Chèvres importées du Niger : Dr Telliano dévoile ses recettes pour leur survie à Kissidougou

0
1955

A Kissidougou, Dr Théophile Telliano l’un des bénéficiaires de l’initiative présidentielle portant sur les chèvres importées du Niger est le seul à avoir encore son cheptel en place, contrairement aux autres dont les animaux ont été décimés par les mauvaises conditions d’adaptation. Dans cet entretien accordé à notre reporter, ce médecin de profession dévoile les recettes qui lui ont permis de tenir le coup, là où les autres bénéficiaires ont échoué.

Guineenews©: Bonjour, Dr. Théophile, nous voyons  des chèvres d’origine étrangère chez vous, parlez-nous en, surtout comment vous avez pu avoir les avoir?

Dr. Théophile: Ces chèvres sont venues donc du Niger, de la région de Maradi, c’est pour cela que les gens les appellent les « chèvres de Maradi ». Le Pr. Alpha Condé a eu cette belle initiative de faire importer ces chèvres là pour trois raisons: la toute première raison, alors cette chèvre-là est appelée vers les pays du Sahel là-bas; la vache du pauvre. Premièrement, c’est des chèvres qui sont très très reproductrices.  Elles peuvent faire deux à trois voire quatre petits par mise bas. Et puis c’est des chèvres qui sont très grandes. Cette productivité augmente très vite le cheptel. Donc, voir ça plusieurs fois par an, le revenu peut dépasser celui d’une vache qui va mettre  bas une fois ou deux fois  par an ou encore une fois tous les deux ans. Vraiment, ces chèvres-là ont un grand poids. Un bouc peut aller jusqu’à 60 kilogrammes. C’est là aussi une de leur particularité.

Guineenews© : Quelle est aussi la particularité de ces chèvres?

Dr.Théophile: C’est une chèvre qui produit du lait. On peut avoir un demi-litre de lait jusqu’à un litre  par jour. Et puis un lait  très  très  riche qui peut être même bon pour l’accompagnement des enfants qui n’ont pas des mères. Vous savez le lait de la chèvre n’est  pas très loin du lait maternelle.

Guineenews©: Quels sont vos constats depuis que vous avez reçu ces chèvres par rapport à leur élévation?

Dr. Théophile: Maintenant, ce qui a été mon constat  dans ça, le problème d’acclimatation pour nous qui sommes vers la  Forêt ici a été très  difficile. Presque tout le monde a perdu le noyau qu’ils avaient reçu. Mais moi, étant un amoureux de l’élevage et pensant aussi à mes bases,  parce que je suis biologiste, je suis médecin et j’arrive à accompagner tout ce que je veux pour l’entretien et les soins et consort! Alors,  j’ai pu maintenir mon noyau. Comme les chèvres sont venues, il y a maintenant un an et demi. Bientôt, donc ces chèvres-là sont déjà adaptées. C’est leur deuxième saison pluvieuse qui vient maintenant. Certains en ont perdu peut être dû au problème de logements, les conditions climatiques mais vous avez vu chez moi les chèvres sont dans un lieu très sec et avec l’accompagnement que nous faisons.

Guineenews©: Maintenant, parlez-nous de vos propres initiatives?

Dr. Théophile: J’ai essayé de tenter vers un croisement. Mais je me réserve de vous dire d’abord le résultat parce que je ne suis pas vétérinaire, les scientifiques vous le diront plus tard. Mais on dirait qu’on a l’air de réussir, parce qu’on a déjà fait venir pour une première fois deux chèvres locales. Mais malgré tout avec nos petites chèvres naines ici, j’ai réussi à faire le croisement sur deux chèvres. Ces deux chèvres ont déjà mis bas les petits. Vous avez vu ces métis  là non.

Guineenews©: Quel est le genre de nourritures que vous donnez à vos chèvres?

Dr. Théophile: Moi, j’ai nourri les chèvres à base de deux choses seulement. Premièrement, à partir des herbes, des herbes que j’ai pu trier qui sont des herbes vraiment aimées de ces chèvres. Il y a par exemple, l’herbe que vous avez vu là-bas qu’on appelle en Malinké  » Bakonko » et d’autres herbes aussi qui sont très succulentes que les Peuls appellent  » Pellitoro », puis on les accompagne un peu avec les sondes de maïs mis avec un peu de sel. Mais, on a constaté que les animaux s’engraissent beaucoup. Le vétérinaire qui nous  accompagnait, avait vu, on a perdu jusqu’à quatre et la cause du décès était la graisse. Donc c’est avec cette expérience que nous sommes en train de réussir.

Guineenews©: Nous savons que vous n’étiez pas le seul bénéficiaire de ces chèvres à Kissidougou et vous avez pu maintenir votre cheptel, est-ce que vous avez les nouvelles des autres bénéficiaires?

Dr. Théophile: Présentement les autres bénéficiaires ont presque tout perdu. Peut-être le suivi ou l’accompagnement n’a pas été ça. Alors, à Kissidougou il y avait près de dix qui en avaient bénéficié. Nous étions dix à bénéficier mais je vous l’avoue de nos jours, je ne pense pas s’il y a   quelqu’un qui en a maintenant. Les raisons de leur échec, il y a non seulement le problème alimentaire qui a été très difficile, mais aussi  le problème d’abris. Mais là,  je donne tort aux éleveurs là parce qu’on a été accompagnés et à temps opportun pour le  faire. L’état avait  quand même  joué son rôle, le ministère de l’Elevage avait aussi joué son rôle. Ils ont transmis ce qu’ils ont reçu de l’État pour qu’on puisse poser les bases. Vous avez vu, je fais ici un semi- artisanat. A Kissidougou, nous avons eu 60 chèvres et quelques mais de nos jours, je pense qu’il n’y a que mon noyau qui est là.

Guineenews©: Certaines chèvres arrivent à tomber malades, comment arrivez-vous  à vous procurer des médicaments pour les soigner?

Dr Théophile : On a des difficultés pour avoir les médicaments de ces chèvres. L’autre difficulté qu’on a, il faut dire que c’est ce que certains  ont vu. C’est d’avoir des vétérinaires à notre appui. Qui doivent venir, moi je suis médecin, seulement je suis amoureux de l’élevage mais surtout d’accompagner l’initiative présidentielle. Mais c’est l’assistance qui manque un peu. L’État a beaucoup fait pour faire venir ces chèvres, accompagner les bénéficiaires avec leurs abris. Mais ce qui manque, c’est le suivi.

Guineenews©: quel est le message que vous avez à lancer à l’endroit de l’État?

Dr. Théophile: je fais un appel très prêchant. Il faut que les spécialistes s’y mettent pour suivre l’initiative du Président de la République. Peut-être ils n’ont pas des moyens mais là, ça doit être discuté à un lieu plus haut. Donc,  l’État doit continuer son œuvre en appuyant  les éleveurs pour éviter de faire des dépenses inutiles. J’invite l’État a achevé son œuvre. C’est à dire de doter le ministère de l’Elevage des moyens pour qu’ils puissent aller aussi au niveau des bénéficiaires, des éleveurs. Vraiment,  ça doit être dans tout le domaine de l’élevage. Il faut encore que le gouvernement accompagne les éleveurs à faire l’élevage intensif, mettre les animaux dans les enclos. Enfin, il faut faire des usines d’alimentation des bétails. Alors, c’est ça seulement qui peut développer et multiplier vite le cheptel de toutes les spéculations.