Conakry : plus de 200 familles menacées de déguerpissement à Kipé 2

septembre 21, 2018 2:21
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Deux cent cinquante deux (252) foyers composés de 4 436 personnes sont menacés de déguerpissement  dans le quartier Kipé 2 situé en haute banlieue de Conakry, dans la commune de Ratoma. Les habitants de la zone ont reçu le 30 juillet dernier une lettre d’un huissier leur demandant de quitter les lieux au plus tard le 30 septembre.

Une surprise pour le septuagénaire El hadj Ousmane Baldé qui habite à Kipé depuis 1983. « Nous nous sommes aperçus que l’ordre de mission qui a été délivrée à l’huissier par le secrétaire général du ministère de la ville et de l’aménagement du  territoire, dit expressément que la mission consiste à faire le bornage de la zone concernée et à faire l’expertise et l’évaluation des bâtisses. Mais à notre grande surprise, la lettre que l’huissier nous a envoyée, nous demande de déguerpir au plus tard le 30 septembre. Ce qui est de façon flagrante, contradictoire », estime El hadj Baldé.

Autre dysfonctionnement constaté dans ladite lettre, selon El hadj,  est celle des lots. D’après lui, les lots mis en cause ne correspondent pas aux lotissements figurants dans les documents qu’ils  possèdent. A l’en croire, tous les habitants menacés de déguerpissement possèdent  leurs plans de masse, leur autorisation de posséder, de construire et leur certificat de propriété qui tenait lieu de titre foncier à l’époque.

El hadj Ousmane rappelle que c’est Moussa Diakité, ministre de l’habitat à l’époque qui avait pris la décision de recaser dans cette zone les gens qui ont été déguerpis de l’actuelle cité des médecins et de certaines parties du quartier d’Entag.  « Mais, eux-mêmes, ajoute-il, ont trouvé dans ce quartier des coutumiers qui y résident il y a au moins 50 ans. »

Il est à noter que le quartier possède de l’éclairage, des conduites d’eau installées par la SEG (société d’eau de Guinée) et des forages mis en place par le gouvernement de Moussa Dadis Camara.  « Comment l’Etat peut il investir ce genre d’infrastructure dans une zone réservée », s’est interrogé notre interlocuteur.

M. Barry Malick, fonctionnaire de son Etat, habitant dans ce quartier il y a plus de trois décennies, a de son côté expliqué comment les parcelles leur ont été octroyées.

« Nous avions notre parcelle à Kipé 1. On a été déplacé pour cause d’utilité publique. On devrait construire dans cette partie de Conakry, une cité des médecins. C’est alors qu’on nous a donné des parcelles ici avec tous les documents. En 1988, Bana Sidibé ministre de l’habitat à l’époque, nous a envoyé une équipe de géomètres qui ont recensé les habitations de cette époque. Il nous a dit que c’est une zone à habitation de moins standing, que l’Etat allait fournir aux occupants les plans de construction. Entre temps, Bana Sidibé est parti et depuis, aucun ministre de l’habitat n’est venu nous voir », a expliqué M. Barry

Pour lui, c’est incompréhensif que les autorités envisagent de faire des bornages sur une zone déjà lotie et faire une évaluation du bâtiment.  M. Barry invite les autorités  à fouiller dans les archives afin de différencier le centre directionnel de Koloma et le quartier de Kipé 2.

Il faut rappeler par ailleurs que les quartiers de Koloma et Kaporo Rails déguerpis il y a exactement 20 ans 7 mois et qui devraient abriter des départements ministériels et autres directions, restent en grande partie inoccupés jusqu’à ce jour. Les lieux servent de garages et de dépotoir d’ordures.  Des gens déguerpis nous ont confié que  personne n’a été recasé ni dédommagé.