Célébration du 2 octobre : les confidences d’Elhadj Moussa Sanoh, enseignant à la retraite

octobre 4, 2018 10:58
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«Ce n’est pas Sékou Touré seulement qui a donné l’indépendance [à la Guinée. Ce sont plus de 90% des Guinéens qui ont voté NON. Mais, les péchés de Sékou Touré, c’est d’avoir eu comme successeur Lansana Conté. Si on avait eu un meilleur, ç’aurait été moins dur et plus bénéfique»

La Guinée va célébrer dans quelques heures le 60e  anniversaire de son indépendance. Cette date restera à jamais gravé dans la mémoire des Guinéens fiers d’être les précurseurs de la décolonisation de l’Afrique francophone. De cette date à nos jours, beaucoup d’événements se sont passés. Elhadj Moussa Sanoh, enseignant à la retraite, de formation normalienne, reconnaît que « la Guinée de 1955 à 1958, a connu des années agitées et perturbées ». Selon lui, c’est en 1955 qu’il y a eu la création pour la première fois des communes de plein exercice à savoir Conakry, Kindia, Mamou, Labé, Kankan et N’Zérékoré pour remplacer les cercles. A Conakry, vous avez Sékou Touré, à Kindia, vous avez N’Fama Mara, Falilou à Labé, Saifoulaye à Mamou, Magassouba à Kankan, Sagno à N’Zérékoré, se rappelle-t-il.

Poursuivant, Elhadj Sanoh indique qu’il fallait organiser les élections législatives pour envoyer des députés à l’assemblée française. « C’était le multipartisme en ce moment. Le PDG qui avait réussi à se relancer sur les autres partis a remporté plus de sièges (une cinquantaine) sur les autres partis.  Cela devait conduire à l’application de la Loi Gaston Deferre », explique-t-il.  « Le PDG a eu la chance de remporter ces élections-là et en même temps élire le vice-président du Conseil de gouvernement. Saifoulaye, le président de l’assemblée territoriale a pris beaucoup de décisions dont la principale était la suppression de la chefferie des cantons. Parce que les chefs de cantons permettaient certains cadres d’être élus », se souvient-il.

D’ailleurs, on a mis des hauts cadres de l’administration appelés les commandants d’arrondissements qui ont remplacé les chefs de cantons dirigés par des Guinéens et des blancs.  Ainsi, « en 1958, la situation était encore plus agitée. Il fallait, puisqu’on a supprimé la chefferie traditionnelle, remplacer les chefs de villages par des maires. Pendant ce temps, le PDG stabilisait ces assises. C’est lui qui avait l’avance sur les autres leaders. Ce qui a fait qu’à la fin de 1958, précisément en septembre 1958, quand il fallait voter, le pays était prêt à obéir à un parti qui drainait tout le monde », se rappelle Elhadj Sanoh.

Le Discours de Sékou Touré, un déclic pour la libération de l’Afrique francophone

Pour Elhadj Moussa Sanoh, « le discours de Sékou Touré » a suscité une vive réaction non seulement en Guinée mais aussi en Afrique occidentale française voire l’Union française entière. Cet événement a fait que les adversaires de De Gaule qui l’avaient poussé à la démission après la deuxième guerre mondiale, étaient obligés de faire appel à lui. « C’est pourquoi ayant peur de De Gaule, ils l’ont poussé à la démission au début de 1946. Pendant 12 ans, De Gaule, s’est écarté de la politique bien qu’il avait un parti qu’il avait créé et qui était majoritaire en élus à l’assemblée nationale française mais qu’on réussissait à bloquer. Car, tous les autres étaient contre l’unique parti qui avait la majorité relative.  Le gouvernement était formé par cette coalition-là qui a duré jusqu’en 1958 », témoigne Elhadj Moussa Sanoh à Guineenews.

C’est pourquoi, « en 1958, la situation dans les colonies a obligé la France a changé de politique. L’Indochine s’était libérée, le Maroc a quitté le protectorat pour être indépendant, la Tunisie de même et l’Algérie, le 3e arrondissement de la France cherchait à partir. Donc, quand De Gaule a choisi entre l’Association française et l’indépendance, le choix était facile pour la Guinée. En Algérie, on tue les gens, pour les empêcher d’avoir leur indépendance. Quoiqu’on raconte, moi, je crois qu’on a voulu faire l’économie de guerre de libération ».

Le Camp Boiro et la révolution

Comme beaucoup de Guinéens, Elahdj Sanoh a séjourné au Camp Boiro pendant huit mois et 21 jours.  Heureusement, il sera libéré et « le parti s’est excusé. Mais j’ai subi durant la première semaine de mon arrestation, six jours de diète ». Or, il a été membre fondateur de la JRDA. Comme Mme Nadine Bari, ce qu’il a trouvé bon avec le départ des colons « c’est l’indépendance. On avait besoin d’elle. Aujourd’hui, nous souffrons parce que nous avons connu des entraves ». Mais, dira-t-il, « il y a eu des choses organisées pour empêcher la Guinée de se développer ». Pour M. Sanoh, « ce n’est pas Sékou Touré seulement qui a donné l’indépendance, c’est plus de 90% des Guinéens qui ont voté non. Et cela faisait beaucoup de torts à la colonisation. En prenant leur indépendance, les pays africains francophones ont bouleversé tous les plans organisés de la France pour nous gérer parce qu’ils sont restés très longtemps des compléments indispensables de la France ».

Contrairement à beaucoup de victimes de la révolution, Elhadj Sanoh, préfère « la révolution qui est nettement meilleure à la démocratie actuelle ». Ajoutant que « les péchés de Sékou Touré, c’est d’avoir eu comme successeur Lansana Conté. Si on avait eu un meilleur, ç’aurait été moins dur et plus bénéfique ».

La célébration du 60e suscite moins d’engouement….

Si la célébration des anniversaires est une occasion de réjouissance, en Guinée, cela ne semble plus le cas. La faute, à la pauvreté et aux problèmes quotidiens de la majeure partie des Guinéens. « Nous avons d’autres problèmes, d’autres soucis que de fêter. Le niveau de vie laisse à désirer. C’est ça la réalité. Nous avons d’autres préoccupations, la recherche de la nourriture, du pain quotidien.  Si cet anniversaire était fêté avec des inaugurations, par-ci par-là, ce serait bon mais il y a un système organisé qui profite du régime actuel », a laissé entendre M. Sanoh.

Enfin, déplore-t-il, « si Sékou Touré a eu le malheur d’être remplacé par Lansana Conté, lui aussi, il a eu le malheur d’être remplacé par Moussa Dadis ».