Commandant Zaoro Albert Balamou, régisseur de la maison centrale de Labé: « A ce jour, nous avons 227 détenus répartis dans 8 cales »

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En vue de lever le doute sur les zones d’ombres qui existent sur les conditions de l’univers carcéral  de Labé, conditions qui sont souvent dénoncées par maints observateurs comme étant en deçà des normes requises en la matière,  votre quotidien électronique Guinéenews a pu accéder au centre pénitencier de la moyenne Guinée (bâti  en 1946 par l’administration coloniale), à la faveur d’un entretien à bâtons rompus avec le commandant Zaoro Albert Balamou, régisseur de la maison centrale de Labé. Lisez :

Guinéenews.org : Bonjour mon commandant, pouvez-vous faire l’historique de cette  prison coloniale, que vous avez la charge de gérer, pour éclairer la lanterne de nos lecteurs ?

Commandant Albert Balamou : Ce sont des prisons construites depuis 1946. A l’époque, les hommes n’étaient pas si nombreux que de nos jours. Aujourd’hui nous sommes nombreux, il y a des problèmes et il fallait que nos autorités essaient de voir comment agrandir la prison. C’est une prison coloniale qui a été construite depuis la période coloniale

Guinéenews.org : En temps normal, combien de détenus peut-elle accueillir ?

Commandant Albert Balamou: A vrai dire il faut prendre entre 150 à 160 détenus au maximum.

Guinéenews.org : De nos jours, c’est quoi le nombre de prisonniers en détention et pour combien de cellules?

Commandant Albert Balamou: A ce jour nous avons deux cent vingt-sept (227) détenus. Bon ici on a huit (8) cales, c’est-à-dire huit chambres qui reçoivent les détenus.

Guinéenews.org : ça  veut dire qu’il y a surpopulation carcérale ?

Commandant Albert Balamou: Bon, actuellement je ne peux pas dire comme ça, parce que c’est l’édifice qu’on a présentement. On se débrouille quand même, ils ont des places où ils passent la nuit paisiblement, sans problème.

Guinéenews.org : Est-ce que les conditions hygiéniques y sont respectées mon commandant?

Commandant Albert Balamou: D’abord nous avons mis sur pied un comité d’hygiène qui fonctionne normalement ; ensuite il y a la propreté dans la cour et dans l’enceinte même de la maison centrale ici. Les détenus ont accès à l’eau potable ; vous voyez, c’est ce panneau (solaire) qui communique avec le forage là pour l’alimentation en eau potable. De ce côté, ils sont à l’aise, ils se lavent régulièrement et chacun se recrée tranquillement dans la cour.

Guinéenews.org : Il y a certainement des filles/femmes parmi ces détenus, est-ce qu’elles vivent dans des chambres séparées des cales masculines?

Commandant Albert Balamou: Nous avons aujourd’hui 5 femmes en détention ici dans la prison civile de Labé. Les enfants sont séparés des grands, les femmes ont leur chambre qui est bien aérée. Les hommes n’ont pas accès à cette chambre.

Guinéenews.org : Peut-on savoir combien d’enfants sont en détention ici à la maison centrale de Labé ?

Commandant Albert Balamou: Les enfants sont aujourd’hui au nombre de 10 personnes.

Guinéenews.org : Vous avez dit que la population carcérale s’élève actuellement à 227 détenus, dites-nous combien de prisonniers pouvez-vous accueillir à la rigueur ?

Commandant Albert Balamou: Bon, de nos jours, on n’a pas le choix. C’est ce qu’on nous envois qu’on peut garder. Mais il s’agit seulement de faire des petites retouches, aménager bien la prison pour éviter qu’il y ait surpopulation. C’est pourquoi, à l’intérieur même des salles on a aménagé des endroits qui n’étaient pas appropriés pour la couchette, mais aujourd’hui c’est adaptable. C’est-à-dire entre les deux allées, on a aménagé de sorte qu’un autre puisse étaler sa natte au milieu et passe la nuit sans problème.

Guinéenews.org : Comment faites-vous pour nourrir tout ce beau monde ?

Commandant Albert Balamou: Très bien, il y a une société qui est chargée de l’approvisionnement en nourriture des détenus de la maison centrale de Labé. Et on a le stock tampon du riz surtout et les autres aliments les plus importants. Ils nous ravitaillent ici régulièrement et les détenus reçoivent le manger suffisamment.

Guinéenews.org : Ils reçoivent combien de plats par jour ?

Commandant Albert Balamou: On a le petit déjeuner le matin et le dîner. Chaque détenu doit bénéficier de 380 grammes comme nourriture quotidienne.

Guinéenews.org : C’est quoi les réalités du côté sanitaire ?

Commandant Albert Balamou: Nous avons une infirmière ; donc à ce niveau on ne se plaint pas. Même ce matin (mercredi, NDLR) j’en parlais avec le parent d’un détenu. Si elle constate qu’un détenu est malade et son état est critique ; nous nous référons à l’hôpital régional. Plus souvent le DPS (directeur préfectoral de la santé) nous aide dans ce sens-là. On envoie le malade et les examens sont pris en charge gratuitement. Donc, de ce côté on n’a vraiment pas de problème.

Guinéenews.org : Enregistrez-vous des bagarres dans la prison ?

Commandant Albert Balamou: Bon, avec tout ce monde vous ne pouvez pas ne pas enregistrer des histoires (conflits) entre eux. Mais ce sont des petits problèmes qui sont mineurs. Nous arrivons quand même à gérer cela et à les réconcilier. Finalement, je ne dis pas à un  agent de frapper un détenu ou d’insulter un détenu. Quand ce genre de problème se pose, si un détenu arrive à blesser son ami ; je demande à ce dernier de formuler une plainte régulière. Au lieu de le maltraiter, on demande à la victime de formuler une plainte régulière, maintenant c’est à la justice d’analyser ou de trouver solution à ce problème parce que, frapper quelqu’un ici n’est pas une bonne chose. Donc, c’est comme ça que nous réagissons.

Guinéenews.org : Enregistrez-vous des évasions ou tentatives d’évasions, mon commandant ?

Commandant Albert Balamou : Depuis que moi je suis là en 2017, j’ai eu à enregistrer deux soulèvements dont vous êtes personnellement informé. Alors, depuis lors, il n’y a rien eu comme incident.

Guinéenews.org : La maison centrale de Labé est-elle alimentée en courant électrique ?

Commandant Albert Balamou: Bon, le courant n’est pas installé à l’intérieur des chambres. Par contre il y a des ventilateurs qui sont installés, mais il n’y a pas d’ampoules dans les chambres, ce n’est pas installé. Dans la cour oui ; il y a une ampoule qui est installé de ce côté pour éclairer.

Guinéenews.org : Souvent on nous fait parvenir des œuvres d’art fabriquées en prison par des détenus ; comment cela se passe-t-il mon commandant?

Commandant Albert Balamou : En clair, il n’y a pas de détenus qui sortent de la prison pour aller exercer un autre travail en ville. Mais, ici au sein de la maison centrale, on avait entamé une pépinière qui est à l’intérieur même de la cour de cette prison. Donc, les détenus recensés à l’époque pour faire ce travail étaient au nombre de 30 personnes. Donc, cette pépinière est toujours là ; et on a constaté que c’est vraiment salutaire. C’est des organisations partenaires qui ont émis ces idées et aujourd’hui on a ces jeunes plants ici, et ça nous a vraiment édifiés. Les détenus ont appris beaucoup de chose. Il y a même des détenus qui sont sortis de prison et qui continuent de demander à l’ingénieur de les assister, afin qu’ils puissent faire cela dans leurs villages.

Guinéenews.org : Il y a aussi des détenus qui font des sacs, des chaussures, … !

Commandant Albert Balamou : Oui les autres font le tissage des bouteilles, c’est-à-dire ils utilisent les bouteilles en caoutchouc pour en faire de petits sacs à la base du caoutchouc. Donc, ceux-ci sont là aussi avec nous, ils se débrouillent à travailler comme ça.

Guinéenews.org : Côté personnel, n’avez-vous pas de difficultés ?

Commandant Albert Balamou : Bon côté personnel, nous sommes présentement en manque parce qu’il y a des formations en cours ; certains sont dans les centres pour suivre ces formations.

Guinéenews.org : Ya-t-il pas des remplaçants ?

Commandant Albert Balamou: Des remplaçants, nous n’en avons pas, mais quand même on fournit l’effort. L’armée nous a aidés en envoyant une équipe ici qui est avec nous en PA (poste administratif), donc, ils complètent les hommes de garde.

Guinéenews.org : merci commandant !

Commandant Albert Balamou: C’est à moi de vous remercier.