  

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Cette année, à l’instar du reste du monde, en Guinée le secteur de la santé a été fortement marqué par la crise sanitaire du coronavirus. Depuis l’apparition du premier cas en mars 2020, la covid-19 a focalisé toutes les attentions, et continue de le faire, même si, comparativement à d’autres pays, la Guinée a pu éviter le pire, avec à ce jour, ‘‘seulement’’  13.685 cas confirmés, 80 décès et 13.077 guéris selon l’agence national de la sécurité sanitaire.

La Guinée a certes subi de plein fouet la pandémie et ses corollaires mais elle fait partie des privilégiés. En témoignent ces chiffres officiels de l’agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS) selon lesquels, à ce jour, le pays compterait  ‘‘seulement’’  13685 cas confirmés, 80 décès et 13077.

Après les premiers cas le 12 mars, les autorités ont multiplié les mesures de prévention et de traitement les deux semaines qui suivent, dès après le double scrutin le 22 mars. Parmi ces mesures, l’Etat d’urgence sanitaire déclaré à Conakry et environs, par le président de la République qui l’a sans cesse renouvelé jusque-là, pour une période d’un mois pour la plupart des cas. S’en est suivi la fermeture des frontières terrestres et aériennes…

Cela dans le cadre d’un protocole sanitaire qui a réduit au strict minimum les possibilités de contact (y compris dans le secteur du transport public). Le port de la bavette est rendu systématiquement obligatoire. Les lieux de culte (mosquées et églises) et marchés ont également été fermés un bon moment à Conakry et dans les zones les plus touchées. Les écoles et universités ont aussi fermé.

Comme pour dire que la Guinée n’a pas réinventé la roue pour faire face à la pandémie. Même si le pays a tant soit peu capitalisé sur son expérience dans la lutte contre la maladie à virus ébola qui l’avait sérieusement secouée entre 2013 et 2016, il lui a fallu l’appui des partenaires au développement dont l’organisation mondiale de la santé…

Conseil scientifique et Médecine traditionnelle

Tout en laissant intactes les prérogatives à l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS), le 10 avril 2020, le président de la République a créé le conseil scientifique dont les avis consultatifs ont été recueillis de temps à autre, sans que ceux-là ne semblent avoir beaucoup influencé la riposte en général.

L’organe présidé par Pr Hyjazi Yoland a particulièrement focalisé les attentions quand il a été question de l’apport de la médecine traditionnelle dont les acteurs étaient plus que déterminés à prendre part à la riposte contre la covid-19. Sous la houlette de l’Organisation mondiale de la santé, le conseil scientifique a marqué son accord quant à la possibilité à donner aux tradipraticiens de faire des propositions, mais aucun produit n’a eu le quitus  de l’organe consultatif.

En dépit de cette réticence, le promoteur de l’artemisia et la fédération guinéenne des associations de guérisseurs traditionnels et herboristes (FGAGT) ont toujours brandi leurs trouvailles comme des produits efficaces contre le virus. Plus que n’importe quel tradithérapeute, sans même l’aval du conseil scientifique, la FGAGT s’est montrée très active. Du côté de Madina, son service de vente a même fait un chiffre d’affaires journalier d’environ dix (10) millions de GNF vers le mois de juin. Ce qui n’était pas le fruit du hasard selon toute vraisemblance. De la part de certains malades (testés positifs par le système sanitaire), il y a eu témoignages accréditant la thèse de l’efficacité  de ces produits.

Des Guinéens bloqués à l’étranger

La fermeture des frontières, décidée par les autorités fin mars était quasi inévitable. D’autant  plus que tous les pays du monde ont presque adopté cette mesure. Donc même les Etats qui ne le décidaient pas se voyaient imposer la situation, ou tout au moins les conséquences de cette dernière. Face à l’impossible, la Guinée n’était donc pas tenue. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que la fermeture de ses frontières,  sans mesures d’accompagnement adéquates, a créé d’énormes difficultés à beaucoup de ses ressortissants guinéens à l’étrangers.

Ils ont particulièrement été éprouvés les Guinéens en séjours médical ou commercial à Dakar, au Maroc et en Tunisie. Les mesures d’accompagnement annoncées plus tard par le président de la République n’ayant pas été concrétisées, en grande partie, en tout cas selon les informations recueillies auprès des personnes concernées. Sans nourriture, totalement démunis pour payer le logement pour la plupart, ces compatriotes et d’autres dans le monde, notamment en Afrique australe ont payé le lourd tribut de cette décision présidentielle. Même ceux qui étaient en mission officielle au compte de l’Etat ont dû multiplier les démarches, y compris des sorties médiatiques pour que leur retour soit possible.  Certains étaient même obligés d’utiliser des chemins détournés pour rejoindre Conakry, en profitant des possibilités offertes à leurs homologues notamment de la sous-région ouest-africaine.

Les limites de l’expérience Ebola

A l’apparition des premiers cas de coronavirus en Guinée, les autorités ont jeté leur dévolu sur l’agence nationale de la sécurité sanitaire. Une façon de capitaliser sur l’expérience Ebola, l’autre virus dont l’épidémie avait fait des ravages en Guinée où il y a eu le premier foyer dans la zone forestière du pays fin 2013. Mais la désillusion était totale. Il a fallu presque tout remettre en place.  En témoignent les conditions d’hébergement plutôt difficiles, pendant un bon moment, aux centres de traitement épidémiologique de Nongo puis  à Donka. Le statut des patients dont des hautes personnalités du pays et des journalistes de renom  ont fait que le secret ne pouvait pas être longtemps gardé. Les plaines et autres dénonciations, ajoutées au nombre sans cesse croissant des patients ont alerté l’opinion. Mettant ainsi la pression sur les autorités et leurs partenaires qui ont dû faire l’impossible pour améliorer les conditions d’hébergement et de traitement. De Nongo aux autres sites à Conakry et à l’intérieur du pays, en passant par le centre de traitement de Donka. Mais il a fallu l’entrée en lice des partenaires comme l’ONG Alima, l’OMS et même l’organisation internationale d’immigration (OIM) pour contenir la pandémie…

Résultats de la synergie d’actions

A la riposte telle que menée jusqu’en fin mais, les autorités et les partenaires impliqués ont pensé à la stratégie « Stop covid 19 en 60 jours » dont le lancement a eu lieu début juin, dans la cadre d’une réponse communautaire contre la pandémie.

Dans la foulée, les sites de prélèvement et de test ont été multipliés à travers le pays. En novembre, en conférence de presse, l’ANSS a informé «qu’ils sont à ce jour au nombre quatre-vingt-dix-huit (98) TDR (test de dépistage rapide) et huit (8) PCR dont 4 à l’intérieur du pays et quatre autres dans la ville de Conakry. Pour la seule zone du « grand Conakry », le nombre de sites a atteint 21 dans les 5 communes de la capitale et à Coyah.

Pendant qu’en novembre la capacité d’hospitalisation, selon Dr Sakoba Keïta se chiffrait  à 1 745 lits fonctionnels sur un total de près de 1 900 dont (40) lits disponibles pour la catégorie de patients qui nécessite une assistance respiratoire.

C’est dans ces conditions que de la campagne de dépistage massif a été lancée sur instruction du président Condé…

L’argent, mystère et source de discorde

Difficile de savoir combien a été dépensé par la Guinée dans le cadre de la riposte contre le covid-19. Néanmoins, au début de la pandémie en mars, le ministre de la santé déclarait que « le budget du plan d’alerte et de riposte élaboré par mon département en collaboration avec les partenaires, s’élève à 121 milliards 802 millions 909 mille 836 francs guinéen soit 12 millions 856 mille 145 dollars.» Pour le reste, trouver les informations sur le plan financier relève d’un parcours de combattant. Tout de même, à l’ANSS, sans se prêter à un quelconque exercice de compte rendu financier, au moins par principe,  on a toujours affiché une certaine sérénité. Y compris quand il a été question des primes promises par le gouvernement aux agents de santé engagés dans la lutte contre la covid 19. Une question qui a créé la discorde entre les responsables et les médecins et autres agents. Ces derniers ont même battu le pavé il y a quelques semaines du côté de l’hôpital national Donka, pour réclamer leur dû . Sans grand succès. En lieu et place des 5 millions réclamés, c’est un peu plus d’un million que chaque agent a reçu, confiait Dr Sakoba Keïta  en conférence de presse. Par la même occasion, le directeur général de l’ANSS a démenti les accusations selon lesquelles, en représailles à la manifestation de réclamations des primes, des agents ont été limogés et remplacés dans la foulée. La diminution des effectifs s’expliquait par la réduction drastique des besoins, elle-même conséquence du nombre de malades qui baissait sans cesse à Donka et  dans les autres centres de traitement, défend-il.

Vaccin contre la Covid-19

Si l’arrivée du vaccin contre la covid19 en Guinée n’est pas imminente, et qu’elle est conditionnée par des préalables comme l’avale de l’OMS, les autorités du pays se préparent à cette étape. A préciser que selon une de nos sources à l’ANSS, « en ce qui concerne la riposte à la Covid-19, la Guinée, à l’instar des autres pays du monde, mise sur la vaccination comme ultime recours pour un contrôle rapide de la pandémie».

«Ainsi, explique notre interlocuteur, en vue de réussir cette opération de tous les espoirs, un plan d’introduction et de vaccination contre la Covid-19 en Guinée a été élaboré en début décembre 2020 avec l’accompagnement de l’ensemble des partenaires du système de santé. Le plan élaboré comporte toutes les stratégies ou composantes nécessaires à la riposte. Il s’agit de la surveillance, de la prise en charge, de la communication, de la logistique ou encore des finances… »

Et d’ajouter que «pour l’instant, les regards sont tournés vers l’OMS pour l’homologation d’un vaccin.  Néanmoins, il faut retenir que la vaccination en Guinée n’interviendra pas avant la fin du 1er trimestre 2021. Mieux, elle ne touchera pour cette première année que 20% de la population, ce qui correspond à 2.400.000 personnes. Ainsi, à l’image des cibles de la campagne de dépistage massif actuellement en cours, la prochaine vaccination touchera la grande administration publique, les personnels de services de grande mobilité comme les mines, les personnes âgées ou vivant avec la co-morbidité, les services de défense,  de sécurité ou pénitentiaire».

Notons tout de même qu’en attendant l’avis de l’OMS sur le vaccin que la Guinée pourrait choisir, la trouvaille russe la fait l’objet de promotion auprès des décideurs guinéens. Une délégation moscovite a séjournée dans la capitale guinéenne en novembre, à l’effet de promouvoir le vaccin «sputnik ».

A propos du budget pour la vaccination, fruit d’un travail de planification réalisé récemment à Conakry, il estimé à  76 429 701,31 dollars us, «pour le moment, (…) transmis aux différents bailleurs pour leur positionnement éventuel et les réactions sont attendues avant 2021 », confie notre source.

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