Couplage des élections: le coup de poker d’Alpha Condé

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Le chef de l’État a décidé de faire coup double, en couplant les législatives avec le référendum. La tenue de ce double scrutin qui a tout d’un coup de poker,  est prévue le 1er mars au grand dam d’une importante frange de la population, qui voit dans cette manœuvre, la volonté du président de s’accrocher à son fauteuil, quitte à compromettre la paix sociale.

En convoquant le corps électoral aux urnes pour le 1er mars prochain, Alpha Condé vient de démontrer encore une fois, qu’il ira jusqu’au bout de ses intentions. Et que pour rien au monde il ne cédera aux objurgations, vinssent-elles des guides religieux.

On a plutôt affaire à un homme prompt à sortir de ses gonds et à grimper aux rideaux, à chaque fois que sa gouvernance essuie des critiques de ses opposants. Ainsi, face aux critiques qui se multiplient sur ses velléités de tripatouillage constitutionnel, le président est sur la brèche, et botte en touche les réprimandes du Front pour la défense de la nouvelle constitution (Fndc) et des défenseurs des droits humains sur les exactions commises dans les fiefs de l’opposition.

Sa stratégie serait de  cultiver un discours manichéen qui disculpe les forces de défense et de sécurité dans les tueries des manifestants civils, aux mains nues. Tout en diabolisant les opposants.

Alpha Condé dans sa logique jusqu’au-boutiste avait d’ailleurs prévenu récemment les sceptiques, que le Fndc le veuille ou pas, la nouvelle constitution sera adoptée à la faveur du référendum à venir.

C’était à la faveur d’une visite qu’il avait effectuée à Fria, dans le cadre de la campagne électorale. On n’a donc pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que le « Oui » l’emportera lors de ce vote référendaire controversé.

Interrogé par nos confrères de RFI au lendemain de la prise de ce décret annonçant le couplage des élections, Papa Koly Kourouma, balaie d’un revers de main l’hypothèse selon laquelle il s’agirait d’une manœuvre politicienne.

D’après le directeur de campagne du parti au pouvoir, cette option vise à réduire le coût des scrutins.

Abdourahamane Sanoh le coordinateur du Fndc, lui, prend le contrepied  de cette lecture  de la majorité présidentielle. Il croit dur comme fer que ‘’les législatives sont présentées comme une opportunité, un tremplin pour faire passer le référendum. Dès lors que les gens accepteront d’aller voter pour les législatives, on va considérer que les mêmes personnes auront voté pour le référendum’’.

Et une fois que le président obtiendra son « Oui », ce sera le boulevard ouvert pour rempiler pour une présidence à vie.

Pour le moment les guides religieux n’ont pas réagi à cette décision présidentielle. Eux qui étaient censés calmer les esprits et sceller le dialogue entre les protagonistes, se retrouvent à jouer plutôt les utilités. Quant au président de la République, il doit savoir que rater son « coup de poker » serait synonyme d’une cuisante défaite.

On verra donc qui du pugnace locataire de Sékouthouréah et du futé Fndc aura le dessus dans ce bras de fer qui s’annonce tendu.