Circulation routière : ces pneus usés jusqu’à la corde, qui causent des accidents

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Une lecture de jeunesse me revient encore à l’esprit. Il s’agit d’une nouvelle, titrée: ‘Plaie de pneu peut être mortelle’, publiée dans les années 70, dans une célèbre revue américaine.

Les arguments étalés dans ce document donnaient à comprendre l’importance d’un  pneumatique sur un véhicule. Mais, l’accent était surtout mis sur le danger qu’il y avait à utiliser des pneus en mauvais état.

Lorsqu’ils ne répondent pas aux normes prescrites par le constructeur et aux exigences de la règlementation en vigueur, les pneus peuvent être à l’origine d’accidents graves de la circulation.

Aujourd’hui encore, malgré l’usure du temps et la différence de contexte, la pertinence du sujet n’est en rien érodée. Elle s’applique à notre pays. Les ‘plaies’ de pneumatiques existent et posent des problèmes. Cela se vérifie régulièrement sur le réseau inter urbain, où les automobilistes roulent à vitesse élevée. Tendance accentuée sur les axes routiers bitumés comprenant de nombreuses zones au tracé rectiligne s’étendant sur des kilomètres. La preuve manifeste est donnée sur les routes entre Dubréka- Boké et Kouroussa- Kankan, pour ne citer que ces deux cas. On y enregistre assez souvent des accidents dus à des problèmes de pneumatiques, notamment des éclatements. Il n’est pas rare de voir des lambeaux de pneus ou de longues traces de dérapages, témoins de bien de situations graves qui s’y sont produites.

Nous comptons entreprendre  une série de réflexions sur le sujet. Mais avant, quelques approches préliminaires semblent nécessaires pour une compréhension, même sommaire de la thématique.

Un véhicule automobile, quel qu’il soit, n’a de contact avec la route que par ses pneus. Ils lui permettent entre autres de se guider, de porter des charges, de transmettre l’énergie motrice, d’amortir les secousses, de rouler… La fabrication de pneus a connu une évolution qui a amélioré la sécurité routière. La structure diagonale a cédé la place à celle radiale et le pneu chambré (tube type) a disparu au profit de celui non chambré (tubeless). Cela a notoirement réduit les risques d’éclatement pendant le roulage. Sans les enrayer définitivement, pour autant. Pour que les pneus jouent bien leur rôle, ils doivent être neufs ou, à tout le moins, en bon état. Un indicateur d’usure dont les dimensions varient selon des  critères liés au type de pneu et au véhicule auquel il est destiné, est identifiable sur le flanc et à des niveaux précis dans les rainures de la bande de roulement. Il constitue le seuil limite toléré pour l’usage dudit pneu sur un véhicule. Cela est strictement observé en Europe et dans maints autres pays à travers le monde. Une fois ce repère atteint, l’automobiliste est tenu de renouveler le pneu dont l’utilisation est désormais jugée dangereuse pour la circulation. En effet, il n’adhère plus bien à la chaussée, ne freine plus convenablement. Il peut se déchirer ou éclater à tout moment, surtout s’il est mal gonflé, ou soumis à grande vitesse ou forte charge.

Hélas, reconnaissons d’emblée que la réalité est toute autre chez nous. Beaucoup  diront que tous ces arguments avancés sont bons pour les pays des blancs. Ils vont réfuter toutes ces théories à l’envi et poser une question en deux temps:

Combien coûte un pneu neuf pour voiture ?Autour de un million de nos francs pour la gamme moyenne.

Qui peut en acheter cinq à la fois, pour équiper sa voiture? ……. (Pas de réponse).

Ils sont rares, ceux qui en sont capables. Ce n’est sans doute pas l’usager lambda qui dira le contraire, va-t-on répondre.

Cette réflexion est à prendre en compte. Elle semble expliquer la réalité qui a cours chez nous et dans certains pays limitrophes. La prolifération des pneus d’occasion. Nous pouvons dire sans exagérer que plus de 90 % des automobilistes de chez nous ‘chaussent’ ce type de pneus.

Les européens s’en débarrassent avec plaisir. Nous leur servons de récepteurs de colis encombrants et polluants, qu’ils ne peuvent recycler chez eux. Il reste entendu que dans ce vrac, il y a de rares cas de pneus encore utilisables qui arrivent chez nous, provenant de véhicules en bon état, accidentés, mis en vente, ou détachés à la casse. Toujours est-il que le gros lot de ces occasions est composé de pneus à risque. Il y en a même qui les achètent en seconde main, parfois usés jusqu’à la corde ou lisses comme une peau de banane.

On en trouve aussi qui sont ‘à clous’, un type qui n’est utilisé que pendant l’hiver ! Quoiqu’étant absolument inadaptés à notre contexte, ils sont vendus quand même. Les véhicules qui les ‘chaussent’ sont reconnaissables au cliquetis caractéristique des clous sur la chaussée. Laquelle souffre de ces petites perforations qui l’endommagent, l’air de rien.

La répétition est pédagogie.  Chez nous, les véhicules légers et les gros camions sont tous  équipés de pneus d’occasion. Quand en plus, on ne les soumet à aucun contrôle ou entretien et qu’on roule avec, non seulement à grande vitesse, mais aussi une charge excessive, on ne doit pas s’étonner qu’ils éclatent pendant le roulage et soient la cause d’accidents graves.

Assurément, « Plaie de pneu peut être mortelle. »