Coup de semonce des religieux : douche froide pour l’exécutif

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Face à la détérioration du climat politique, qui fait planer des risques d’implosion, les leaders religieux chrétiens et musulmans se sont résolus à rompre le silence, et à interpeller les différents acteurs de la scène politique à prendre leurs responsabilités, pour sortir le pays de l’impasse.  Ce coup de semonce des religieux est une véritable douche froide pour l’exécutif qui était en train d’accélérer la cadence électorale.

C’est le clergé chrétien qui a donné le ton, à cet appel à la paix et au dialogue, en se prononçant sans apprêt ni ambages contre le projet de réforme constitutionnelle.

C’était lors de la 34ème assemblée ordinaire de l’Union du clergé guinéen qui s’est déroulée à N’Zérékoré du 22 au 26 janvier sous le thème « Le prêtre africain face à l’immigration clandestine ». A cette occasion Monseigneur  Raphaël Balla Guilavogui, évêque de N’Zérékoré et ses coreligionnaires ont agréablement surpris l’opinion, en évitant de se livrer à la logomachie habituelle de nos guides religieux.

Dans les recommandations issues de cette assemblée qui fera date, l’Union du clergé guinéen à inviter les autorités à « assurer la sécurité de la population, à respecter  la constitution en vigueur et à observer le principe démocratique de l’alternance à travers des élections libres et transparentes et la liberté de la Ceni ».

Ils ont aussi demandé dans la même foulée, aux mêmes  gouvernants de « privilégier le dialogue qui est tendu avec la société civile et presqu’impossible avec l’opposition et à faire attention à la prétention de posséder toute la vérité, ‘’heureux le politicien qui sait écouter’’, ont-il conclu.

C’est au lendemain de cette sortie osée, que  la voix de Mgr Vincent Coulibaly, l’archevêque de Conakry, se fera entendre, mais cette fois au nom des leaders religieux musulmans et chrétiens. Là aussi, les chefs religieux ont au terme d’une réunion de concertation sur la crise qui frappe le pays, recommandé vivement au  président Alpha Condé, en tant que ‘’garant de la paix et de la quiétude sociale, d’user des pouvoirs que lui confèrent son statut de père de la nation et de ses prérogatives constitutionnelles, pour repousser à une date ultérieure les élections législatives.’’

Ce report du chronogramme des législatives, permettrait à la Guinée ‘’d’avoir le temps nécessaire pour garantir des élections libres, transparentes, consensuelles et inclusives’’, selon eux.

Dans leur appel fait au nom de  « la paix et de la foi », les guides religieux ont convié les partis politiques, le FNDC et  l’ensemble de la société civile à « suspendre toute manifestation de rue et de donner la chance aux élections, afin de trouver un terrain d’entente pour aller à des élections législatives libres, transparentes, consensuelles et inclusives. »

Ils ont aussi prêché entre autres contre  ‘’les propos aux relents ethniques et régionalistes et des actes qui portent atteinte à la vie et à l’intégralité morale et physique de leurs concitoyens’’.

Après ces différentes recommandations, les guides religieux ont entamé aussitôt des consultations avec les acteurs de la crise politique.

Ainsi ce mercredi, ils ont reçu à la mosquée Fayçal, une délégation du FNDC. Cette délégation qui était conduite par le coordinateur de la plateforme, Abdourahamane Sanoh, s’est montrée réceptive aux recommandations des religieux. Tout en invitant les religieux à ne pas tourner autour du pot, pour nommer les choses.

Comme pour dire qu’il leur revient de dire au chef de l’Etat, de renoncer humblement à son projet de troisième mandat. Et tout ira ensuite pour le mieux, comme dans le meilleur des mondes.

Tous les regards sont désormais tournés vers ces prélats et  imams, qui, on l’espère, seront inspirés par le doigt de Dieu dans leur mission de bons offices.

Le président de la République saura sans doute raison garder, en prenant en compte l’appel des guides religieux. Car rien ne sert de tenir des élections législatives dans le climat actuel et dans  l’opacité la plus absolue, le 16 février, sans son opposition.

Même dans les fiefs du parti au pouvoir, il y a peu d’engouement autour de ces élections controversées.

L’avenir de tout un pays ne doit donc pas être sacrifié sur l’autel des intérêts politiques.