Campagne agricole 2020, impact du Covid-19 sur le secteur, le directeur régional de l’agriculture de Labé parle

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Confronté déjà à d’énormes difficultés telles que le manque de moyens, le déficit et le vieillissement du personnel existant, le secteur agricole au niveau de la région administrative de Labé est aussi  asphyxié  par  la pandémie de la COVID-19 qui a bouleversé toutes les habitudes.

Ainsi de Lélouma en passant par Labé, Tougué, Koubia et Mali, les directions préfectorales sont confrontées  soit au déficit, soit au vieillissement du personnel de ce secteur, pourtant porte flambeau du développement.

Parlant du secteur agricole durant ces dernières années, le directeur régional reconnaît les efforts consenti dans le secteur par le gouvernement à travers les appuis en engrais et autres intrants. Cependant, avec de hauts et des bas.

« Depuis 2011, le gouvernement guinéen s’est engagé à appuyer les producteurs guinéens. Chaque année ce sont des tonnes et des tonnes d’engrais qui viennent. Et ces engrais sont subventionnés en raison de 135 mille francs le sac de 50 kilogrammes. Ils envoient aussi des semences de riz, des herbicides, des produits phytosanitaires et ainsi de suite. Nous, nous pensons que ça a eu vraiment un impact positif dans la productivité. (…). Chaque année ces intrants sont répartis à travers toutes les préfectures de la région administrative de Labé. Et chaque commune rurale a son stock. C’est seulement en 2019 qu’on a eu des difficultés lorsque le stock d’engrais est fini. Et que les producteurs ont été obligés de se tourner vers le marché » rappelle El hadj Mohamed Touré, avant de poursuivre en ces termes :  » vous savez, l’Etat s’est désengagé de la production et de la commercialisation. On est dans un système libéral. Les producteurs doivent s’organiser en groupement, en union et en fédération. Et nous, nous sommes là pour les appuyer en conseils techniques. Les orienter sur les itinéraires techniques. (…). Chacun de nos services a sa mission. (…). Je peux vous dire que ça a vraiment eu un impact positif dans le secteur. Si la sécurité alimentaire n’est pas amorcée, mais la sécurité alimentaire est en train de s’améliorer dans d’autres mesures. Car la sécurité alimentaire, c’est la productivité, l’accessibilité sur le marché et le prix abordable  » se réjouit le directeur régional de l’agriculture.

Revenant sur les moyens matériels et le personnel dont dispose le service pour mieux accompagner les producteurs, le directeur salue  l’équipement des bureaux mais déplore le vieillissement et le déficit du personnel dans le secteur agricole au niveau de la région.

« Pour ce qui est des bureaux, nous avons l’équipement nécessaire et un cadre de travail acceptable. Nous avons été équipés en outils informatiques, en panneaux solaires et en matériels bureautiques. (…).

Seulement, nous sommes confrontés à un manque de personnel. C’est un secteur décentralisé jusque dans les sous-préfectures. On doit avoir des cadres. Mais aujourd’hui, nous avons un manque dû au vieillissement du personnel. Certains aussi sont partis à la retraite. Il n’y a pas eu de recrutement encore. Nous avons un manque à gagner. Mais malgré tout, en campagne agricole, le peu de cadre que nous disposons au niveau central et au niveau opérationnel préfectoral, nous cherchons à redéployer pour avoir certaines informations. C’est la stratégie que nous avons. Et nous sommes convaincu que dans sous peu de temps, notre département essayera de faire le recrutement » lance El hadj Mohamed Touré.

Sur l’impact réel lié à la pandémie du coronavirus, le directeur déplore la situation et le manque de magasins adéquats pour bien stocker les produits agricoles.

« Sincèrement, cette pandémie de coronavirus a eu un impact vraiment très négatif sur la production agricole dans la région administrative de Labé. Vous n’êtes pas sans savoir que l’agriculture occupe une place de choix ici au Fouta. Ici, je peux vous dire que 90% de la population vivent du secteur agricole. C’est pourquoi je vous dis que la COVID a un impact négatif sur le secteur. J’ai récemment fait un tour avec une mission du département au niveau de la région. Le constat est difficile à gérer. Il faut qu’on soit clair.

Nous avons trouvé dans certains bassins de production surtout dans les cultures maraîchères, la production en train de pourrir en plein champs. Certains qui ont eu la chance de récolter les oignons, la pomme de terre, les stocks sont dans des magasins. Il n’y a pas où vendre. Et ces magasins ne sont même pas adaptés pour garder ces récoltes pour une longue durée. C’était vraiment très difficile pour les producteurs  » regrette le directeur régional de l’agriculture.

Néanmoins, le gouvernement a volé au secours de certains producteurs à travers des appuis en intrants.

« Bien que la situation est très délicate, les producteurs n’ont pas désarmé. Ils continuent de faire  leur activité qui est pour eux un moyen de survie. Le gouvernement aussi soucieux pour l’avenir des agriculteurs est venu en aide au secteur dans le cadre de la riposte contre le coronavirus.

A l’heure où je vous parle, nous avons eu à intervenir à travers toutes les  préfectures de la région. Et ce, en intrants agricoles pour soutenir les couches vulnérables. A travers ce projet, les producteurs ont été appuyés en engrais, en semences de riz et herbicides. Nous avons distribué 21 tonnes de semences de riz, 30 tonnes d’engrais NPK, 30 tonnes d’urée technique et 1 800 litres d’herbicides à travers les 5 préfectures. Tour çà en appuie » explique le directeur.

D’autre part aussi, le directeur régional de l’agriculture déplore l’état toujours artisanal de l’agriculture dans la région, le non aménagement des plaines extrêmement agricole mais aussi le manque de mécanisation de l’agriculture qui sont des freins pour la productivité.

Par ailleurs, El hadj Mohamed Touré exhorte les jeunes à se lancer dans l’agriculture qui selon lui est la voie du salut pour lutter contre le chômage et pour développer la région de Labé potentiellement agricole.

« Aujourd’hui, la jeunesse néglige le secteur agricole qui est le pilier du développement. La voie de salut pour sortir de la pauvreté. C’est le seul moyen d’éviter aux jeunes le Sahara ou la méditerranée. L’avenir se trouve dans le monde rural. La terre ne trahit jamais. Les jeunes doivent s’intéresser à l’agriculture, monter des projets banquable. C’est sûr s’ils vont être soutenus.