Ces nouveaux incidents qui ternissent encore l’image de l’aéroport de Bamako

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Au moment où le Mali fait face au terrorisme et à toutes sortes de violences meurtrières intercommunautaires, d’autres personnes choisissent de donner une mauvaise image du pays déjà sérieusement écornée. C’est le cas de certains agents de la police aux frontières à l’aéroport international Président Modibo Keita Senou de Bamako. Décidément, l’incident du 11 novembre dernier lié à l’absence de tout agent de police aux frontières après l’arrivée des passagers d’un vol d’air Mauritanie en provenance de Brazzaville n’a apparemment pas servi de leçon.

Arrivé dans la capitale malienne le mercredi 13 novembre dernier pour couvrir le match qualificatif à la CAN 2021 entre la Mali et la Guinée qui s’est joué le lendemain, nous voilà dans la matinée de ce vendredi 15 novembre devant les box d’enregistrement de la police aux frontières pour faire les formalités d’usage afin d’embarquer dans le vol HF 0713 d’Air Côte d’Ivoire en partance pour Abidjan, ensuite prendre la correspondance pour Conakry.

Au moment où une équipe de journalistes sportifs guinéens patientaient dans la file d’attente, une grosse altercation verbale a éclaté entre un passager guinéen et un agent derrière un box d’enregistrement. Le ton monte assez vite et les esprits s’échauffent rapidement. L’agent en question quitte son poste, agresse physiquement le passager et sans ménagement. D’ailleurs, il est rapido-presto aidé par ses autres collègues présents sur les lieux qui prennent violemment à partie le passager, l’agressent physiquement et verbalement. Le monsieur est poussé au sol par la horde d’agents déchaînés, jeté comme un malpropre dans un ascenseur, puis amené manu militari au commissariat de l’aéroport.

«Quand je me suis présenté devant l’agent pour les formalités, il m’a posé des questions que j’aies jugées très personnelles. Au départ, je l’avais pris comme une plaisanterie. Finalement, je me suis rendu compte qu’il était très au sérieux. Tout de suite je lui ai dit qu’il n’avait pas le droit de me poser ce genre de questions. Il s’est emporté et ça a dégénéré comme vous l’avez suivi. Il n’a pas hésité à me dire que les Guinéens ne respectent pas le Mali», nous a confié le passager en question qui n’est autre que Mady Cissé, le Chef de Bureau du Transit routier inter-États des marchandises dans l’espace CEDEAO à la Chambre de Commerce d’Industrie et d’Artisanat de Guinée qui était en mission officielle à Bamako.

Un journaliste de Guineenews placé en détention puis libéré

Le journaliste Tanou, Diallo à droite sur la photo, lors de la CAN en Egypte en compagine du coach malien

Scandalisé et horrifié, j’ai tout naturellement sorti mon téléphone pour filmer l’incident. Derrière moi, un agent en gilet jaune hurle et m’intime d’arrêter. Sous les conseils de mes confrères et d’autres passagers, je mets fin à l’enregistrement, puis je supprime la courte video sous leur insistance et sollicitation. Finalement avec regret. Quand les agents finissent avec le passager en question, ils viennent sur moi et me somme de les suivre, ce que je refuse dans un premier temps. Du coup, ils appellent des renforts. Quelques minutes plus tard deux robots cops armés jusqu’aux dents débarquent sur les lieux et me conduisent au Commissariat de l’aéroport. Une fois sur place, je suis entendu par un agent de la police judiciaire qui décide de revenir à l’aéroport avec le passager et moi pour visionner le film de l’incident.

De retour au commissariat, il ordonne à des agents zélés de me placer directement en détention. Déchaussé, humilié et privé de toutes mes affaires, je passe près deux heures dans un cachot crasseux, puant et sordide. «Le Mali n’est pas respecté sur le continent. Certains pensent qu’ils sont au dessus des lois dans notre pays. Je jure que je vais vous déférer devant le parquet. Vous allez servir d’exemple à ceux qui viendront demain dans notre pays», fulmine l’agent de la police judiciaire qui ne voulait plus rien entendre, ni comprendre. Après avoir entendu Mady Cissé sur PV, il décide de faire autant avec moi. Entre temps, il reçoit des appels téléphoniques qui lui font rapidement changer d’avis. Nous sommes libres. On peut continuer notre voyage.

Tanou Diallo, envoyé spécial de Guineenews à Bamako