Chérif Bah : sa détention, les ressenties à l’UFDG et chez lui, son anniversaire, Mme Bah à cœur ouvert à Guinéenews

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Parmi les militants et responsables de l’opposition politique en détention depuis bientôt trois mois, Ibrahima Chérif Bah, vice-président de l’Ufdg (Union des forces démocratiques de Guinée) vient de passer son anniversaire en prison. Dans une interview accordée à Guineenews, Mme. Bah Hadja Maïmouna est revenue sur le récent anniversaire de son mari, des moments difficiles pour sa famille et ses proches. L’épouse du Vice-président en charge de la communication de l’Ufdg a également dénoncé l’intimidation politique dont les opposants font l’objet, tout en demandant au pouvoir la mise en liberté de ces derniers… Lisez !

Guinéenews :  le 21 janvier est un jour très spécial pour votre famille et l’est particulièrement cette année. Et vous l’avez fait savoir sur les réseaux. Est-ce que vous pouvez revenir sur cette particularité ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : merci de me donner l’opportunité de parler de cette journée aussi importante comme vous venez de le dire pour notre famille. Effectivement en temps normal, c’est un jour très important. Parce que c’est l’anniversaire de mon époux. Normalement, c’est un jour qui est très agréable pour nous, que nous fêtons toujours en famille, soit souvent à la maison, avec des surprises, des cadeaux et un gâteau. Ou alors on se déplace dans un restaurant pour fêter ce jour. Malheureusement, cette année mon mari est loin de tout le monde. Il est incarcéré à la Maison centrale. Nous n’avons pas pu fêter avec lui. Et je puis vous assurer que ça a été très dur pour moi et surtout ma première fille qui est présente actuellement en Guinée. Donc cette absence de M. Chérif Bah a été péniblement ressentie par les siens.

Guinéenews :  et dans les faits, cette peine comment s’est-elle ressentie, expliquez-nous un peu ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : vous savez, quand une personne qui vous est chère n’est pas à côté de vous, c’est pénible. C’est vraiment pénible ! Surtout depuis qu’on s’est mariés, c’est la première fois qu’on s’est séparé aussi longtemps…

Guinéenews :  est-ce que les chefs d’accusation ne rendent pas la situation un peu plus difficile ?

 Mme. Bah, Maïmouna Diallo : absolument ! Surtout quand nous savons que cette arrestation ne repose sur rien. Il est accusé de bout en bout. Et c’est de l’injustice, ça fait plus mal ! Et ce jour donc, on a été obligés de fêter sans lui. Un a fait un gâteau à la maison pour juste symboliquement célébrer ce grand jour. Et nous lui avons envoyé un message pour le rassurer que nous sommes de cœur avec lui, que nous ne l’avons pas oublié et que nous n’allons pas du tout l’oublier, quelles que soient les circonstances.

Guinéenews : vous avez dû le voir pour lui transmettre ce message ? Alors comment il se sentait, est-ce qu’en retour, il vous a confié un message (réponse) à transmettre à la famille, aux amis et à tous ceux qui le soutiennent dans ces moments difficiles ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : vous savez, mon mari est un homme sincère, loyal et foncièrement honnête. Aujourd’hui, je puis vous dire qu’il souffre plus du fait d’être là-bas et de savoir qu’il y a des personnes qui souffrent à cause de ça. Donc, il a été très heureux de savoir que nous avons pu faire quelque chose à l’occasion de son anniversaire. Il a été touché et vraiment réconforté. Mais une fois encore, il est plus soucieux de notre situation, nous qui sommes en train de nous faire du souci pour lui, que de sa propre situation.

Guinéenews : dans cette situation, vous avez dit que c’est de l’injustice. Comment il prend tout cela ?  Est-ce en se disant que ce sont des compatriotes, c’est un pouvoir qui est en train d’user de la force qui lui est confiée pour infliger ce genre de difficulté à lui et à d’autres ? Est-ce que c’est comme ça qu’il prend les choses ou bien quel est son sentiment là-dessus ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : mon mari est très humble et comme je l’ai dit tantôt, il est très croyant. Il s’est dit tout simplement que Dieu l’a voulu ainsi. Et étant persuadé qu’il n’a rien fait de mal, tout en étant en accord avec sa conscience, il ne se fait pas de la mauvaise bile. Il est tranquille. Il sait que c’est de l’injustice. Il ne se rapproche rien. Les gens qui l’ont mis en prison, le jour qu’ils voudront, ils vont le libérer. Mais en tout cas, ils ne vont jamais prouver qu’il est coupable de quoi que ce soit. Cela le réconforte à plus d’un titre. Je vous dis aujourd’hui que s’il souffre de quelque chose, c’est de savoir qu’il y a des gens qui souffrent à cause de lui. Cela lui fait plus mal que son arrestation. Il sait ce qu’il représente pour sa famille. Il sait combien de personnes sont peinées pour sa présence en prison. Et lui-même, il se dit quelque part que ce n’est pas sa place. Tout ce qu’il a fait dans sa vie, c’est pour ne pas allez en prison. C’est pour ne pas être dans cette situation de disgrâce. Vraiment, il est trop peiné pour ça. Il a le cœur tranquille, le moral qui tient…

Guinéenews : mais est-ce qu’il est surpris de la durée que cette détention est en train de prendre ? Il a été arrêté depuis novembre, est-ce que vous vous attendiez à ce que sa détention dure ainsi ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : absolument pas. Je pensais qu’ils ont voulu les arrêter et qu’ils l’ont comme d’habitude pour prouver qu’ils sont les plus forts… mais qu’ils n’auraient pas pris la responsabilité de garder tout ce temps des personnes innocentes en prison. Lui, ne s’attendait pas à cela et personne d’autre ne s’y attendait non plus.

Guinéenews : toujours parlant de cette détention, mais au niveau de votre famille politique, dans l’opinion, il y a des critiques. Même à un certain niveau du parti, il y des voix qui se sont élevées à l’encontre des responsables du parti qui ne s’impliqueraient pas suffisamment pour soutenir M. Bah et les autres qui sont en détention comme lui. Est-ce que vous partagez ce sentiment ou bien vous en avez une autre lecture ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : je pense qu’il ne faut pas céder à l’émotion. Au stade où se trouve l’Ufdg, la situation est très délicate. Chacun a sa façon de percevoir et d’analyser cette situation. Vous savez combien de fois les militants et sympathisants de l’Ufdg sont persécutés aujourd’hui. On a l’impression que le seul but aujourd’hui, c’est de tuer l’Ufdg, c’est de le détruire. Dans cet élan, il y a beaucoup d’intimidations qui se font. Et chacun a sa façon de vivre cette situation. Mais ce que je puis vous dire, ce dont je suis sûre, c’est que j’ai confiance en la loyauté et à l’engagement des cadres de l’Ufdg. Parce que depuis que monsieur Alpha Condé est au pouvoir, il y a eu beaucoup de migrations vers le RPG mais jamais un militant de souche de l’Ufdg n’a migré vers le RPG. Ils ont tout fait. Ça veut dire que c’est des militants qui sont là par conviction. Ce sont des militants qui sont là parce qu’ils ont à cœur le projet de société de l’Ufdg. Et ils ont confiance au président de ce parti. Donc, tout ce qui est en train de se dire, c’est dans le cadre de disloquer l’Ufdg. Mais rassurez-vous que tous les militants, les vrais militants de l’Ufdg, je crois en leur engagement et en leur loyauté.

Guinéenews : pour terminer, avez-vous un message à l’endroit de votre époux et à tous ceux qui le soutiennent et pourquoi pas à l’endroit du pouvoir que vous accusez d’être en train d’infliger du mal à des citoyens, à des acteurs politiques pour leurs opinions ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : ce que je puis dire aux parents et amis de monsieur Bah et de tous ses codétenus, c’est de rester sereins, de savoir que tout est passager dans la vie. Qu’aujourd’hui, ils sont en prison mais tout finit par finir. Que tout le monde sait qu’ils sont victimes d’injustice. Je suis sûre d’une chose, c’est que tôt ou tard la vérité triomphera. Ce que je peux demander au pouvoir, c’est de libérer ces pauvres citoyens. Ils n’en ont que trop souffert. Ils ont été très éprouvés, surtout quand on sait que c’est vraiment de l’intimidation et de l’accusation pure et dure. Parce que si ce n’était pas le cas, ce n’était pas la peine de les garder en prison. Ce sont des personnalités de ce pays. Ils ne peuvent pas fuir comme des petits bandits… La preuve, on a parlé combien de temps sur les ondes qu’ils vont les arrêter. Mais finalement ce sont eux-mêmes qui sont allés se présenter. Cela veut dire que ce ne sont pas des gens qui vont fuir. Vous pouvez les laisser rentrer chez eux, les garder sous contrôle judiciaire et leur demander de venir se présenter…

Guinéenews : mais pour monsieur Bah, ils sont venus le chercher à la maison ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : Oui… Si vraiment on leur reproche quelque chose et qu’ils aient confiance dans la justice, qu’ils laissent la justice faire son travail comme ils le disent. S’ils sont coupables, en ce moment, ils seront condamnés et envoyés en prison. Mais au moins qu’ils ne souffrent pas si jamais, ce sont des victimes, si jamais ils ne sont pas coupables. Pour le moment, c’est ce que j’ai à demander. Parce que nous sommes tous des enfants de ce pays. Nous n’avons nulle part où aller. Surtout quand je vois toutes ces personnes en prison. Si je prends le cas d’Abdoulaye Bah, il était à l’étranger. Il a préféré rentrer dans son pays. Même Gaoual, il était à l’étranger il a préféré rentrer dans son pays. Mon mari il a fait une partie de ses études aux Etats-Unis… Quand il a fini, jusqu’aujourd’hui dans son école, il y a son nom parmi les meilleurs… Tous les Guinéens qui ont fréquenté cette école sont revenus me dire « on est fier de ton mari. » C’est juste pour vous dire combien on lui a fait la cour pour qu’il reste à l’extérieur. Les institutions, quand il a fini ses études… il a eu toutes les opportunités mais il n’a jamais voulu.

Guinéenews : vous vous souvenez du nom de cette école ?

Mme. Bah, Maïmouna Diallo : c’est une école qui est au Colorado. Je ne me souviens pas du nom mais, il y a beaucoup de cadres qui ont fait cette école et quand ils rentrent, ils nous disent qu’on a vu la photo de ton mari là-bas. Jusqu’aujourd’hui, il est imbattable là-bas. Si ce sont des symboles de notre pays comme ça qu’on prend et qu’on mette en prison…, on est vraiment tombé très bas. Je me souviens encore quand il a été nommé gouverneur de la Banque Centrale, cette école lui a envoyé une lettre de félicitations pour dire que jusqu’aujourd’hui, ils sont en train de le suivre… Donc à mon avis, ce n’est pas la peine qu’on s’autodétruise. On a besoin de tout le monde pour construire ce pays. Surtout pour ceux qui en ont la capacité et les compétences. Il ne sert à rien d’allumer le feu entre nous. Parce que ce pays-là, c’est nous seulement qui allons le bâtir. Ce n’est pas la peine d’aller de frustration en frustration. Il faudrait qu’on se regarde comme des vrais frères et non en chiens de faïence… Et le seul retard de ce pays est dû au fait que le Guinéen n’aime pas le Guinéen. Le Guinéen veut toujours voir son prochain dans la misère. Au lieu de se tirer vers là-haut, tout le monde se tire vers le bas. Et je crois que c’est le vrai problème de notre pays. Donc vraiment, trop c’est trop ! On en a assez et ça suffit !

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Entretien réalisé par Thierno Souleymane Diallo en collaboration avec Alhassane Bah

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