Comment la presse internationale couvre les déguerpissements de Conakry (Libre opinion)

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Quand on passe en revue l’actualité de la Guinée dans la semaine qui s’achève, on ne trouve rien sur le pays. Et pourtant, de graves violations des droits de l’homme, y ont été commises, même s’il n’y a pas eu, mort d’hommes, comme c’est souvent le cas de la Guinée.

En quelques heures, des milliers et des milliers d’enfants, de vieillards, de veuves et d’hommes, ont été jetés à la rue, dépossédés des maisons, qu’ils ont toujours connues, de leurs écoles, de leurs lieux de culte, de leurs commerces, bref de leurs vies.

Les médias étrangers ont simplement boudé.

La presse ne peut tout couvrir, en tout moment et en tout lieu. Cela est connu et compréhensible, mais pas une raison valable, pour délibérément ignorer, une actualité, qui s’est étendue, le long de la semaine, et qui a et aura, un impact, dans la vie de la nation guinéenne et des milliers et milliers de déguerpis. La vue des images d’enfants et de femmes, pleurant de toutes leurs larmes, est traumatisante, même pour ceux qui ont vu les différentes couvertures médiatiques et des réseaux sociaux. Que dire de l’impact psychologique à long terme, sur ces populations vulnérables.

Ce qui s’est passé, en cette fin du mois, de février, 2019, à Conakry, n’est pas, qu’un simple deguerpissement et une operation de démolition : c’est une communauté qui a été visée, pour des raisons purement politiques, alors qu’il y avait plus d’une dizaine de domaines de l’Etat, qu’on pouvait déguerpir.

L’argument du gouvernement est que c’est un domaine de l’Etat à récupérer.

D’ailleurs, tout Conakry est bidonville, avec des constructions anarchiques,dans tous les quartiers, sans exception. Cette opération n’était pas la première. En 1998, le même quartier avait été visé, sans que rien ne soit reconstruit , vingt ans plus tard.

Les pertes subies par ces milliers et milliers de personnes, qui ont vécu dans ce quartier, depuis les années 40, sont inestimables.

Ici, ce ne sont ni les trottoirs qu’il fallait libérer ou des baraques, qu’il fallait démolir, mais tout un quartier, et des plus peuplés de la capitale. Mais là, n’est pas le problème. La brutalité avec laquelle ces personnes ont été chassées, humiliées de chez eux, n’a bénéficié d’aucune attention.

Les médias traditionnels français, en particulier, et occidentaux, en général, qui se targuent, de couvrir l’Afrique francophone, ont préféré détourner, leur regard, des actes de barbarie, qui prenaient place, à Kaporo Rails.

Et pourtant, ils ont couvert de par le passé, de tels événements, un peu partout en Afrique.

En Guinée, c’était différent : un préavis de moins de 72 heures pour des familles, qui sont installées-là, depuis les années 40, sans aucune forme de dédommagement.

Ce qui est injuste ici, c’est que la plupart dès déguerpis, étaient en possession, de titres fonciers, du ministère de l’urbanisme et de l’habitat. Et surtout,  le seul problème avec cette petite agglomération est d’être, un bastion proche de l’opposition.

Le silence observé par ces médias, n’est pas nouveau.

Les violences enregistrées durant les grèves des syndicalistes, les nombreux morts, durant les marches pacifiques de l’opposition guinéenne, sont passées sous silence, ont eu peu d’échos, ou tout simplement ignorées.

Aucune image sur les opérations de déguerpissement dans les journaux télévisés, de TV5 Afrique, par exemple. Et que dire de RFI Afrique, qui n’y a presque fait aucune allusion.

France24, le CNN français, était également absents, tout comme l’agence Reuters.

Quand des démolitions et déguerpissements avaient eu lieu, il y’a quelques années, à Abobo, Yopougon, cette même presse, était là.

Pour la Guinée, grâce aux réseaux sociaux, ainsi qu’à la presse privée en ligne, on a su capturer, cet événement douloureux, pour la postérité.

Depuis l’avènement du président Alpha Condé, la presse étrangère adopte une certaine hésitation, quand elle couvre la Guinée.

Salué par l’ensemble de la presse française, à son arrivée, au pouvoir en 2010, « l’opposant historique » était dépeint, comme le messie et professeur de droit, qui allait changer, le destin de la Guinée. En faite, la plupart des journaux français et étrangers, de l’époque, ne reprenait que la dépêche de l’Agence France Presse.

Le nouveau président s’était avéré,  aux médias, et avait toujours su, imposer la direction à suivre et le format.

Dès son arrivée, il avait retiré, les accréditations au correspondant de RFI, la chaîne la plus écoutée, et la plus ancienne, parmi les radios présentes, en Guinée. Un fort signal donné à cette presse alors.

« La chaîne mondiale » RFI, semble t-elle céder à la pression du dirigeant guinéen ?

C’est l’impression que l’on pourrait tirer de ce silence.

De grands journalistes de la chaîne, comme Christophe Boisbouvier et Juan Gomez, ont fait preuve de professionnalisme, durant leurs temps d’émission, sur la Guinée, ont su poser et soulever les questions dignes d’un média libre. C’est triste de voir, que ce travail, n’est pas poursuivi.

Pour dénoncer les dérives dictatoriales du régime, Reporters Sans Frontières, semble, avoir joué son rôle, pour dénoncer les menaces contres les journalistes et les arrestations arbitraires, au sein de la corporation. Mais ce n’est qu’une ONG.

France 2, a dans son émission, Complément d’enquête, « Bolloré la saga du port maudit de Conakry », étalé la corruption entre Bolloré et les chefs d’Etat guinéennet togolais.

Bolloré avait financé la campagne médiatique, du candidat Alpha Condé, à travers le groupe Havas dont il est actionnaire principal.

Slate Afrique du Journal le Monde, rapportait, qu’en mai 2011 pour sa visite en France, l’agence Euro RSCG, à travers son patron, Stéphane Fouks, était en charge, de la communication, du président guinéen, en France.

Un autre atout dont jouissait Alpha Condé, pour ses entrées dans la presse française, est la compagne, de «son frère-jumeau», Bernard Kouchner. Grande journaliste retraitée, Christine Ockrent, Christine a séjourné, avec son conjoint, à quelques occasions à Conakry, pour rester avec Alpha.

Ce dernier a délibérément et avec mépris ignorée la presse guinéenne jusqu’en 2015, au moment des élections auxquelles il se représentait. Toutes ces interviews, étaient accordées, à la presse étrangère et à quelques journalistes africains, basés en France, qu’il avait personnellement connus.

De tous les journalistes étrangers, c’est François Soudan, du magazine, Jeune Afrique, qui a eu le plus accès, au président Alpha Condé, qui s’entretenait avec lui, à des heures tardives.

Prompt à critiquer Ahmed Sékou Touré et tous ses successeurs, sans exception, Jeune Afrique, a brillé par ces ‘publireportages’, qui n’ont rien à voir, avec la réalité guinéenne. François Soudan, dans ses articles vantait, les mérites du ‘Camarade Alpha’, tout comme il l’avait fait, au Congo Brazzaville, au Gabon, etc….

Durant les fêtes du soixantième anniversaire, de l’indépendance guinéenne, en octobre 2018, le président Alpha Condé, avait accordé, une interview, à une équipe de journalistes français du Monde, de TV5 Monde et de RFI.

Dans cette interview, le président guinéen,  fustigé la France, pour son rôle, après l’indépendance, la rendant grande responsable, des malheurs actuels de son pays.

Autre silence, est celui observé des organisations de défense, des droits de l’homme, comme Amnesty International, Human Rights Watch, qui n’ont passé même pas de communiqué.

Face à ce chaos, des tensions sociales sont déjà palpables et il y’a lieu d’agir.

D’ailleurs, la presse n’est pas la seule à être mise à l’indexe ici. Que dire des diplomates occidentaux, présents à Conakry ? Est-ce un silence complice de leur part, est ce un désintérêt total, est ce parce qu’ils ne veulent pas envenimer une situation déjà pourrie ?

On ne saurait correctement le dire. Il y’a un sujet tabou, que les diplomates occidentaux, en Guinée, évitent toujours d’évoquer : c’est celui de la prévention des conflits.

De la manière dont les choses en Guinée, il y’a lieu d’oser d’en parler, mais il est curieux de voir, le degré de cécité atteint, par ces mêmes diplomates, face à leur thème favori, la prévention des conflits.

La Guinée va mal, très mal. Les diplomates en poste le savent, mieux que quiconque.

Les journalistes ont un rôle à jouer, celui d’informer objectivement. Les diplomates eux, celui de rendre compte à leurs gouvernements, et de concilier les parties si possible.

Récemment, on a vu en Guinée, l’ambassadeur de la Russie, s’ingérer dans les affaires internes du pays . Ça ne devrait être son rôle. S’il aime la Guinée ou voulait dire quelque chose, c’est face à ces événements, de Kaporo Rails.