«Conakry, ville propre », la professionnalisation de la gestion des déchets, le DG de l’ANASP dit tout sur le projet SANITA (Interview)

août 17, 2018 2:34
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L’insalubrité reste une équation sans réponse adéquate depuis plus d’une décennie tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Dans le cadre de son appui au développement de la Guinée, l’Union Européenne vient de financer un programme à hauteur de 34 millions d’euros au compte du volet Sanita ‘’Ville propre’’. En vue de débarrasser Conakry et Kindia de leurs tas déchets  physiques.

Dans un entretien qu’il a accordé à votre quotidien électronique Guineenews.org, le Directeur général de l’Agence nationale d’assainissement et de salubrité publique (Anasp), Sory Camara, parle de la portée dudit projet, des mesures envisagées pour réussir ce challenge. Lisez !

 Guinéenews.org : présentez-nous ce projet ?

Sory Camara : On a décidé, avec l’appui de nos partenaires, de créer les meilleures conditions possibles pour un cadre de vie normal pour les populations de Conakry et celles des villes de l’intérieur. Pour cela, nous avons décidé, qu’avec l’appui de l’Union Européenne, nous puissions assurer la professionnalisation de la gestion des déchets solides. Alors, ce programme obéit à la mise en place d’une des composantes les plus importantes: c’est celle de l’organisation de la pré-collecte. C’est-à-dire, les déchets collectés au niveau des ménages et leur mise au niveau des points de regroupement qui vont être financés et aménagés par l’Union Européenne. Nous avons donc décidé que la professionnalisation de la gestion des déchets solides s’articule sur un certain nombre de maillons. Vous avez la pré-collecte, la collecte, le transfert et la gestion de la décharge.

L’appui de l’Union Européenne portera sur l’organisation de la pré-collecte. Il va y avoir un appui au niveau des PME qui vont évoluer dans les quartiers avec les ménages. Nous allons aménager les points de regroupement qui vont être financés par l’Union Européenne. Ainsi, les PME vont opérer auprès des ménages et déposer les déchets au niveau des points de regroupement. C’est ce maillon qui va faire l’objet d’un financement dans le cadre du projet SANITA. Maintenant, à partir des points de regroupement, le transfert, le traitement au niveau de la décharge est un autre volet qui ne concerne pas l’Union Européenne. Et voyez-vous, ce maillon de pré-collecte est le plus important. D’abord, il tiendra compte du fait que les PME soient efficaces dans ce travail de pré-collecte. Il faudrait surtout que les populations adhèrent à ce processus. Si nous créons les PME, nous demandons aux PME de s’installer, il faudrait que les populations acceptent de s’abonner pour que le processus de pré-collecte soit rendu viable. Je profite de l’occasion pour m’adresser à la population de Conakry, et au-delà, à la population guinéenne: on n’est jamais étranger dans une ville propre quand on vit dans cette ville. Ça veut dire que l’assainissement est d’abord un effort collectif. C’est l’effort des uns et des autres. Tout ce que nos partenaires nous apportent comme appuis, ce n’est qu’un élément. L’appui fondamental partira de nous-mêmes. Il faut qu’on change de comportement, qu’on soit discipliné, que l’attitude des citoyens soit observée à tous les niveaux, pour que chacun se considère comme un acteur de l’assainissement de la ville de Conakry et celles de l’intérieur du pays. Je veux encore profiter de l’occasion qui m’est offerte pour dire aux populations que l’aide, dont on va bénéficier, ne sera qu’une aide temporelle. Ce qui est pérenne, c’est le comportement des uns et des autres. C’est en cela que je fais appel à la presse d’appuyer l’Agence et l’ensemble des acteurs pour que le processus de sensibilisation soit renforcé au niveau des populations afin que les uns et les autres prennent conscience de la mesure que nous devons observer, en faisant en sorte que nos villes soient propres.

 Guineenews.org : Vous parliez tantôt de traitement des déchets. Est-ce qu’on peut s’attendre à des unités de transformation de ces déchets ?

Sory Camara : Il va y avoir deux volets de traitement. Nous allons faire en sorte qu’il y ait la filière de valorisation des déchets qui ne peuvent pas être recyclés. Ça, c’est à partir des points de regroupement qui vont être aménagés. Les PME vont déposer les déchets au niveau de ces points de regroupement. Et les Groupements d’intérêt économique (GIE) vont être crées et qui, à partir des points de regroupement, vont faire des opérations de tri. Nous allons donc créer et entretenir la filière de valorisation des déchets. Là également, les jeunes peuvent s’organiser pour s’intégrer dans ce secteur. N’oubliez pas que les déchets valent de l’or. C’est une source de création d’emplois et de richesses. L’autre aspect, les déchets qui ne seront pas recyclables, nous allons faire en sorte qu’ils soient transférés au niveau de la décharge. Une décharge va être aménagée et mise à la disposition de l’opérateur qui va être recruté. L’autre volet de l’intervention de l’Union européenne portera justement sur l’aménagement et le financement de la décharge. Maintenant, l’opérateur qu’on va recruter, dont les activités partiront des points de regroupement en passant par l’aménagement et l’assainissement des rues et des espaces publics, aura la responsabilité de cette décharge. Au niveau de cette décharge, on produira soit le gaz, soit l’électricité. Cela dépendra de l’offre qu’il va nous proposer à l’issue de l’appel d’offres qu’on va organiser.

Guineenews.org : Peut-on avoir une idée du site ?

Sory Camara : Nous sommes en train de travailler. Aujourd’hui, la décharge de la Minière qui fait l’objet de préoccupation au niveau de tout le monde, retenez qu’on ne crée pas une décharge quand on veut. On ne ferme pas non plus une décharge au bon vouloir de ceux qui sont à côté. La création d’une décharge obéit à des critères. Il y a des études qu’il faut mener. Ce qui fait que la décharge de la Minière, on va l’exploiter pour une période d’environ un an et demi, deux ans. Nous allons la fermer. Et pendant ce temps, avec l’appui de l’Union européenne, nous sommes en train d’identifier un site aux alentours de Coyah, un site d’environ 50 hectares. Ce site va être aménagé. On va en faire un centre technique qui va recevoir les déchets de la zone spéciale de Conakry, de Kindia et de Coyah pour produire de l’électricité. Donc, c’est vers cette professionnalisation que nous sommes en train de nous acheminer. Et nous demandons à ce que tout le monde y contribue.

Guineenews.org : A combien de tonnes peut-on évaluer la quantité journalière de déchets produite à Conakry ?

Sory Camara : Conakry produit 1200 tonnes de déchets par jour. A la prise de service de l’Agence nationale d’assainissement et de salubrité publique, on collectait sur les 1.200 tonnes environ 10.000 tonnes seulement par mois. Aujourd’hui, avec l’organisation qui est mise en place par l’Agence, avec l’appui du gouvernement et le renforcement des capacités en termes budgétaire et d’équipements, aujourd’hui, nous sommes à 24.000 tonnes collectées mensuellement. Au premier trimestre de 2017, nous étions  à 40.000 tonnes de déchets collectées. Au trimestre de 2018, nous avons porté ce volume à 68.000 tonnes de déchets. Vous comprendrez qu’il faut un effort pour Conakry. Aujourd’hui, avec le Programme d’urgence lancé par Monsieur le Premier ministre, à l’initiative de Monsieur le président de la République, depuis deux semaines, il y a à peu près une centaine de camions qui sont en train de collecter les déchets solides et liquides, pour être drainés sur la décharge. Vous comprendrez que l’assainissement d’une ville n’est pas que l’affaire du gouvernement, encore moins celle de l’Agence. Plutôt, c’est l’affaire de tout le monde. Il faut que chacun s’implique d’abord dans les foyers, dans les ménages, les secteurs, les quartiers, les communes. Chacun doit en faire son affaire. Sinon, Conakry ne sera jamais propre. Aujourd’hui, l’Union européenne nous accompagne. La Banque islamique de développement (BID) va nous accompagner. Le gouvernement va prendre des initiatives. Il va y avoir un élan de solidarité à un moment donné. Mais si la population n’adhère pas, il va s’en dire que les efforts seront vains. Et nous ne souhaitons pas cela. Nous, nous voulons que la sensibilisation qui doit commencer, porte sur le fait que l’activité soit pérenne. Nous invitons la presse à nous accompagner dans cette sensibilisation pour que demain, dans la rue, lorsque vous allez voir quelqu’un jeter un mégot de cigarette ou jeter, à partir de sa voiture, une peau de banane ou d’orange qu’il vient de sucer, il faudrait que tous ceux qui le voient en train de le faire, lui barrent la route et lui intiment l’ordre de descendre de sa voiture et récupérer ce qu’il a jeté. Tant qu’on n’en arrive pas là, dites-vous que notre ville ne sera pas propre. Et tout ce que nous fournirons comme efforts, ce sera toujours vain. C’est pourquoi il faut un grand travail de sensibilisation. Car, ce n’est pas l’argent qui développe un pays. Ce n’est pas l’argent qui assainit une ville. C’est d’abord l’engagement politique. Et aujourd’hui, on a un engagement fort : celui du président de la République et du gouvernement dirigé par le Premier ministre. Le reste, c’est l’affaire de chaque citoyen. Il faut que chacun s’engage dans le combat qui vient d’être déclenché.

Guineenews.org : A quand le lancement du projet ?

Sory Camara : Il y a deux appels d’offres. C’est important de le dire. Nous bénéficions aujourd’hui de l’appui de la Banque islamique de développement qui va mettre à la disposition du gouvernement 54 millions de dollars qui porteront sur le curage et l’aménagement des fossés et des exécutoires au niveau des deux principales communes les plus importantes du point de vue démographique : Matoto et Ratoma. Il y a les équipements qu’on va mettre à la disposition de l’Agence, des équipements de pré-collecte, de collecte, de transfert et l’aménagement de la décharge de la Minière. Pour cet appel d’offres, on a déjà lancé l’avis général. L’appel d’offres proprement dit aura lieu dans 60 jours. Pour ce qui concerne le financement de la BID. S’agissant de l’opérateur qu’on va prendre en charge, cela doit être fait par le gouvernement. Nous sommes en train d’élaborer les dossiers d’appel d’offres. Très certainement en fin d’année, on lancera l’appel d’offres pour faire le travail. Mais pour l’efficacité de cet opérateur, il faut que chacun fasse son travail. Parce que l’opérateur ne va pas de concession en concession pour ramasser. Son activité ne se limitera qu’au niveau des points de regroupement. Au-delà, ce sera l’affaire des PME et de vous autres citoyens qui habitez dans les familles

 Entretien réalisé par Mady Bangoura pour Guinéenews