Congestion au port autonome de Conakry: l’autre dimension de la crise post-électorale

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Les violences nées de la présidentielle du 18 octobre  n’ont pas eu de conséquences que sur le plan humain, avec les morts, les blessés et les dégâts matériels. Elles ont durement touché le secteur économique, à travers le port autonome de Conakry, poumon du secteur, frappé par la congestion due à la fermeture du marché Madina et autres.

Sans l’annonce faite par l’armateur français CMA CGM quant à la hausse des tarifs en raison de l’augmentation de la congestion au port de Conakry, le phénomène allait passer probablement inaperçu. D’autant plus qu’il y a un début de solution, avec la réouverture du marché Madina et donc, les conteneurs cessent d’être entassés sur place.

Mais l’armateur français prenant la situation très au sérieux avait pris une mesure conséquente. « En raison de l’augmentation de la congestion à Conakry (République de Guinée), CMA CGM met en place jusqu’à prochaine communication une Emergency Port Congestion Surcharge, applicable (…) aux marchandises à destination de Conakry ». Une décision prise le 6 novembre qui entrait en vigueur le 10 courant.

Seulement, tout porte à croire que sa mise en application n’est pas effective. En tout cas, elle ne semble pas inquiéter outre mesure les autorités du port autonome de Conakry, qui, selon nos sources ne comprennent  pas la manière « cavalière » dont la décision a été prise par la compagnie.  «CMA ne peut pas prendre de décision sans l’associations des consignataires », rétorque un responsable sous l’anonymat.

D’ailleurs, rassure notre interlocuteur, grâce au travail concerté entre les autorités du port, celles de la douane et le gouvernement, ce problème relève du passé. L’assouplissement de certaines restrictions dues à la covid-19 a permis d’évacuer des containers appartenant aux industriels et aux miniers d’un côté. Cela, au-delà des heures fixées dans le cadre du couvre feu. De l’autre, il y a l’ouverture du marché Madina ces derniers jours. Des notes circulaires ont été prises par le port et la douane pour les conteneurs industriels et les miniers, confie notre source qui insiste que « les camions industriels et les miniers sont prioritaires ».

Des mesures qui « sont en train de produire leurs effets. Ça a complètement décongestionné », affirme notre source. Du coup,  «en accord avec les armateurs, les tarifs ne changent pas », assure-t-on. Même s’il faut aller au-delà de la solution immédiate. C’est dans ce cadre que l’AGUICOM (association guinéenne des consignataires maritimes) a fait une demande d’augmentation de surface pour décongestionner le port. Il s’agit « d’une extension de la surface du port conteneurs de 6 hectares supplémentaires », précise un de ses collègues qui ajoute «on attend que le ministère des transports valide le projet. »

Mais au cas où CMA s’entêtait, « le port de Conakry n’acceptera pas l’augmentation des tarifs », réitère notre source qui rappelle que les activités au port se déroulent « dans le cadre d’une démarche partagée de la communauté portuaire, y compris les faitières des transporteurs. » Tout en relevant que « les activités du port sont concédées » à Bolloré, Rusal et Al-port. Et de rappeler que « le port (les autorités) régule, surveille», même pas à sa guise mais selon la vision des autorités et dans le respect des règles de l’organisation maritime internationale.

Le ministère des transports confirme les problèmes de congestion

Du côté de la tutelle, c’est le conseiller économique au ministère des transports qui s’est prêté aux questions de Guineenews. Pour Bangaly Keïta joint au téléphone, les démarches de l’armateur français « avaient été envisagées au cas où le processus de congestion du port se poursuivait en raison du fait que les conteneurs n’étaient pas enlevés. Ce qui s’expliquait par la crise post-électorale à cause de laquelle le marché de Madina était fermé. Les commerçants ne partaient pas chercher leurs conteneurs. Mais tout est rentré dans l’ordre. »

Mais, déclare-t-il, «cette information est obsolète. Les prix en fin de compte n’ont pas été revus à la hausse. Ce sont les mêmes coûts qui sont pratiqués. Donc tout est revenu à la normale. ». Et préciser que « c’est une pratique qui est courante au port quand les containers ne sont pas enlevés au fur et à mesure qu’ils sont débarqués. (…) le port a une capacité qui est prévu. Lorsque cette capacité est dépassée pour les raisons évoquées tant tôt, ça provoque souvent ce genre de situation. Mais aux dernières nouvelles, ces mesures qui avaient été envisagées ne vont plus être appliquées. C’est les tarifs anciens qui se pratiquent. »

Une version confirmée par un transitaire interrogé sur la question. En tout cas, Mohamed n’a pas constaté l’application de l’augmentions des tarifs.  Même s’il se plaint de la lenteur enregistrée dans les procédures au port.

Les préoccupations d’Alport

Mais ça ne change pas fondamentalement les choses au niveau de Alport, le partenaire turc qui éprouve beaucoup de difficultés à cause de la non mise en exécution de la pénétrante qui connaît un blocus, du fait d’un concessionnaire minier, en l’occurrence Rusal. Même si du côté du département des transports, on veut se veut serein.  « Nous y travaillons, les travaux ont été bloqués pour des questions liées à des opérations techniques qui devaient avoir lieu par endroit le long de la pénétrante là. Le département y travaille afin de trouver le plus rapidement possible des solutions idoines», rassure M. Keïta qui ne cache pas le volet désaccord du partenaire russe. «Le département travaille avec tous les partenaires concernés afin que l’infrastructure puisse se terminer pour le bien du transport maritime et portuaire », promet-il.

Sauf qu’il faut un peu plus pour convaincre Albayrak dont la filiale Alport ne cache pas non plus son désarroi du fait de « ces problèmes techniques » derrière lesquels on pourrait voir le véto de Rusal qui bloque les travaux. D’autant plus que, « ces travaux sont bloqués depuis un an au niveau des rails de Rusal Friguia à l’intérieur du port », dénonce au téléphone de Guineenews le Directeur commercial d’Alport.

Et Ousmane Savané de rappeler « qu’Albayrak a réalisé un parking poids lourd et une pénétrante routière (4Km 2X2 standard international) qui contourne la ville, afin que les camions évitent la ville de Kaloum. Les camions n’arrivent pas à contourner, donc il y a de l’embouteillage au niveau du rond-point de la douane. Il y a de l’embouteillage là-bas à tout moment et ça crée de la congestion. Parce que le fait qu’un camion n’arrive pas à desservir trois (3) fois par jour, le bateau traine et ça crée de la surestarie, ça rend le coût du passage portuaire élevé. Et c’est ça qui est dommage ».

Une situation aggravée par la covid-19 qui fait que «le port peut devenir cher même s’il n’y a pas d’augmentation de tarifs », selon lui. «Si un navire qui doit faire 15 jours fait plus de 20 jours, il crée de surestarie sur le navire ; c’est-à-dire que le propriétaire du navire va appliquer des pénalités sur l’importateur. Ça rend le coût de passage élevé alors que le prix n’a pas changé», explique le responsable marketing.

Revenant à l’effet de la covid, il reconnaît que « cela a affecté l’économie guinéenne dans sa globalité ». Particulièrement,  « Alport a eu une perte de plus de 3 millions d’euros par suite de covid 19 », dans son chiffre d’affaires, déplore-t-il. Et de préciser que tout de même « depuis qu’Alport est à conakry, les tarifs n’ont pas changé. Ce sont les tarifs hérités du port autonome qui s’appliquent».

A propos du refus de Rusal, pour lui, «la seule lueur d’espoir c’est quand le président de la République va s’impliquer. Sinon c’est vraiment dommage qu’on ne prend pas en compte la souffrance des populations.»

La version de Bolloré sur la congestion

Du côté de Bolloré aussi, la congestion est en passe d’être un problème résolu, selon le département communication. «Il faut retenir que les opérations de livraison des transporteurs ont été fortement perturbées pendant les 2 dernières semaines du mois d’Octobre et le début du mois de Novembre, perturbations liées aux évènements de sécurité. Il y a eu plusieurs journées sans livraison », avoue Fodé Diaouné de la communication. Et d’expliquer que « les opérations de manutention et déchargement des navires ayant continué, le port s’est trouvé congestionné, les conteneurs débarqués n’ayant pas été livrés ».

Pour ce qui est de la solution, M. Diaouné confie que « les discussions et échanges menés avec les autorités du port et de la douane ont permis de mettre un plan d’action en route afin de décongestionner les surfaces de stockage. Ainsi la Direction Générale de la Douane par sa note circulaire du 10/11/2020 a étendu à 24/24 les heures de livraison des conteneurs importés par les unités industrielles et les sociétés minières. Cette mesure immédiatement mise en place va permettre de retrouver une situation normale d’ici peu ».