Conflit domanial entre deux villages de Kissidougou et Kouroussa : un haut cadre pointé du doigt (Reportage réactualisé)

septembre 4, 2018 4:29
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Rien ne va aujourd’hui entre les frères Kallo de Karakö, sous-préfecture de Douakö, dans Kouroussa et les populations de Börökörö, sous-préfecture de Sangardo, dans Kissidougou. Un conflit né de l’occupation d’un domaine par Alpha Mohamed Kallo a dégénéré cette semaine avec des dégâts matériels importants. Ce domaine longtemps objet d’un conflit entre deux districts, est occupé depuis un moment par Kallo malgré l’ordonnance de la Justice de Paix de Kissidougou interdisant toute mise en valeur.

Tout a commencé par la famille Kallo de Karakö qui a bravé la décision de la justice pour exploiter 104 hectares d’anacardiers au vu et au su de tout le monde. Mécontentes, les populations de Börökörö, qui se réclament propriétaires du domaine vont demander l’arrêt immédiat des travaux sur le domaine.

Fort du soutien du régime, parait-il, Mohamed Kalo de Karakö va porter plainte contre le président du district de Börökörö pour ‘’incitation et destruction des plantes’’. Le vieux sera interpelé et auditionné pendant 3 heures. Ce qui va raviver la tension entre les deux villages. Toujours sûr  de sa protection, le fils de Karakö reprend ses travaux et entretient ses plants d’anacardiers.

 Mais les populations de Börökörö  ne désarment pas. Trois ans après, ils reviennent sur le terrain et coupent 7000 plantes, soit 35 hectares d’anacardiers avec un écartement de 10 sur 5, selon l’Aide-ingénieur des travaux. Des travaux financés par Alpha Mohamed Kallo, Secrétaire général du budget.

Interrogé, Joseph Soumaoro, l’Aide-Ingénieur qui a réalisé les travaux de culture d’anacardiers sur ce domaine litigieux, donne sa version des faits: «lundi 13 août, nous étions en train de travailler et tout d’un coup, nous avons vu des personnes qui venaient de la nationale Kissidougou-Conakry. On ne sait pas exactement d’où ils venaient. Ils étaient tous masqués. On ne pouvait pas les identifier. Ils ont commencé à couper les jeunes plantes et les plantes âgées. On a vu trois mille plantes détruites ce jour, soit 15 hectares.
Le lundi 27 août, ils sont revenus encore à 13h05. Ils étaient encore plus nombreux.  Environ 70 personnes. Ils ont découpé cette fois-ci 4000 plantes, soit 20 hectares
»

Quant au président du district de Karakö, Mohamed Djèmèry Kallo, ce conflit domanial ne devrait pas avoir lieu. « Pour ce domaine, il n’y a aucun problème entre Kallo et notre village Karakö. Nous sommes tous  d’accord qu’il exploite le domaine. C’est tout le village qui lui a donné l’autorisation de travailler. Chez nous c’est la famille. La terre est là, on ne la vend pas. Tu es membre de famille et tu veux réaliser au village, on coupe une portion et on t’en donne. Il n’y a pas de document à élaborer. Mais il y a quelques semaines, nous avons vu les travailleurs de Kallo en courant vers le village nous informer que des personnes sont venues détruire la plantation de Kallo. On a constaté les dégâts. On n’a pas pu quantifier le nombre d’anacardiers détruits, mais c’était plus de mille pieds. Nous avons informé nos chefs hiérarchiques et nous demandons que justice soit rendue ».

Interrogé, le patriarche de Karakö, Ousmane Kallo, explique: « cela fait 6 fois que Börökörö vient avec violence pour réclamer ce domaine. Avant l’indépendance, la limite de Karakö était la rivière Bagbè. A la prise de l’indépendance, Sékou Touré a fait le découpage. Faranah est restée derrière le fleuve Maffou et Kouroussa se limite à la nationale Conakry- Kissidougou. Il y a un siècle qu’il n’y  a pas de culture sur ce domaine. Nos parents sont venus pour construire. Avec l’accord du village nous avons donné ce domaine à Kallo pour faire sa plantation d’anacardiers, soit près de 100 hectares. Nous sommes restés dans cette situation et on a vu entretemps que Börökörö est venu réclamer ce domaine. Nous demandons au gouvernement d’intervenir entre nous. Nous restons derrière la loi. Ce domaine appartient à Karakö depuis au temps colon. Si Börökörö vient réclamer aujourd’hui, on refuse. Car ce domaine nous revient», a t-il relaté  sans aucun document en main.

Rencontré en présence de ses administrés, le président du district de Börökörö, Mamady Diarré, réclame le domaine avec dans sa main des registres d’appel du recensement de la population datant de 1988 à 1989. Dans ces registres se trouve recensée sur le district de Börökörö la famille d’El hadj Sakoba, l’unique famille qui résidait sur ce domaine litigieux, appelé alors Forokoromaya et quand ce n’était pas érigé en secteur. Il précise : « la limite entre Börökörö et Karakö, c’est la rivière Nafadji. Ils ne peuvent pas traverser cette rivière. Depuis le temps de feu président Ahmed Sékou Touré à nos jours, cela fait plus de 50 ans que ce domaine nous appartient et j’ai les documents originaux. Du temps  Sékou Touré au temps Conté, ce domaine nous appartient sauf au temps d’Alpha Condé.  Mais les documents sont là depuis que je n’étais pas né. Parce que Kallo a le pouvoir et de gros moyens… Il n’y a pas de litige entre Karakö et Börökörö mais, c’est entre Alpha Mohamed Kallo, son frère Massia Karamö et Börökörö. Nous avons notre plantation là-bas à côté de ce domaine litigieux. Elle est détruite par Alpha Mohamed Kallo et son frère Massia Karamö. Il n’y avait aucune trace d’activités d’une personne sur ce domaine. C’est pourquoi j’ai dit  à Alpha Mohamed Kallo, quand il m’avait demandé, de ne pas réaliser une plantation sur ce domaine. Car, il m’a été confié. Mais il l’a travaillé arguant que c’est la nature. Suite à son attitude, nous sommes allés nous plaindre chez le sous-préfet et le maire. Ceux-ci n’ont pu rien faire. Ils nous ont transféré à la justice de paix de Kissidougou d’alors. Le chargé du titre foncier de la préfecture de Kissidougou est venu constater les faits. Il nous a accusés à tord qu’on a coupé les plantes sur ce domaine. J’ai été arrêté et j’ai fait 3 heures de garde à vue. Puis la justice a fait un transport judiciaire pour faire le constat. Ce qui a amené la justice à regretter ce qui s’est passé. Parce que la partie mise en valeur et celle qui n’est pas mise en valeur ne sont pas les mêmes. On a montré tous les domaines à la justice. A ce moment, aucun plant n’était planté. La communauté a payé 2 000 000 FG à la justice. Celle-ci a ordonné par la suite d’arrêter tous les travaux sur les lieux. La communauté de Börökörö a respecté cette décision de la justice mais les travaux de Kallo continuaient. Pourquoi les travaux de Kallo ne sont pas arrêtés? Avant de mettre un domaine en valeur, il faut d’abord communiquer avec la communauté. C’est-à-dire demander le domaine pour exploitation. C’est notre domaine et j’ai les documents qui en font foi. On ne laisse pas ce domaine, c’est pour nous.»

Pour le sous-préfet de Sangardo, Youssouf Manaré, c’est un problème de délimitation : « à l’origine de ce différend, il y a la délimitation. J’ai dit dans mon rapport qui doit arriver au ministère que tant que le problème de limite n’est pas établi entre Karakö et Börökörö par l’État, le problème ne finira jamais. Tantôt c’est Karakö qui se réclame propriétaire du domaine, tantôt c’est Börökörö alors que les documents sont là. Moi, je suis sous-préfet, j’ai pris service le 30 novembre 2010 à Sangardo. A ma prise de service, il m’a été dit que la limite entre Karakö et Börökörö, est la rivière Nafadji. Les documents qui sont là en feront foi. Donc,  s’ils disent que le domaine qui existe entre Karakö et Börökörö appartient à Karakö. Les documents sont là ! Ils vont vous montrer ! Mais cela ne signifie qu’il faut aller détruire les plantations des gens!
Aussi celui qui est venu occuper le terrain, il devait se référer aux populations pour dire voilà ce que je veux. Aidez-moi à trouver la terre. Je travaille dans la tranquillité. Mais s’il s’installe sans  se référer aux autorités de Douako et de Sangardo et qu’après il y a destruction… Dans ce cas, on nous met devant un fait accompli !
», a-t-il dit avant de passer un message de paix et de quiétude aux deux communautés.

Faut-il signaler que des litiges domaniaux sont fréquents entre Börökörö et Karakö. Une intervention de l’État pour la délimitation de ces deux districts est plus qu’indispensable. En 2014, le conflit autour d’une zone aurifère avait opposé ces deux villages voisins. La médiation des autorités du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, des préfectures de Faranah, de Kissidougou et de Kouroussa avait permis de trouver un terrain d’entente entre les trois villages en conflit dont un se trouvant dans la zone de Faranah.