Cent jours de Kassory à la Primature : des incohérences et des échecs banalisés

septembre 9, 2018 10:07
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Dans quel domaine peut-on dire que le gouvernement Kassory a comblé les attentes ? Il y a des faiblesses trouvées sur place et pas réparables en trois mois, il y a des situations nées en son temps. En rassemblant les 100 jours dans un bouquet, voilà ce que cela montre, et ce n’est pas exhaustif :

Rien que la loi de finances rectificative 2018, qui a coupé dans tous les domaines en vue de rendre présentables les comptes aux yeux des inspecteurs du FMI attendus en octobre, en dit déjà assez long sur les difficultés financières du gouvernement Kassory Fofana, et le moment tombe mal avec la flambée du prix du baril de pétrole sur le marché international, accentuée par les sanctions de Donald Trump sur l’Iran. Cela était prévisible.

Devant la presse ce 6 septembre, une semaine après les cent jours traditionnels, le PM parle de croissance et du PIB en hausse. Cependant, il reconnait l’endettement intérieur lourd de l’Etat. Dans cette stagflation, quel est le taux de croissance et le taux d’inflation actuel de la Guinée, quel est son PIB ? Depuis la mise en circuit des billets de 20 000 fg, personne ne veut plus des billets de 100 fg, bientôt les billes de 500 fg vont tomber en disgrâce, si rien n’est fait pour stopper la dégringolade.

Pour avoir une idée de certaines dettes intérieures, il faut aller les compter à l’ARPT, dans les hôtels, à l’EDG, à la SEG, aux différentes sociétés de téléphonie, aux sociétés et entreprises de BTP, notamment celles qui ont réalisé les infrastructures des fêtes tournantes de l’indépendance, ont-elles été toutes entièrement payées pour être capables de se relancer avec les mêmes performances ? Certaines PME sont surfacturées par EDG, parce que le manque à gagner est à l’actif de l’Etat qui cumule ses dettes de consommation d’électricité.

On s’en enorgueillit que dans deux ans, la Guinée sera exportatrice d’électricité, mais la denrée coûte de plus en plus cher sur les factures domestiques, surtout les pertes déjà causées dans des incendies sont incommensurables. Se soucie-t-on tant soit peu des sinistres et des sinistrés ?

 Quant à l’eau, personne ne sait quand le calvaire prendra fin, en dépit des aides interminables du Japon, qui vient d’être frappé par le typhon Jebi. Si le budget est revu à la baisse, aucun domaine n’atteindra son objectif.

La lutte contre la corruption, un des chevaux de bataille de Kassory, après l’OGP et les chargeurs, voilà une bombe sur les 21 millions de dollars sortis de la Banque Centrale et détournés de leur destination. L’intention vaut l’action, mais Kassory minimise et banalise l’affaire et la qualifie autrement, même si faire revenir cette somme a des frais bancaires pas négligeables.  Sur la corruption et le marchandage de la police dans la délivrance des cartes d’identité, rien n’est dit, tout le monde voit cela comme normal. Mais pour un économiste qui a promis de lutter contre la corruption, les échecs sont patents !

Les interdictions et restrictions de libertés démocratiques ont été constatées sous la gouvernance Kassory. Les syndicalistes et la Société Civile ont été gazés avec un nouveau produit (conventionnel ou pas, la question se pose). On dit que le syndicaliste Mansaré a eu la ‘’moutarde’’ dans le nez.

Une chose doit être claire : les Guinéens ne sortent jamais dans la rue pour le plaisir de sortir manifester, ils ne sortent que quand leurs droits sont bafoués de façon autoritaire, ou quand ils ne sont pas entendus dans leurs revendications légitimes. Si personne n’a vu, dans le monde, des troubles comme en Guinée (Lundi grève, mardi marche, mercredi journée morte), c’est que les gouvernements ne respectent pas les engagements socio-politiques. Il est normal que les investisseurs ne viennent pas, parce qu’il y a trop de bruits dans les rues de Conakry. Pour éviter ceci, il ne faut pas faire cela. Voilà tout simple, sinon, c’est de l’autoritarisme aveugle !

Que dire de ce contrat de cession (ou de concession) du port, que l’on ne tient pas à mettre à la connaissance du public pour cesser la contestation ? Les syndicats et les travailleurs ont-ils raison, ou pas, de s’opposer à cette nébuleuse ? Va-t-on les arrêter pour cela, comme lors de la grève des dockers de 1953 ? Les colons français ne les avaient pas gazés, ils ne les avaient pas torturés, ils ne les avaient fait aucun mal physique. Le gouvernement d’un président qui a sillonné monts et vallées du pays à supplier et à promettre des merveilles et qui est élu démocratiquement, va faire ce que le colon n’a pas fait ?

Dire simplement « je ne tolèrerai pas ceci ou cela »… est un langage à ne même pas tenir devant le peuple.

Contrairement à ce qu’on a entendu de Aboubacar Sylla, qui se contente de dire aux oiseaux que le président a suffisamment de légitimité pour prendre les décisions en toute souveraineté, mais son pouvoir ne va pas jusqu’à engager et à hypothéquer un patrimoine national, fût-il élu au suffrage universel. C’est curieusement renversant (à jambes rebindaines) d’entendre cela de la part de quelqu’un qui était hier encore… Qu’à cela ne tienne, mais n’y a-t-il pas une forte odeur de corruption dans cette affaire du port ? On se demande si Kassory n’a pas le nez enchifrené ou s’il n’a pas l’anosmie. La corruption se sent à des encablures du port.

Quant aux 8 millions demandés par le SLECG, si Aboubacar Soumah, en dépit des coupes budgétaires constatées dans la loi de finances rectificative, une banqueroute qui ne dit pas son nom, s’entête à foncer tête baissée sur sa position, c’est quelqu’un ‘’qui ne sait pas ce qu’il ne sait pas’’, c’est-à-dire un fou, il faut le fuir. L’atmosphère sociale est en ébullition, parfois elle s’agite en toute légitimité, parfois elle ressemble à une foucade. Réclamer 8 millions de salaire est une foucade. A combien l’ouvrier informel va-t-il acheter son sac de riz ?

Ce qui saute à l’œil, c’est le manque d’assistance sociale aux populations sinistrées d’un peu partout, notamment à Gaoual, Kankan, Kouroussa et ce gouvernement est censé être à l’écoute des sans voix. Y a-t-il cohérence dans les actions ?

L’accord politique entre le RPG et l’UFDG le 8 août dernier risque de ne rien arranger pour la stabilité dans toutes les communes à l’avenir. La suspicion s’est déjà installée, l’on a rabiboché, mais les rabibochages ne résistent pas à la mauvaise humeur, à la moindre rumeur, au moindre incident, tout peut s’embraser. La Guinée est sur un volcan social qui sommeille. A l’approche des législatives prochaines, rien ne va plus. Les jeux semblent déjà faits. Comment renverser la tendance ?

Quant aux ponts qui s’écroulent comme des châteaux de cartes, le PM pas du tout au courant de ce qui se passe, dit que ce sont des ponts vieux de plus de 60-70 ans, mais pas qu’eux, la passerelle de Gbessia et de Bonfi ont été mal exécutés en 2008, le pont de Ratoma-Kakimbo date de 1978, mais que dire des immeubles en construction, qui s’écroulent ?

Ce qui est aberrant, avec le manque d’eau et d’électricité, la Formation Professionnelle a obtenu un taux d’admission à dormir débout, des chômeurs, en perspective. On ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps.

Dans ces conditions d’échec économique, d’échec social et politique, de violation des libertés démocratiques, Kassory Fofana pourra dire encore aux populations : Wa a lou à kha-kha wali ragnon ? (Laisse-le terminer son œuvre) ?

Enfin, le premier échec a été constaté dès la formation du gouvernement. Personne n’a compris ce qui s’est passé entre Roger Millimono et Oyé Guilavogui. C’est à se demander si le PM est le chef du gouvernement. Cela est passé comme si de rien n’était. Les cent jours n’ont pas été reluisants, les difficultés ne sont pas derrière, il y en aura devant, d’ici octobre …