Constitution passée au caviar : un parfum de carambouille

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Le texte de la nouvelle constitution, adopté le 22 mars sur fond de violences a été passé au caviar, d’après Me Pépé Antoine Lamah, avocat et membre du Barreau guinéen, dont la sagacité aura permis  d’éventer la mèche dans cette affaire qui dégage un parfum de carambouille. La réaction vaseuse du ministre de la Justice, relative à cette supercherie, laisse les Guinéens sur leur faim.

Face à un peuple aboulique, la tentation autocratique n’est pas un péché. Cette entourloupe démasquée par Me Pépé Antoine Lamah, vient encore confirmer la docilité stupéfiante du peuple de Guinée. Qui, après s’être fait brider à la faveur du double-scrutin législatif et référendaire, vient de se faire de nouveau blaser par la « falsification » de la dite constitution.

C’est une tribune de Me Pépé Antoine qui a mis la puce à l’oreille de l’opinion. Tribune dans laquelle l’avocat a décelé une nette différence entre le texte soumis au référendum du 22 mars 2020 et celui promulgué par le décret D/2020/073/PRG/SGG du 06 Avril 2020 et qui fut publier au journal officiel.

En clair, la copie a été substituée à l’original. Me Pépé a dans sa révélation indiqué que ‘’l’avant-projet du texte soumis au contrôle de la Cour constitutionnelle ne correspond pas au document qui a été publié au journal officiel avant le référendum. Et qu’ensuite, le projet soumis au référendum ne correspond pas à celui qui a été publié au Journal Officiel à l’issue du référendum constitutionnel.’’

L’avocat relève dans la lecture comparée de ces deux documents, que « la nouvelle constitution » compte désormais 156 articles, alors que le projet comportait 157 articles. Plusieurs articles (42, 43, 47, 76 ; 77, 83, 84, 106) ont été modifiés, d’autres ont été carrément supprimés. En effet, la candidature indépendante consacrée à l’article 42 du projet a fini par sauter avec « la nouvelle constitution ».

Bref, Me Pépé Antoine en vient à la conclusion que ‘’la constitution a été réécrite par des supposés « grands électeurs » après le référendum du 22 mars 2020. Et que cette situation inédite et juridiquement inadmissible, amène vraiment à s’interroger sur ce à quoi ont servi ce référendum et la valeur juridique du document publié le 14 avril 2020.’’

Pour lui, cette  ‘’manipulation n’est qu’une fraude et un complot contre le peuple de Guinée.’’

Face donc au tollé suscité par cette révélation, le ministre de la Justice et garde des sceaux, qui doit sans doute être gêné aux entournures, Mamadou Lamine Fofana, promet d’éclairer l’opinion sur ce qu’il s’est passé. Et si possible de dévoiler ‘’les identités des personnes à la base de cette falsification.’’

Cette sortie du garde des sceaux est toutefois loin de rassurer l’opinion. L’impunité et les violations des droits humains ayant fortement ébréché la crédibilité du pouvoir.

En tout état de cause, jouer à l’édredon dans cette affaire qui est tout même hallucinante, équivaudrait à une conspiration du silence de la part de l’appareil gouvernemental. Comme pour dire que la coupe est vraiment pleine.