Circulation routière : Kaloum, prototype de ville saturée, à la limite de l’étouffement

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Plus d’un pourrait frémir à l’évocation d’une pareille perspective. Et pourtant, à voir l’assaut quotidien dont cette presqu’île est l’objet, on peut dire aisément qu’on est loin de l’exagération.

Experts, urbanistes, citoyens, tous conviennent que Kaloum étouffe chaque jour un peu plus de son trop plein de circulation. Cette évidence n’est pas pour induire une peur ou un désarroi quelconque. Elle constitue plutôt une alerte pour interpeller les décideurs sur un sujet qu’ils maîtrisent sans doute parfaitement bien, mais qui gagnerait à être pris en compte en tant qu’urgence à gérer sans attendre outre mesure.

Chaque matin, c’est par milliers que des personnes à bord de véhicules de toutes sortes s’engouffrent littéralement dans ce lieu de convergence qu’aucun citoyen ne souhaiterait manquer de fréquenter, s’il lui en était donné le choix.

Pour quelqu’un qui visite notre pays, la première image qu’il retient d’emblée, c’est cette rotation permanente entre la presqu’île de Kaloum et le reste de la capitale. Un mouvement de va et vient incessant qui génère quelque fois, aux heures de pointe, des embouteillages que le pire des pessimistes ne pourrait espérer vivre.

Kaloum est le point de ralliement quotidien obligé pour bien de gens de Conakry et même plus loin, de Coyah, Dubréka et peut être même, si le réseau routier s’y prêtait, de Kindia, Boffa et Forécariah. Pour les habitants de la banlieue, il en a toujours été ainsi. A des échelles variables cependant.

Kaloum est la commune qui abrite tous les grands symboles de l’Etat, mais aussi les centres d’intérêt économique ou social. Partant, elle constitue un attrait majeur pour la majorité des citoyens qui doivent nécessairement, sinon obligatoirement, la fréquenter tous les jours ouvrables de la semaine. Pour régler des problèmes divers, liés à la vie de tous les jours. Ainsi rencontre-t-on des citoyens qui sollicitent l’une ou l’autre des nombreuses institutions qui y sont établies : Présidence, primature, assemblée nationale, institutions républicaines, départements ministériels, services publics, banques centrale et primaires, centres d’affaires, agences de voyage, port autonome, dépôts d’hydrocarbures… La liste est longue. S’y ajoute le marché Niger, le second en importance après Madina, le CHU Ignace Deen qui vient juste après celui de Donka. Tous ces lieux constituent des centres d’intérêt et points d’attraction qui mobilisent non seulement du monde mais aussi des moyens de locomotion.  Ainsi Kaloum connait un intense mouvement de flux et de reflux qui se répète chaque jour. Beaucoup de citoyens pensent que la pérennité de cette situation de montée et descente à vous donner le tournis tient au fait que la commune reste essentiellement un centre d’affaires plutôt qu’une zone résidentielle.  Autrement, à leur avis, tout se serait arrêté depuis, la ville ne pouvant assumer ces deux rôles à la fois. Elle aurait été congestionnée à bloc, sans possibilité de circulation. Et ce problème aurait pris tout le monde de court, comme à la gorge. Un vrai scénario de total chamboulement qui aurait forcément nécessité une solution d’urgence. Peut être même qu’on en aurait fini avec cette grande équation dont on parle déjà depuis bien longtemps : la délocalisation de l’administration vers le centre directionnel de Koloma. L’attentisme observé jusque-là ne peut être interprété que comme une pause transitoire dont la limite ne saurait tarder à se signaler à tous.

D’ici là, ce sont cinq routes en provenance de la banlieue qui déversent chaque matin leur flot de véhicules dans la seule commune.  Un entonnoir dont le sas se situe au pont Liberté. Les matins, ce culot s’étrique pour ne permettre l’entrée que par la seule route qui longe le palais du peuple par le nord. Plan de circulation oblige ! Le soir, le même processus reprend en sens inverse. Cette fois, le sas du pont Liberté s’évase un peu plus pour servir d’exutoire, comme un accélérateur par lequel de nombreux citoyens stressés et exténués se libèrent de leur relative claustrophobie, accumulée des heures durant dans les bureaux. Et c’est alors la ruée vers les domiciles respectifs, pour espérer retrouver quelque sérénité auprès des siens, par les deux corniches nord et sud et par la route de Donka, l’autoroute et le Niger. Avec le stress accumulé et les risques d’accident qui vont avec !

Voici pour l’alternance des mouvements que génère chaque jour ce cycle rotatif qui s’impose à tous ceux qui veulent entrer dans Kaloum et en sortir.

Pour accéder aisément dans cette commune, l’astuce trouvée est de se lever dès cinq heures le matin, et prier quand on y arrive, d’avoir une place libre pour garer son véhicule. Toutes les aires de stationnement envisageables sont déclarées réservées par des panneaux mobiles ou des chaînes. A la limite de la privatisation d’un espace public ! On se n’en étonne sans jamais avoir la moindre explication. A vous de tourner jusqu’à tomber sur le bon endroit. Là où vous ne risquez ni le vol, ni la grue de la police routière à l’affût des véhicules mal garés. Ceci fait, vous ne retrouverez votre véhicule qu’en fin d’après-midi. Pour encore une autre hantise : comment rentrer à temps et en sécurité à la maison avec toute cette saturation ?

Pendant ce temps, toute la journée, la circulation reste paralysée en maints endroits avec des gens coincés à bord de leurs véhicules, des coups de klaxon rageurs et stridents, des cris, des invectives. Sur la corniche nord, jusqu’au port, sur la route qui passe devant le Ministère de la jeunesse et parfois sur le Niger en direction du Palais du Peuple, c’est le règne des camions semi-remorque.  Tout est obstrué. Sur les voiries primaires, du port vers la banque centrale et plus loin vers Ignace Deen ou le marché Niger, c’est le cumul des embouteillages, vu l’intense sollicitation des nombreux centres d’affaires qui y foisonnent. Une fois pris dans cet étau, vous rentrez dans la tourmente. Des moments difficiles pendant lesquels votre véhicule ne vous est plus d’aucune utilité.  Vous réglez l’essentiel de vos problèmes par le téléphone ou sinon…à pieds ! Une alternative bonne pour la santé dirait le médecin, avec tous ces stress accumulés ! Si seulement on s’en rendait compte et on l’acceptait. Hélas, l’unanimité dans ce domaine n’est pas au rendez-vous. Tout le monde n’agrée pas la thèse du ‘‘marcher pour garder la forme’’. Du coup, voilà que les problèmes se superposent. Celui qui est bloqué et qui a réprouve l’idée d’aller à pieds cherche aussitôt un palliatif. Il saute sur la première occasion pour garnir son programme. Entre taxis urbains et motos il n’a que l’embarras du choix et le voilà à nouveau relancé pour faire prospérer les embouteillages qui essaiment sur la ville entière.

Cette presqu’île de Kaloum aux charmes, naguère évoqués avec lyrisme et nostalgie, comme une supplique touristique, ne devait pas mériter un tel sort. Elle qui est le prototype parfait d’une ville moderne. Une ville tracée en damier avec 12 avenues, est-ouest que coupent 12 boulevards dans le sens nord-sud. Cette ville ceinturée par deux belles corniches qui offrent une vue magnifique de l’océan qui les bordent. Elle a tous les atouts pour être belle. Tous ceux qui l’ont survolée vous le diront. Encore plus, ceux qui y ont vécu avant cette étreinte qui l’asphyxie aujourd’hui. Elle qui, depuis l’époque coloniale, avait été sacrée perle de la côte ouest africaine. Une épithète qu’elle est en train de perdre hélas, progressivement en raison de tous les maux qui la ternissent depuis quelques années.

Il est à lui souhaiter de resplendir encore davantage en se sortant de cet état de congestion quasi générale qui l’étouffe aujourd’hui. Et le plus tôt serait le mieux. Pour le bonheur de tous.

N’est-ce pas que nous souhaitons tous voir notre perle se dorer du mieux possible, resplendir à nouveau de mille feux et exhaler au gré des marées et du souffle de la mousson, son encens envoûtant dans ses feuillages reverdis ?

Image idyllique sans doute, mais que les amoureux de Kaloum partageront bien !