Commerce : vivement le retour chez nous des instruments de poids et mesure !

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C’est une situation dont on ne parle jamais ou que très rarement. Serait-ce parce que, tout le monde en a perdu l’habitude, ou simplement parce que la nouvelle génération, ne l’ayant pas vécu, on trouve peu opportun, voire fastidieux d’en faire cas aujourd’hui. C’est peut-être tout cela à la fois.

Toujours est-il que l’évocation dudit sujet vous vaudra de vous exclamer.  Eh, oui, vous serez surpris quand nous vous dirons que nous sommes l’un des rares pays ou sinon le seul, à ne pas faire usage des instruments de poids et mesures conventionnels, en matière de commerce.

Nulle part, dans le processus d’échanges commerciaux entre vendeurs et acheteurs, on ne fait usage de balance Roberval ou de bascule. D’ailleurs, les voit-on, dans les boutiques et magasins ? Que nenni ! Ils ont disparu comme par miracle, depuis la fin des années 70, si nos souvenirs sont exacts.

Ainsi, quand, dans les autres pays, on vend au poids, nous nous vendons à l’intitulé du produit. Par exemple, nous vendons ou achetons un sac de riz. Chez les autres, c’est bien l’objet que l’on achète, mais exprimé en poids. Et on pèse toujours pour s’assurer qu’on est correctement servi.

Quand on dit chez nous : « je veux un sac de riz. » Ledit sac est supposé contenir 50kg. Comment savoir que ce poids est réellement exact, s’il n’y a pas de bascule pour s’en assurer ?

Cette situation de doute profite largement à des vendeurs véreux qui, à l’arrière de leurs boutiques ou magasins, transvasent des produits, loin des regards indiscrets. Ils subtilisent une certaine quantité de chacun des sacs remplis correctement à l’usine et la transfèrent dans un nouvel emballage en bon état, qui est refermé soigneusement après coup, par des mains malhonnêtes, mais expertes. Et on revend cette nouvelle marchandise recyclée.

La quantité subtilisée de chaque sac plein passe inaperçue et n’inspire aucune suspicion ou alerte. Il garde encore une apparence normale aux yeux de l’acheteur. Et pourtant !

Il y a quelques années ce manège était courant, entre le port autonome et les entrepôts des importateurs. On voyait sur les camions remorques, des individus occupés à ponctionner à tour de bras, des sacs de riz à l’aide d’une sonde, tels des contrôleurs de qualité. Au final, l’opération frauduleuse leur rapportait, nous a-t-on dit, des sacs entiers, ou quelque fois de simples colis. Le produit du vol est fonction de trois éléments que sont : le chargement, la durée du trajet port-magasin, le nombre de pillards et leur dextérité.

Mais, ce qu’il faut ajouter, c’est que par ce vol commis pendant le roulage du camion, ces individus ont réduit la quantité contenue dans des dizaines de sacs destinés à la vente. On comprend bien alors, que le dommage soit de large effet. Il retombe quelque fois sur la tête d’un modeste chef de famille qui va se plaindre que son sac de riz n’a pas tenu le mois. Il en parle à sa femme qui le prend comme une offense. Des palabres naissent entre des personnes toutes innocentes. Pendant ce temps, celui qui a subtilisé le riz est bien loin.  Il n’a que faire des conséquences de son acte.

Jusque maintenant, cet état d’esprit demeure. Ils sont rares les produits emballés d’un certain poids, qui échappent à ces opérations frauduleuses de transvasement. Il suffit de ré instituer l’usage des instruments modernes de mesure pour y mettre fin, une fois pour toutes.

C’est dans les boucheries que l’on rencontre des balances ou ce qui peut y ressembler. Il n’y a pas de tare. Le fléau n’est pas ajusté. Les plateaux ne sont pas identiques. Les poids sont délestés de certains de leurs éléments constitutifs. Un tel cas de figure vous donne l’idée de la quantité que l’on va vous servir. Il y a fort à parier que ça ne soit pas le poids que vous aurez demandé.

D’ailleurs, aussitôt la viande déposée sur le plateau, la main du boucher se précipite, comme dans un tour de passe-passe, pour écraser un des côtés. Il n’attend guère que l’équilibre se fasse et vous rend comme un prestidigitateur, la soi-disant quantité que vous avez achetée.

Au marché des liquides (huiles végétales, miel, carburants…) on se sert des repères sur les emballages plastiques pour apprécier les quantités. Alors que pour le détail, ce sont les bouteilles de liqueur désaffectées, qui servent d’étalonnage.

Il reste un autre secteur où l’approximation dans les unités de mesures se joue à fond. C’est dans les marchés de céréales et autres produits secs qu’on le constate à travers les boîtes ou les pots souvent préfabriqués, loin des vases en fer-blanc ou en laiton, calibrés à l’usine.

S’il y a un consensus autour de ces unités de mesure, il faut dire que toutes ne répondent pas aux normes requises. Fiabilité et morale ne sont pas au rendez-vous. Ainsi, voit-on certains pots dont le fond est volontairement enfoncé dans l’intention délibérée de réduire la quantité mesurée.

Tout cela se passe ainsi, depuis des décennies. Personne pour intervenir. Finalement, c’est adoubé par tous et ça fait partie du paysage.

Il faut bien que cela s’arrête et que nous revenions aux normes. Un tel défi est à relever. C’est notre pays qui gagne. Nous sommes rassurés que l’actuelle ministre du commerce va y veiller.

Son département abrite une direction de la métrologie dont la mission est de veiller aux poids et mesures ainsi qu’à la qualité de tout ce qu’on achète et vend sur l’ensemble du territoire.

Pour un souci d’équité, de sécurité et de modernité de notre commerce, vivement, le retour de la bascule et de la balance Roberval !