Comment réduire la pauvreté en Guinée ? Le banquier Laurent Fondjo présente sa thèse aux autorités guinéennes

0
480

« Comment la gestion participative et autocentrée sur les communautés bénéficiaires des structures de microfinance peut-elle contribuer à la réduction de la pauvreté ? Cas de la République de Guinée.» C’est la thèse de doctorat présentée mercredi par le Camerounais Guy Laurent Fondjo, administrateur-directeur général d’Afriland First Bank Guinée, conseiller économique du gouvernement et conseiller spécial du Président Alpha Condé. Cette thèse qui a déjà été primée, a été présentée au centre de formation de la Banque centrale de Guinée en présence du gouverneur Lounceny Nabé ; des directeurs de banques, de sociétés d’assurance et d’institutions de micro-finance en Guinée ; des responsables d’universités, le secrétaire général de la FESABAG (Fédération Autonome des  Syndicats de Banque et Assurance de Guinée)…

Guy Laurent Fondjo est parti du fait que la Guinée est un pays qui « vit un paradoxe ».  D’un côté, dira-t-il, c’est un pays avec un fort potentiel agricole, un fort potentiel minier et même des richesses hydrographiques immenses. Mais, de l’autre côté, il est parmi les pays les plus pauvres au monde. « On se rend compte que toutes les dimensions de la pauvreté se retrouvent en Guinée […] On voit que 60 % de la population subissent la pauvreté multidimensionnelle. Dans les détails, 90 % des enfants subissent la pauvreté multidimensionnelle. De l’autre côté, on voit également que la pauvreté monétaire s’aggrave. 57 % de la population vivent en dessous d’1,25 dollar par jour. Et, une autre pauvreté qui n’est pas très perceptible, c’est la pauvreté subjective. C’est-à-dire la perception que les gens ont d’eux-mêmes. Là-dessus, la pauvreté est aussi un sentiment. Beaucoup se sentent pauvres… », a-t-il expliqué le contexte.

A côté de ce contexte, Guy Laurent Fondjo dit avoir fait des constats. Son premier constat est l’accès limité au service bancaire en Afrique subsaharienne et principalement en Guinée où le taux de bancarisation est inférieur à 10 %. Le deuxième constat c’est les difficultés d’accès aux financements pourtant considérés par Guy Laurent Fondjo comme le catalyseur du développement. Le troisième constat, c’est que les couches rurales (jeunes et femmes) sont exclues du système financier conventionnel. Ce qui voudrait dire, selon lui, que chaque jour les pauvres s’appauvrissent davantage. Et le quatrième constat, c’est le résultat mitigé de l’impact des microfinances sur la réduction de la pauvreté.

A côté des quatre constats, l’auteur de la thèse note aussi quatre carences. Il cite le fait que les investisseurs nationaux et internationaux sont plutôt préoccupés par la rentabilité de leurs investissements que par les aspects multidimensionnels de la pauvreté. « Cela a pour corollaire le fait que le pauvre paye beaucoup plus cher le crédit que le riche », a-t-il expliqué. La deuxième carence est la faible présence des institutions de micro-finance dans les zones rurales et toujours l’exclusion des femmes et des jeunes. La troisième carence est que les institutions de micro-finance ne prennent pas en compte les formes multidimensionnelles et subjectives de la pauvreté dans leur politique. Et enfin, les institutions de micro-finances sont gérés par des personnes qui ne connaissent pas ou ne comprennent pas forcément les besoins des populations.

Partant de ce contexte, mais aussi de ces constats et carences, Guy Laurent Fondjo s’est posé la question à savoir « comment mettre en place un modèle d’organisation à gestion participative ou autocentrée, construite sur la base des capabilities des communautés, l’épistémè des pauvres, leur esprit entrepreneurial et leur empowerment peut contribuer à la réduction de la pauvreté en République de Guinée ? »  La réponse trouvée par Guy Laurent Fondjo est celle du modèle des MUFFA (Mutuelle financière des femmes africaines) ou  MC2 (Mutuelle communautaire de croissance). A travers ces MUFFA, un mécanisme de gouvernance et de gestion autocentrée participative, mais surtout un processus d’empowerment, est mise en place au sein des communautés. « Lorsque tout ceci est mis en œuvre, cela crée ce bien commun. Ce bien commun offre les services communautaristes aux membres de la communauté ; des services financiers (activités génératrices de revenu) et des services non financiers (formation). La communauté étant bénéficiaire de tout cela sent un impact et cela contribue à réduire la pauvreté multidimensionnelle, c’est-à-dire l’amélioration du niveau de vie, l’amélioration de l’accès au logement, à la santé, à l’éducation », a expliqué le banquier camerounais.

Maintenir l’emploi des seniors au sein des banques  

La présentation de la thèse de Dr Guy Laurent Fondjo a été précédée par celle de Dr Raguiata Bah, directrice des études et de la recherche de la BCRG. « Les déterminants du maintien en emploi des seniors : entre employabilité et gestion de la précarité.» Par cette thèse, Dr  Bah évoque l’employabilité des plus de 55 ans dans les banques guinéennes. Un sujet d’actualité au vu du vieillissement de la population en Occident et de la jeunesse de la population en Afrique, notamment en Guinée. Ici, contrairement en Occident où on encourage les seniors à prolonger les années de travail, on est pris entre la jeunesse de la population, l’espérance de vie et le départ à la retraite. Face à cette situation, la thèse de Dr Raguiata Bah la conduit à la conclusion que la précarité est un facteur déterminant dans la décision des seniors à rester en poste, même si certains sont planqués, garés ou fragiles.

Face à la situation,  Dr Raguiata Bah recommande aux entreprises bancaires de maintenir l’employabilité au cœur des critères de décision de garder le senior en emploi ; de renforcer la professionnalisation de la fonction de RH, de mieux planifier les fins de carrière, de proposer des aménagements spéciaux du temps de travail…

Les deux thèses présentées sur le secteur financier-banquier ont été bien appréciées par les autorités guinéennes. Sansy Kaba Diakité, le directeur de l’Harmattan-Guinée a même proposé aux deux doctorants de publier leurs travaux.