Bouba Mènguè des Espoirs de Coronthie : pourquoi j’ai chanté Dady

0
2310

« Ce titre m’a créé pleins d’ennuis. Le titre DADY m’a fait perdre une centaine de millions… »

Il s’appelle Camara Aboubacar, communément appelé ‘’Bouba mènguè’’ et Lead Vocal des Espoirs de Coronthie.

Né à Kindia en 1985, il est fils de feu Soriba et Fatoumata Camara. Marié, il est père de 6 garçons.

Il a fait ses études primaires à Tombo 1 et 2 et celles secondaires au collège du 28 septembre. A Cause de nombreuses qui ont parsemé son chemin, Bouba sera contraint d’abandonner les études au niveau du secondaire.

Rencontré au centre culturel ‘’Fougou-Fougou Faga-Faga ‘’ dans la commune de Kaloum, l’artiste et leader du groupe les ‘’Espoirs de Coronthie’’ s’est prêté aux questions de Guineenews. Il nous parle de sa vie, ses œuvres, ses perspectives et surtout les ennuis que son single ‘’Dady’’ lui a causé.

Guineenews : comment êtes-vous venu à la musique et parlez-nous de votre parcours ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : très tôt, j’ai commencé la musique au niveau du collège. Je fredonnais plusieurs chansons du terroir et j’étais très captivé par le son des instruments traditionnels. En ce moment, je n’appartenais pas à un groupe. Dans mon quartier de Coronthie, évoluait un groupe de musique traditionnel appeler les ‘’Eperons’’, groupe dans lequel se trouvait feu Ablos Touré ‘’l’enfant de Moréah’’. Ce groupe vivait du côté du secteur Sinkoun Kaba. De l’autre flanc du secteur ‘’Jalbar’’ évoluait un autre groupe dénommé ‘’Les ambassadeurs’’ auquel j’appartenais.

C’est après la sortie du premier album de feu Ablos Touré que nous avions pris l’initiative de fusionner les deux groupes pour finalement aller à Boulbinet vers nos ainés des Etoiles de Boulbinet. C’est là où nous avions aiguisé nos armes tout en apprenant à jouer et à confectionner les instruments de musique traditionnelle. C’est ainsi que j’ai progressivement eu l’amour de la musique.

Plus tard, le groupe a été rappelé par le fondateur du groupe ‘’Gbassikolo’’ du nom de Ba Djibi Camara, afin de promouvoir cette musique traditionnelle dans notre quartier natal de Coronthie. Sa demande étant légitime, nous n’avions pas insisté et nous nous sommes mis à sa disposition. Les répétitions devenaient de plus en plus intenses dans notre secteur, puisque le chemin de l’école avait été boudé. Ainsi, nous avions eu à tenir en haleine par le biais des shows de la rue, plusieurs admirateurs dans les rues du quartier de Coronthie et un peu partout sur les places publiques de la commune de Kaloum.

Je me rappelle de l’arrivée d’Alpha Blondy à Conakry. Son concert nous a permis de prouver nos talents, loin de l’esplanade du Palais du peuple. Pour la petite histoire, les forces de sécurité ont refusé à ce que nous accédions au lieu du spectacle. Etant avec nos instruments et spontanément, le groupe a improvisé un spectacle hors de l’esplanade à l’intention de plusieurs autres personnes aussi privées d’accès. C’est ce jour que j’ai commencé à croire à nos possibilités et à nos talents. Car, le public présent fut émerveillé.

Je vous confirme aujourd’hui que notre ascension sur le plan musical est vraiment l’œuvre de feu Aly Badara Diakité. C’est lors de la venue de Baba Maal qui devait se produire chez notre Père Baba, à la ‘’Castille’’, qu’Aly Badara Diakité nous fera appel pour jouer en levée de rideau. Notre groupe après fusion s’appelait’’ Les éperons et les ambassadeurs ‘’. C’est ce jour qu’Aly Badara Diakité nous a contacté, en nous proposant après de larges sensibilisations sur l’union, d’accepter baptiser le groupe du nom des ‘’Espoirs de Coronthie’’. La soirée fut belle et fructueuse ce jour. Car, nous avions bénéficié d’un montant de 500.000 FG. C’est ce montant que nous avions mis à profit pour renouveler et confectionner d’autres instruments de musique traditionnelle. Voilà comment je suis venu à la musique et brièvement mon parcours.

Guineenews : pouvez-vous nous décrire votre discographie ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : les Espoirs de Coronthie ont réalisé 6 albums et quelques maxi- singles. Je peux vous citer le titre des albums : Patriote, Duniya i giri, Tinkhinyi, Justice, Fougou-fougou actes 1 et 2. Je reconnais que c’est ce second album ‘’Duniya i giri’’ qui nous a propulsés.

Guineenews : vos différents détachements en carrière solo a suscité des rumeurs qui couvrent les lèvres de plusieurs admirateurs et mélomanes. Est-ce vrai que les relations entre les leaders du groupe ne sont pas au beau fixe ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : comme vous le dites, ce sont des rumeurs et notre pays est par excellence réputé dans ce domaine. Il n y a aucune brouille entre nous. Je constitue en compagnie de Sancho et Machété les 3 leaders de ce groupe, derrière lesquels, s’attendent à vivre 15 autres membres. Nos présents revenus ne nous permettent pas de nous en sortir, c’est-à-dire faire face aux besoins de tous. C’est triste de voir aujourd’hui ou d’entendre parler d’un S.O.S à l’endroit de nous artistes. Nos droits d’auteurs sont insuffisants et pourquoi ne pas prendre précocement des dispositions.

En ce qui concerne nos différentes envolées en solo, c’est une initiative que nous avions pris lors de notre dernière tournée en Islande. Sachez donc que c’est une décision commune d’évoluer en solo et de créer des projets de toute nature qui puissent engendrer des revenus et qui ne soient pas une marque simplement des Espoirs de Coronthie pris en ensemble.

Le centre culturel Fougou-fougou Faga-faga d’où nous réalisons cette interview est une des œuvres de l’ensemble qui rapporte au moins. Tout va bien entre nous et rien ne doit faire obstacle à notre évolution et le succès est franchement lié à l’ensemble. Il faut que les gens arrêtent créer la zizanie ou de se mêler des choses qui ne regardent pas.

Guineenews : vous avez un parcours élogieux et certainement durant lequel vous retenez de bons ou mauvais souvenirs. Pouvez-vous nous en parler ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : je retiens comme beau souvenir dans mon parcours, le jour de notre première dédicace au Palais du peuple. J’ai eu les larmes aux yeux ce jour puisque c’était ma première expérience surtout de voir un tel public venu nous ovationner. C’est un bon souvenir qui me reste.

Le plus mauvais souvenir de ma vie d’artiste est et demeure encore ma composition musicale titré DADY. Si je n’avais pas la bonne foi, j’allais considérer tous les Guinéens comme des ennemis. Heureusement, les bons conseils m’ont servi et soulagé afin que je puisse tenir ce moment difficile.

Guineenews : êtes-vous un artiste engagé pour avoir proposé ce titre DADY, qui sans commentaire reste à la une et qui dérange ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : DADY est une chanson qui existait avant que je ne naisse. Je n’ai fait que remixer DADY en le replaçant, certes, dans un nouveau texte. Il y a eu des interprétations qui ne disent pas leurs noms autour de cette chanson. J’ai mis mon inspiration autour de cette chanson plus vieille que moi. Pourquoi j’ai chanté ce titre ? C’est tout simplement pour attirer l’attention de cette jeunesse à laquelle j’appartiens et pour laquelle je veux un avenir radieux. C’est ma façon ou ma contribution pour protéger consciencieusement mon pays. Je suis un fils digne de ce pays qui met à profit sa passion.

Guineenews : des ennuis, vous n’en avez pas eu après ce titre ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : ce titre m’a créé pleins d’ennuis. Le titre DADY m’a fait perdre une centaine de millions. C’est à partir de l’annulation de ma dédicace que les problèmes ont commencé. Je n’avais plus d’audience et bien qu’on me recevait porte ouverte, sourires à l’appui et au sortir, les téléphones crépitaient et aucune suite favorable. Heureusement, les pauvres gens ont prié pour moi et pendant que les riches ont fermé toutes les portes. La dédicace de mon album de 12 titres a été annulé et imaginez la perte qui s’en est suivie.

Guineenews : cette tempête est-elle passée ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : oui, je mets tout cela au compte du passé et c’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à chanter un titre intitulé ‘’sakhanyi’’, pour dire que tout peut arriver à l’homme. Il faut simplement savoir gérer le moment.

Guineenews : après la pluie s’annonce certainement le beau temps. Quelles sont vos perspectives à court, moyen ou long terme ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : présentement, nos perspectives sont diverses. Celle qui est primordiale, c’est la construction d’une cité pour les ‘’Espoirs de Coronthie’’, sur le site que nous offerts l’international Seydouba Bangoura, ex-sociétaire du Hafia FC. Ce qui nous permettra de pouvoir subvenir décemment aux besoins de nos familles. Je crois que chacun d’entre nous,  comprend aujourd’hui qu’il faille avancer et résister. Cela permettra à tout un chacun de mieux respirer. Personnellement, c’est la réalisation des maxi-singles et accompagner Machété pour la  sortie de son album qui sont les perspectives à court terme.

Guineenews : Bouba, Sancho, Machété, vous êtes les leads vocaux. De votre voix cristalline en premier sur la balle, suivie au contrôle de l’imposant timbre ferme de Sancho et de l’amorti à la dimension de la voix caverneuse de Machété, à quand le retour de ce trio ou des ‘’Espoirs de Coronthie ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : c’est pour bientôt. Nous attendons la sortie de l’album de Machété et vous serez surpris.

Guineenews : quel regard portez-vous sur la musique guinéenne et particulièrement sur celle traditionnelle que vous pratiquez ?

Bouba ‘’Mènguè’’ : laissez-moi commencer par mon regard sur la musique traditionnelle. La relève m’inquiète. Après nos ainés des ‘’Etoiles de Boulbinet’’, notre groupe a succédé. Aujourd’hui, plusieurs jouent au Léngué (calebasse, en Soussou) pour juste vivre et cela se voit partout dans la capitale. C’est une des raisons qui me pousse à ne pas m’éloigner du folklore riche et varié de mon pays. J’ai néanmoins des inquiétudes pour la relève dans ce domaine.

Quant à la musique guinéenne en général, j’avoue que ma génération s’éloigne progressivement de notre folklore. La plupart fonctionne aujourd’hui avec des emprunts de rythmes d’autres pays. Que c’est agréable aujourd’hui de réécouter les anciens de la musique guinéenne. Le Bembeya Jazz, Balla et ses baladins, le Horoya band national et tant d’autres formations ont des répertoires inoxydables. Il faut fouiller dans le folklore guinéen, car il est bourré de rythmes et engageons-nous à le développer pour hisser la musique guinéenne à sa place d’antan. Evitons de jouer la musique commerciale consommée que pour une nuit de dédicace. La musique guinéenne doit être valorisée et l’on se reconnaît par sa culture et c’est notre identité.

Guineenews : un dernier mot à l’endroit de nos lecteurs ?

Bouba ‘’mènguè’’ : Maschalla ! Je dirais à tous les Guinéens de s’aimer. Donnons-nous la main et éloignons de nous l’ethnocentrisme. La méchanceté est très développée en Guinée… Cultivons l’amour entre nous et prônons l’unité nationale.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews.