Consultations nationales : Aliou Bah parle de « piège » pour faire éclater le FNDC

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Le Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, a débuté les consultations nationales ce mardi avec la Commission nationale indépendante (CENI). Cette rencontre se tient au lendemain d’une déclaration à la télévision nationale au cours de laquelle le patron du palais de la colombe a annoncé les couleurs de ces consultations dont mandat lui a été donné par le président Alpha Condé.

L’objet principal de ces consultations, c’est probablement le projet de la nouvelle constitution qui divise l’opinion publique. Mais le Premier ministre n’en a pas évoqué dans sa déclaration. Cela est perçu par Aliou Bah, président de l’organe provisoire de direction du parti Mouvement démocratique et libéral (MoDel), comme un « piège » : « Le discours du Président de la République et celui de son Premier ministre comportent des subtilités qui peuvent conduire aux résultats qu’ils ont toujours souhaité obtenir dans leur dessein de changer notre constitution : créer deux camps opposés pour prouver la nécessité d’aller à un référendum. En effet, le premier parle ouvertement de consultations sur tous les sujets, y compris la constitution, tandis que le second occulte volontairement la thématique sensible en mettant le focus sur les élections législatives. »

C’est une stratégie qui, soutient M. Bah, vise à donner au président Alpha Condé des images lui permettant de changer la Constitution en vigueur : « Le réflexe de tout animal politique est de se dire : peu importe les moyens, l’objectif est d’arriver à ses fins. En ce qui concerne le cas en présence, la stratégie semble avoir été revue. Etant donné que la crise est plus politique que sociale, Alpha CONDE veut obtenir des images et symboles pour s’en servir et lancer la machine du putsch constitutionnel. Et il veut faire passer cela sous l’emballage d’une consultation des acteurs politiques autour du processus électoral. »

Face à ce double jeu, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) va s’éclater si ses membres mordent à l’hameçon, prévient l’opposant : « Que visent-ils à travers cette autre manipulation ? L’objectif premier de la démarche est de créer une division au sein du FNDC. Et pour cela, le président Condé semble être convaincu que les partis politiques n’auront pas d’autres choix que de rencontrer son Premier ministre, étant donné qu’ils en sont les acteurs concernés par les élections qui représentent une de leurs vocations classiques. Sachant bien qu’en politique, la perception est souvent plus importante que la réalité, son camp en profitera pour faire une interprétation vicieuse de ces rencontres.

Et cela va impacter négativement le climat de cohésion au sein du FNDC et semer ainsi le doute dans ses rangs, car toutes les entités de la plateforme ne sont pas directement concernées par ce processus électoral. Pire, ils tenteront d’isoler les opposants au changement constitutionnel en créant ou en mettant en avant des partis politiques fantômes, des organisations de la société civile fictives ou déjà acquises à leur cause, quand bien même ces structures n’auraient aucune représentativité encore moins une assise au sein des populations. Ces faire-valoir conditionnés à coup de milliards ou de promesses de postes serviront de caution pour engager le referendum constitutionnel. »

Pour éviter que cela n’arrive, Aliou Bah n’a qu’une seule idée : le refus par tous les leaders politiques de rencontrer le Premier ministre dans le cadre de ces consultations, même si ce dernier parle de questions électorales.

« A partir du moment où le président Alpha Condé affirme dans son discours que la Guinée se porte bien, il faut le prendre aux mots et en déduire qu’il n’y a ni urgence, ni nécessité de se concerter en dehors du cadre institutionnel existant », a-t-il souligné, avant de demander au Premier ministre de se tourner vers l’Assemblée nationale, la CENI et le comité de suivi des accords politiques du 12 octobre 2016 pour tout besoin de dialogue sur les questions électorales.

« Ces institutions et instances sont les cadres appropriés pour discuter de ces questions dont le débat est autorisé par nos lois et les principes démocratiques », a-t-il conclu.