Circulation routière: Mamou renoue avec les accidents

septembre 28, 2018 4:23
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En matière d’accidents de la circulation, le peloton de tête alterne entre Kindia, Mamou et la zone de Coyah-Dubréka-Boké. C’est du moins, ce que révèle le commandement de la gendarmerie routière.

La même source nous apprend que depuis  plusieurs années les préfectures ou régions citées plus haut sont réputées être les plus à risque pour les usagers de la route en rase campagne. Ceci est largement étayé par les statistiques annuelles d’accidents établies  par le commandement de la gendarmerie et les huit compagnies sécurité routière relevant de son autorité et basées à l’intérieur du pays.

En attendant le mois de décembre prochain pour connaître la région la plus touchée cette année, les regards se tournent vers Mamou qui a enregistré, en seulement trois jours, trois accidents mortels de la circulation avec un total de 05 morts et plusieurs blessés graves. C’était dans la seconde décade du mois en cours.

Le premier accident est survenu dans le centre urbain, domaine de la police et les deux autres en rase campagne, secteur tenu par la gendarmerie. Une similitude dans la typologie des véhicules en cause est apparue dans deux de ces accidents qui ont chacun résulté d’une collision entre camion et minibus.

Votre quotidien électronique Guinéenews a déjà rapporté le premier accident survenu à Madina-scierie, à la sortie de Mamou vers Kindia. Une femme y a trouvé la mort et plusieurs personnes ont été grièvement blessées. D’après les passagers, le conducteur du minibus incriminé roulait à toute allure. Pire, il buvait de la bière en boîte pendant le roulage. L’une après l’autre, de manière flagrante. Sans se gêner le moins du monde, soutiennent-ils!

C’est dans ces circonstances inqualifiables qu’il a rencontré un camion, dans un virage mal négocié. La suite est connue.

Hélas, la liste ne s’arrête pas là ! Quelques heures après, un autre accident mortel est survenu au PK 45 en direction de Dalaba, dans la localité de Oukkordè, sous-préfecture de Boulliwel.

Selon le chef d’escadron Yakouba Soumah, commandant adjoint de la compagnie sécurité routière de Mamou, ce second cas résulte d’une collision entre un camion semi remorque immatriculé RC6935 R et RC1128 R en provenance de Dalaba pour Mamou et un minibus immatriculé RC1394 N, conduit par Diallo Mamadou Lamarana, en provenance de Mamou pour Dalaba, avec 18 passagers.

L’officier adjoint explique qu’aux environs de 23 heures, Kanté Mamoudou, le chauffeur du camion semi remorque roulait à vive allure sur une descente assez abrupte, lorsqu’il a aperçu le  minibus venant en sens inverse, qu’il doit nécessairement croiser. Il tente alors de réduire sa vitesse. En vain, plus de freins! Le système est inopérationnel.

Vient s’ajouter une autre circonstance : les lieux sont caractérisés par la présence de nombreux et  profonds ravins qui bordent la route en maints endroits. Ce qui, en toute probabilité, a dissuadé le camionneur de trop serrer à droite. Il circulait donc au milieu de la chaussée. L’espace restant ne pouvant contenir les deux véhicules, la loi du plus fort a prévalu. Le plus faible (le minibus) devait nécessairement trouver où se mettre, au plus vite ! Or, il était déjà à la limite de la chaussée. Il n’avait nulle part où se placer. Pendant ce temps, chaque seconde le rapprochait du danger. Placé devant ce périlleux et imminent dilemme, le chauffeur a connu le summum  de la peur. Les mains arc-boutées sur le volant, le regard hébété, il a vu le mastodonte arriver droit sur son véhicule. Conscient de l’accrochage inévitable qui va se produire, il est resté pétrifié, tétanisé, attendant la fin. L’instant a dû être bref, mais terrible ! Carrosserie contre carrosserie, c’est le minibus et ses occupants qui ont payé le prix fort, explique le chef d’escadron Yakouba Soumah. Trois morts et plusieurs blessés graves, parmi lesquels un qui est dans un état critique, ont été extraits de la carcasse du minibus dont le flanc gauche est fortement embouti, dira-t-il, d’un ton calme perlant l’émotion. On le serait pour moins que ça !

Ce sinistre dénombrement prend fin par l’évocation d’un cas tout aussi bouleversant que les premiers. Il s’agit d’un accident mortel, camion contre moto.

Pour cette autre tragédie, c’est le chef d’escadron Koїkoї Goepogui commandant la compagnie sécurité routière de Mamou qui évoque l’infraction relevée. Elle est la même que celle de l’accident  précédent (camion contre minibus), dira-t-il. Une rupture du système de freinage d’un camion benne qui roulait en direction de Mamou. Le drame s’est produit au PK 40, à l’orée de la sous préfecture de Boulliwel, sur la nationale N05 entre Mamou et Dalaba. A cinq kilomètres du lieu de l’accident du minibus et du camion porte conteneur.

Cette fois, la victime est un militaire: le caporal chef Antoine Kalivogui, en service au bataillon autonome de Mamou.

Le chef d’escadron Koїkoї Goepogui nous précise que le défunt, sur sa moto TVS, non immatriculée, revenait à Mamou en compagnie de son ami et collègue, du même grade, qu’il avait accompagné pour une visite familiale à Dalaba. C’est aux environs de 20 heures 30, pendant que les deux caporaux chefs roulaient tranquillement, rassurés de rejoindre leur base sous peu, qu’ils ont été rejoints par le camion immatriculé RC 3483U dont le conducteur Moussa Yéro Camara, âgé de 21 ans, avait perdu le contrôle par défaut de freins. L’endroit était très pentu. Attiré par un bruit insolite et imprécis qui se produisait derrière eux et un faisceau de phares qui les enveloppait rapidement, le caporal chef, assis à l’arrière de la moto, se rend compte qu’un danger imminent les guette. Dans un réflexe de survie, il saute alors aussitôt et tombe à terre sur le bord de la route. L’instant d’après, le camion arrive et percute par arrière la moto roulant devant lui.  Il la traine avec son conducteur sur quelques mètres, sans s’arrêter. La violence du choc et la nature des lésions n’ont laissé aucune chance de survie au caporal chef Kalivogui qui a rendu l’âme sur les lieux de l’accident. Son ami a eu plus de chance. Il s’en est tiré avec des blessures. Et c’est lui qui a donné l’alerte. Les gendarmes de la BTGN (brigade territoriale de gendarmerie nationale) de Bouliwel, la garde communale et les jeunes de la localité se sont rapidement déployés pour leur porter secours et retrouver le camion qui avait  continué sa course débridée sur plus d’un kilomètre, avant de s’immobiliser.

Parlant des deux accidents survenus dans sa zone de contrôle, le chef d’escadron Koikoi Goepogui, commandant la compagnie sécurité routière de Mamou précise qu’ils ont en commun une seule et même cause: la défaillance du système de freinage des camions incriminés. Pour lui, cela résulte du manque de visite technique. Il en appelle aux autorités compétentes pour sa réinstitution dans les meilleurs délais, estimant que cela réduirait de beaucoup les accidents en rase campagne. Par ailleurs, il lance un appel aux usagers de la route à faire montre de plus de prudence dans la conduite. Leur sécurité sur la route est à ce prix, conclura-t-il.

Un constat s’impose. Les automobilistes, tout en étant les principaux vecteurs d’accident, font peu cas des règles de conduite. Sinon, que dire de ces comportements qui ont entrainé cette série de malheurs: morts d’innocents voyageurs, blessures graves de plusieurs d’entre eux, dégâts matériels importants sur les véhicules et bien d’autres pertes ou détresses pour lesquelles il n’existe aucun indicateur vérifiable. Pour autant, l’espoir reste néanmoins permis de voir nos routes connaître un jour, une circulation apaisée et sécurisée. D’ici là, il faudra indubitablement surmonter maints obstacles et résistances.  Lorsqu’on évoque l’attitude d’un chauffeur qui conduit et boit en même temps, qui utilise un véhicule au système de freinage défectueux, qui pratique délibérément une vitesse excessive, lorsqu’on remarque partout sur nos routes, des usagers qui commettent délibérément des infractions, aussi invraisemblables que vexatoires, on est tout simplement atterré. Et c’est bien ce qui se passe chez nous. Partout, la désinvolture le dispute au laisser-aller et à l’incivisme. Il faut réagir !

 Nul ne doit conduire ou se conduire sur nos routes dans l’indiscipline ou l’irresponsabilité. Chacun en convient. Ce qui manque aujourd’hui pour y arriver et réduire enfin cette anarchie ambiante, c’est d’abord et surtout la sanction, la lutte contre l’impunité. Cette rigueur dans l’application des textes en vigueur doit être mise en avant. Ainsi, s’appuyant sur le renforcement des capacités d’intervention des institutions en charge du secteur de la sécurité routière et sur la formation et le perfectionnement continus des conducteurs, on aura amorcé le catalyseur indispensable pour réduire la foultitude de comportements qui plombent la quiétude souhaitée pour notre circulation.