Cellou Dalein à l’offensive à Paris : retard des législatives, fin du mandat des députés, menace d’un 3e mandat au menu

janvier 28, 2019 1:00

Dimanche 27 janvier 2019, le chef de file de l’opposition guinéenne était face aux responsables, militants et sympathisants de l’Union des forces démocratiques de Guinée –UFDG- dans la banlieue parisienne. Dans une salle pleine de Guinéens venus d’horizons divers, et en présence de l’ex-candidate aux élections présidentielles de 2015, Marie Madeleine Dioubaté,  Cellou Dalein Diallo est revenu sur l’actualité sociopolitique « sévère » de la Guinée. Au cours de cette rencontre, l’opposant au régime d’Alpha Condé a abordé respectivement les questions liées aux élections locales de février 2018, l’échéance du mandat des députés et la menace d’un troisième mandat pour Alpha Condé.

Débout face à l’assistance, le président de l’UFDG dira à l’entame qu’il « pense que c’est important au-delà des clivages politiques ou ethniques que les Guinéens se retrouvent pour échanger. Je voudrais féliciter tous les compatriotes qui ne sont pas de l’UFDG mais qui nous ont fait l’honneur d’être ici. (…) je souhaite vivement que cette rencontre soit une rencontre d’échanges ».

Ainsi, dans son intervention, il a souligné que les « élections locales sont encore loin d’être achevées parce qu’on n’a pas fini de mettre en place les conseils communaux, on n’a pas installé les chefs de quartiers et les conseils régionaux ». Il s’est félicité au passage de la percée de son parti en Basse Guinée et en Forêt où explique-t-il, n’eut été, la corruption, l’intimidation et la falsification des procès-verbaux, l’UFDG aurait remporté 20 communes urbaines contre 12 pour le RPG. « Si la mise en place des exécutifs n’avait pas été effectuée de façon sélective en fonction des intérêts du parti présidentiel, l’UFDG aurait eu 20 communes urbaines sur 38, le RPG 12, l’UFR 1 et les listes indépendantes 5 », note-t-il au passage.

Mais, regrette-t-il, « sous l’effet de la corruption et de l’intimidation, les commissions administratives de centralisations de vote (CACV) se sont mises à l’œuvre et les résultats ont été transformés ».

Cellou Dalein a aussi déploré le retard dans la mise en place de l’ensemble des exécutifs communaux. Or, mentionne-t-il, ils ont été élus le même jour et ils ont le même mandat. Mais, jusqu’aujourd’hui, «  il y a une vingtaine de communes dans lesquelles on n’a pas mis les exécutifs, simplement parce que le RPG veut contrôler alors qu’il n’a pas réussi à retourner par la corruption et l’intimidation des conseillers d’autres partis pour s’assurer du contrôle desdites communes ». Le chef de file de l’opposition pense que ce « retard dans la mise en place de ces exécutifs communaux est l’expression d’une mauvaise gouvernance ».

Assemblée nationale, faut-il siéger ou pas ?

C’est la question qui taraude tous les esprits. Et pour le président de l’UFDG, « l’opposition avait pris toutes les dispositions pour que les élections législatives aient lieu à la date prévue (voir l’accord du 12 octobre 2016) ». Cependant, il accuse le président Alpha Condé d’avoir gelé « la mise en œuvre de toutes ces décisions ».

Dans son discours, l’ancien Premier ministre a indiqué les sources de conflits entre le gouvernement et l’opposition. Il s’agit entre autres, de la non mise en place de la Haute Cour de Justice (HCJ), le refus d’organiser les élections à date et le non-respect de la constitution et de la loi.

Selon lui, « l’organisation d’une élection ne doit pas dépendre de l’humeur du président de la république. Alpha Condé a peur des élections parce qu’il sait qu’il ne peut pas les gagner grâce à votre engagement, à votre détermination et grâce à votre confiance à l’UFDG ».

Enfin, explique-t-il, siéger ou pas à l’assemblée nationale après la prorogation du mandat des députés, l’UFDG prône «  la consultation [à l’interne] pour savoir par rapport à l’objectif 2020 qu’est-ce qui est plus utile  et par rapport à ça, prendre une décision ».

Menace d’un éventuel 3ème  mandat

Même si le président Alpha Condé ne l’a pas exprimé publiquement, Cellou Dalein est conscient que « Alpha Condé veut une présidence à vie ». Pour cela, il estime qu’il  « va utiliser tous les moyens pour s’octroyer un 3e ou peut-être un 4e mandat. Alors théoriquement il y a des options soit, il modifie la Constitution (ce qui est difficile car la constitution a verrouillé complètement les dispositions relatives au nombre et à la durée des mandats  qui ne sont pas modifiables ; soit il veut soumettre une nouvelle constitution qui va maintenir peut-être la limitation des mandats à deux. Faire adopter cette constitution et dire qu’il n’est plus concerné par les dispositions de l’ancienne constitution. Donc, il y a une 4e république qui commence. Tous les compteurs sont remis à zéro ».

Unanimité de l’opposition…

Si l’opposant est conscient que les partis politiques de l’opposition sont divisés, il reste convaincu que la question de s’opposer à un 3e mandat fait l’unanimité au sein des forces sociopolitiques du pays.

« Sur la question   du 3e mandat, les partis politiques de l’opposition, si divisés, font l’unanimité. Sur cette question, la concertation est en cours et je suis convaincu que tous les partis politiques de l’opposition, toutes les organisations de la société civile, les syndicats, on va récréer une coalition pour s’opposer  au 3e mandat quelle que soit la forme », a-t-il affirmé.